AU FIL DES HOMELIES

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LA LIGNÉE DAVIDIQUE

2 S 7, 4-14 a+16 ; Rm 4, 13-22 ; Mt 1, 16+18-25
St Joseph, artisan - (1er mai 1985)
Jeudi de la quatrième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Saints de l'Essonne : Saint Joseph artisan

M

 

arie et Joseph ont l'un et l'autre un rôle décisif, capital, dans la venue de Dieu parmi nous, Emmanuel, dans l'incarnation de Dieu en notre chair et sur notre terre. Nous avons l'habitude de considérer le rôle de Marie, peut-être sommes-nous moins familiers avec le rôle de Joseph. Il est pourtant très important, également. D'abord je vous fais remarquer combien les évangiles établissent un parallèle étroit entre l'attitude de Marie et celle de Joseph, entre les évènements qui concernent l'un et l'autre. Marie reçoit la visite d'un ange qui lui annonce qu'elle sera la mère du Sauveur. Également, Joseph reçoit, pendant la nuit, la visite d'un ange qui lui ex­plique que l'enfant qui naît en Marie est le Fils de Dieu. A Marie, l'ange demande une seule chose la foi. "Comment cela peut-il se faire puisque je suis vierge, je ne connais pas d'homme ?" - "La puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre". - "Je suis la servante du Seigneur. Qu'il me soit fait selon ta parole." Et à Joseph : "Ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse, car ce qui est né en elle vient de l'Esprit Saint." Annonciation à Marie, annonciation à Joseph, foi de Marie, foi de Joseph. L'attitude spirituelle est la même, le mystère est le même, le rôle est différent.

Marie va donner au Fils de Dieu une chair humaine. Dans sa propre chair, dans son propre sein, elle va recevoir le Verbe de Dieu, et Il va, en elle, prendre une chair d'homme. Joseph, lui, va offrir au Verbe de Dieu une demeure, une maison parmi les hommes. Et, vous l'avez entendu, pour cette fête de saint Joseph, on nous a lu un texte de l'Ancien Tes­tament qui rattache le mystère de Joseph à celui de David et une texte de saint Paul qui rattache le mys­tère de Joseph à celui d'Abraham. En ce qui concerne Abraham, la comparaison porte d'abord sur la foi de Joseph. De même qu'Abraham, vieillard avancé en âge, dont l'épouse était non seulement stérile mais elle aussi avancée en âge, crut à la Promesse de Dieu qui lui assurait un enfant, une descendance, Isaac, de même Joseph devant Marie vierge et lui-même res­pectant son épouse, croit qu'elle va attendre un enfant et que cet enfant sera le Fils de Dieu. L'analogie porte donc sur la foi, mais en même temps elle implique que la Promesse faite à Abraham va s'accomplir par Joseph. Car cette promesse faite à Abraham n'est pas seulement la promesse d'une descendance immédiate, celle d'Isaac, mais la promesse d'une descendance nombreuse comme les étoiles du ciel ou le sable du bord de la mer, la promesse d'une descendance par laquelle seront bénies toutes les nations de la terre Cette descendance c'est l'Église, ce sont les chrétiens, et les chrétiens sont bénis par Abraham parce que, d'Abraham est venu le Sauveur, par l'intermédiaire de Joseph. Et de la même manière, la promesse faite à David s'accomplit également en Joseph.

