AU FIL DES HOMELIES

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L'IDENTITÉ DU CHRIST

2 S 7, 4-14 a+16 ; Rm 4, 13-22 ; Mt 1, 16+18-25
St Joseph, artisan - (1er mai 1990)
Mardi de la troisième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Chaource : Saint Joseph

 

L

a place de Joseph dans le mystère de l'Incar­nation est complémentaire et symétrique de celle de la vierge Marie. Il y a d'ailleurs un parallélisme volontaire entre ce qui vient de nous être dit de Joseph et ce qui nous est dit de Marie dans le récit de l'Annonciation. Ici et là, un ange du Seigneur révèle soit à Marie soit à Joseph le mystère qui va s'accomplir dans le sein de la vierge, l'accomplisse­ment des Écritures, le mystère de Dieu Emmanuel, Dieu avec nous.

Le rôle propre de Joseph n'est pas seulement d'avoir accepté que Marie soit mère par le fait de l'Es­prit Saint, n'est pas seulement d'avoir entouré Marie et l'enfant Jésus de sa protection, de sa garde, de sa vi­gilance paternelle. Le rôle de Joseph, dans le sens même de ce que je viens de dire mais à un niveau plus profond, est de donner un statut légal, officiel à cet enfant qui vient d'une façon miraculeuse en dehors des lois naturelles. Tout cet évangile, comme les au­tres lectures de cette messe, nous enracine le rôle de Joseph dans l'histoire d'Israël. L'évangile que nous venons de lire achève la généalogie de Jésus qui va depuis Abraham, les patriarches, puis le roi David et ses successeurs, et se termine à ce Jacob qui "engen­dra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle naquit le Christ". L'enracinement de Jésus dans cette lignée se fait, dans ce texte, par la personne de Joseph C'est pourquoi nous avons lu tout à l'heure la promesse de Dieu à David par l'intermédiaire du prophète Nathan, promesse de lui construire "une maison", c'est-à-dire une maison royale, une descendance, une généalogie dans laquelle ne cessera de se lever un descendant royal. C'est la raison pour laquelle aussi nous avons lu dans l'épître aux Romains le texte sur la promesse faite à Abraham.

La promesse faite à Abraham, la promesse re­nouvelée à David, c'est par Joseph et en Joseph qu'elle s'accomplit. En effet, il y a pour Jésus un double en­racinement dans l'histoire des hommes. Un enracine­ment charnel qui se fait par la chair de la vierge Marie qu'elle transmet dans son sein à cet enfant façonné en elle par l'Esprit, enracinement dans la chair des hom­mes, dans cette chair qui, à travers toutes les généra­tions qui ont précédé Marie, remonte jusqu'à Adam, puis il y a un enracinement légal qui fait de Jésus "l'héritier" de ses ancêtres. Et cet enracinement légal, c'est par Joseph que Jésus le reçoit. Car en adoptant officiellement Jésus comme son enfant, en adoptant le fils de Marie comme son propre fils, Joseph donne, de façon officielle, mais qui pour les anciens était réelle, de façon officielle, il lui donne une généalogie. C'est par Joseph que Jésus s'enracine (saint Matthieu et saint Luc en témoignent), dans cette longue suite de générations qui remonte jusqu'à notre premier père Adam.

Double enracinement de Jésus, l'un par cette chair qu'Il reçoit de la chair de Marie l'autre par ce nom qu'Il reçoit de Joseph. C'est à Joseph qu'est ré­vélé le nom Emmanuel, prédit par Isaïe. C'est Joseph qui donne ce nom à Jésus. C'est par Joseph que Jésus reçoit une identité, qu'Il est officiellement l'héritier des générations qui l'ont précédé. Ainsi tout à la fois Jésus s'insère dans l'intériorité humaine. La chair de Marie c'est cette communion tout intérieure, presque spirituelle. C'est dans l'intériorité même de Marie que se fait cette alchimie de l'Esprit saint qui, avec la chair de cette femme, façonne la chair de cet enfant. Pour Joseph, cet enracinement est plus extérieur, plus officiel, plus légal comme il convient à un père, fût-ce un père adoptif ou nourricier, qui est le témoin officiel de l'enracinement d'un individu dans l'humanité. C'est cette double manière d'être fils des hommes que Jésus reçoit de Marie et de Joseph.

Nous sommes moins sensibles habituellement à ce rôle de Joseph, d'être un père légal. Il n'en est cependant pas moins important pour la tradition juive et l'habitude de pensée. Car Jésus n'est pas seulement le fils de Marie, il est aussi l'héritier officiel de tout ce que les hommes, à travers les générations, ont préparé sous l'impulsion de la "promesse" de Dieu pour cette descendance par excellence que serait Jésus. En Jo­seph, nous vénérons celui qui a accepté de participer à ce mystère comme de l'extérieur. Il n'en a pas été ac­teur par sa propre personne mais il en l'acteur en tant que transmettant une légalité. C'est une façon très réelle mais aussi très humble d'entrer dans le mystère de l'Incarnation. Marie a été tout entière emportée dans ce mystère et elle y a communié avec le plus profond d'elle-même. Joseph, lui, n'y a communié que par la foi et d'une manière qui le laisse presque en dehors, il n'a pas participé de la même manière à l'in­carnation de Jésus. Bien sûr Marie a vécu cela dans la foi mais une foi qui s'est faite chair, incarnée dans son propre sein. Tandis que Joseph a cru a quelque chose qui se passait "en dehors de lui". C'est presque une témoignage encore plus profond et plus extraordinaire de la gratuité de la foi. Joseph a adhéré à ce mystère de l'incarnation sans nécessairement le comprendre, sans y participer physiquement, avec son être pro­fond. Il y a participé seulement par l'adhésion de son cœur. D'une certaine manière cette façon de participer nous est plus proche car nous aussi nous ne saisissons pas le Christ comme Marie a pu le saisir.

Nous ne le voyons pas comme ses contempo­rains ont pu le voir. C'est par la foi pure que nous entrons en communion avec le Christ. Quand nous recevons dans notre main, le corps du Christ, c'est seulement par la foi que nous reconnaissons dans cette apparence du pain, la présence réelle du corps vivant du Christ. Quand nous mangeons ce pain, c'est par la foi seulement que nous savons que le Christ nous investit de sa présence. Toute notre vie chré­tienne ici-bas est marquée sous le signe de la foi, de l'adhésion dans la nuit, dans la nuit obscure, de l'adhé­sion sans percevoir, sans ressentir, sans être atteint dans notre sensibilité, mais en donnant notre acquies­cement, avec la même profondeur que Joseph.

Que saint Joseph qui a été à la fois si proche du mystère de Jésus et en même temps tout extérieur à ce mystère qui s'opérait sans lui, en dehors de lui et à côté de lui, soit pour nous une invitation à la même vie de foi, à la même gratuité dans l'adhésion au mystère de Dieu, à la même confiance sans limite et sans preuve à ce que Dieu nous dit, afin que, au terme de notre vie, la grâce fructifiant en nous, nous deve­nions chair de Jésus après la résurrection comme Jé­sus était chair de Marie par l'Incarnation. A ce mo­ment-là, au-delà de la foi pure, nous entrerons dans la vision, dans la communion, dans la participation. Nous serons pris dans notre être le plus profond dans ce mystère de l'Incarnation rédemptrice, s'achevant en résurrection de tout l'univers.

 

 

AMEN

 

 
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