Joseph est descendant de David (et donc d'Abraham mais il est de la lignée royale davidique) ainsi que nous l'affirme la généalogie de Jésus dans l'évangile de saint Matthieu et dans celui de saint Luc. Il ne nous est dit nulle part que Marie soit de lignée davidique. Beaucoup de commentateurs ou de théologiens l'ont dit, mais c'est peut-être une manière de faciliter les choses, parce qu'ils n'ont plus très bien compris le rôle de Joseph et ils ont cru que pour que s'accomplisse la promesse faite à David, qu'il ait une descendance, un Messie, un Oint, un roi descendant de lui qui soit le roi parfait, il fallait que cela se fasse par la chair de Marie. Or, c'est le rôle de Joseph de donner à Jésus une famille, une lignée, un héritage, un nom. Vous l'avez remarqué, c'est lui qui est chargé d'appeler le Fils de Dieu, Jésus : "Tu lui donneras le nom de Jésus." "Et il l'appela du nom de Jésus." Joseph offre à Jésus, à l'enfant de Marie, offre au Verbe de Dieu la maison, c'est-à-dire, selon le jeu de mots que Dieu Lui-même a fait avec David, non pas seulement une maison en pierre où Il sera à l'abri des intempéries ou des brigands, non pas seulement la protection de Joseph sur la Sainte Famille comme nous avons l'habitude de l'entendre, mais il lui accorde une maison, c'est-à-dire une famille, une descendance, une lignée, un lignage. Car, selon la manière de penser des juifs le lignage est donné par celui qui officiellement donne le nom donne son nom à son descendant. Que Joseph ne soit pas intervenu dans la génération de Jésus n'empêche pas que c'est lui qui est officiellement, publiquement, et du point de vue des juifs réellement le garant, le responsable, celui qui assure à Jésus son insertion dans l'histoire d'Israël. C'est par Joseph que se réalise la promesse faite à David, la promesse faite à Abraham, d'avoir une descendance, car Joseph adopte Jésus en prenant Marie comme épouse et Jésus comme enfant et Jésus sera, pour tout le monde, le fils du charpentier, le fils de Joseph. Ce n'est pas une illusion, ce n'est pas une erreur d'attribution, c'est une réalité. Jésus a vraiment été le fils adoptif de Joseph, c'est-à-dire que Joseph l'a pris comme son enfant, en lui donnant l'héritage qui était le sien, non pas un héritage d'argent ou de domaines, mais l'héritage davidique. C'est donc par Joseph que s'accomplit la promesse faite à David, la promesse faite à Abraham, la promesse faite à Israël. Jésus reçoit une chair humaine par Marie. Il reçoit une lignée, un héritage humain par Joseph. Et ainsi Joseph insère Jésus dans l'histoire d'Israël, comme Marie l'insère dans la génération humaine. Or ceci nous est plus familier, mais il n'en est pas moins vrai que Joseph a un rôle décisif et que c'est par lui que l'Ancien Testament, en quelque sorte, débouche dans le Nouveau, par Jésus-Christ.

C'est la même chose que nous disons d'une façon plus moralisante et plus affective quand nous disons que Joseph a veillé sur Jésus, que Joseph a veillé sur Marie, qu'il a pris soin d'eux, qu'il a gagné la subsistance nécessaire pour la Sainte Famille. Tout cela est vrai, mais plus radicalement, c'est Joseph qui est l'axe de cette famille humaine dans laquelle Jésus s'insère et prend pied dans notre société, dans la ré­alité du peuple juif, dans la réalité de la Promesse faite à ce peuple juif. Voilà donc à quelle mission Joseph a été appelé et à quelle mission il a dû, comme Marie, répondre par la foi.

Rendons grâce à Dieu qui a suscité en Joseph cette foi qui est abnégation, oubli de soi, sacri­fice, parce qu'elle est radicalement adhésion à Dieu, à son mystère, qui est, jusqu'à un certain point compré­hensible, et au-delà indicible. La foi est toujours une adhésion à l'indicible et Joseph a adhéré à un mystère qui le dépassait, qui le dépassait autant qu'il dépassait Marie et peut-être plus encore. Il a adhéré à ce mys­tère, et dans cette adhésion s'est réalisée la promesse, dans cette adhésion de Joseph au mystère s'est réalisé le dessein de Dieu. Nous rendons grâce à Dieu pour cette foi qu'Il a suscitée dans le cœur de Joseph et des merveilles qu'Il a accomplies par lui et nous deman­dons à Joseph d'intercéder pour que nous aussi, nous ayons cette même foi, pour que s'accomplissent en nous les merveilles de Dieu, que nous acceptions que, par nous, s'accomplisse cette merveille de l'insertion de Dieu dans l'histoire des hommes dans l'histoire de notre race, de notre famille, de ces réalités concrètes de notre société. C'est par nous aussi, et par notre foi, et par notre adhésion de foi au dessein de Dieu que Dieu peut continuer à venir s'immerger dans notre histoire pour la vivifier de l'intérieur et lui donner sa signification ultime.

 

AMEN


 
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