AU FIL DES HOMELIES

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UN HOMME JUSTE

2 S 7, 4-14 a+16 ; Rm 4, 13-22 ; Mt 1, 16+18-25
St Joseph, artisan - (1er mai 1993)
Samedi de la troisième semaine du temps pascal
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

J

e ne connais pas de meilleur exemple que saint Joseph pour éclairer le problème délicat de l'arti­culation de la volonté et de la grâce. Il est diffi­cile, pour nous, chrétiens, de savoir ce qu'il faut aban­donner au Seigneur pour que Celui-ci nous comble, nous aide, nous réconforte et nous sauve. Et le ma­riage délicat entre nos efforts et la grâce de Dieu est un problème souvent insoluble. Au cours de notre vie nous passons par différentes réactions en accentuant notre volonté, en lui demandant davantage, ou à d'autres moments, en nous abandonnant, peut-être mal aussi, à la grâce de Dieu. Et dans l'un et l'autre cas, nous nous rendons compte d'une sorte de dispropor­tion entre notre effort, la grâce que Dieu donne et l'effet que nous voudrions bien obtenir pour devenir "un juste". Et souvent d'ailleurs, c'est comme un ba­lancier. Nos efforts nous paraissent vains, nous y re­nonçons en pensant qu'il vaut mieux s'abandonner au Seigneur car finalement c'est Lui qui fait tout, puis nous rendant compte que Dieu ne fait pas tout, nous reprenons notre chemin, notre effort et nous retour­nons vers le Seigneur avec notre misère humaine.

Joseph est planté comme "un homme juste", planté dans sa vie, décrit comme un homme droit, intègre. Il appartient certainement à la grande famille des "anawim", des pauvres d'Israël dont Marie fait aussi partie, ce courant de spiritualité qui florissait à l'époque du Christ et qui avait trouvé dans les regis­tres de la pauvreté, de l'humilité de la simplicité un moyen de vivre plus prés de Dieu. Il est comme un homme juste et droit qui tente de se frayer son chemin dans la vie, avec sa justice intérieure et son désir de droiture. Il aime une femme et cet amour épouse radi­calement sa droiture intérieure. Il est admirable à nos yeux et sa sainteté ne tient pas seulement à ce côté juste et droit mais à son histoire. Pourtant le psaume dit : "Il est planté comme un arbre près du cours des eaux qui, en son temps, porte du fruit." Ce psaume éclaire l'intérieur et la vie de Joseph.

"Il est comme un arbre planté près du cours des eaux". Il n'est pas simplement un arbre droit, mais il est planté prés du cours des eaux qui, si j'entends la longue attente messianique dont le psaume s'inspire, sera le Christ. Il a alimenté en lui un élan vers Dieu, l'élan de sa droiture, et il se trouve rejoint à l'intérieur même de cet élan par un enfant nouveau-né, par le Verbe fait chair, par la Sagesse qui descend de Dieu. Dans sa virilité, il a tenté d'être conforme à la Loi et au maximum transparent. C'est là son effort. Et la tendresse de Dieu, vient, comme un nouveau-né, comme quelque chose de fragile à protéger. Dieu s'est choisi cet homme juste et droit pour en faire son père dans l'humanité, pour apprendre de lui les gestes élé­mentaires de la vie humaine, de la vie sociale, de la vie familiale. Il s'est servi de cette droiture intérieure du cœur de Joseph pour apprendre la vie humaine et ce faisant Il renverse, il bouleverse, il contrecarre la droiture de Joseph puisque, par deux fois, dans un songe, Dieu lui dit : "Ne crains pas !" Ce qu'est Dieu, s'il épouse l'intérieur de Joseph, cette magnifique droiture, en même temps Il la bouleverse, Il la modi­fie, par exemple en lui demandant d'aller à l'encontre de la justice qui est la sienne en épousant cette femme qui est déjà enceinte avant qu'il l'ait connue.

"Ne crains pas !" C'est le mot de l'entrée de la Sagesse de Dieu dans le cœur d'un homme quand cet homme a décidé de prendre le chemin de la sagesse. Nous avons là une figure extrêmement parlante mais néanmoins mystérieuse de la façon dont nous devons effectivement cultiver l'exigence intérieure d'une per­fection humaine tout en sachant que cette exigence, que cette perfection seront forcément troublées par nos péchés. C'est déjà un point, mais surtout boule­versées, renversées par la façon dont Dieu entrera en nous, pas forcément par cette justice, même si elle est nécessaire, mais plus profondément, de façon plus fragile, de façon plus totale, plus renversante, plus nouvelle. En quelque sorte quand Joseph tient dans ses bras l'enfant nouveau-né, le premier-né, Celui qui n'a ni commencement ni fin et qui tout entier rassem­blé dans cet enfant, se livre à un homme, il est à la fois le père qui accomplit sa paternité et en même temps il est l'homme qui ne peut posséder le mystère de Dieu, même s'il étreint l'Enfant-Dieu qui va le renverser, le renouveler, le faire renaître à une nouvelle droiture, à une nouvelle justice qui est la grâce reçue.

Notre propre vie s'articule sur cet effort, cette droiture, cette simplicité, cette humilité dont nous devons préparer le terreau dans notre propre cœur en sachant que ce qui viendra, le fruit même de cette exigence, ne sera pas simplement la justice, la droi­ture, mais la joie, l'immense joie de recevoir pleine­ment Dieu dans sa vie. Et que le cadeau, le don, la grâce dépasse infiniment tout effort, si parfait soit-il.

En ce jour, demandons à saint Joseph d'éclai­rer notre propre chemin, de savoir préparer l'arrivée de la grâce et de savoir être étonnés quand elle vient dans nos vies et qu'elle nous renverse puisqu'elle ne nous donne pas simplement la vie humaine, mais la vie divine.

Saint Bernardin de Sienne écrivait au sujet de saint Joseph : "Certes, il ne faut pas en douter, l'inti­mité, le respect, la très haute dignité que le Christ, pendant sa vie humaine, portait à Joseph, comme un fils à l'égard de son père, il n'a pas renié tout cela au ciel mais il l'a plutôt enrichi et achevé. Aussi le Sei­gneur ajoute-t-il : "Viens, entre dans la joie de ton maître !" Bien que la joie de l'éternelle béatitude en­tre dans le cœur, le Seigneur a préféré dire : "Entre dans la joie de ton maître" pour faire comprendre mystérieusement que cette joie ne sera pas simple­ment Lui, mais qu'elle l'enveloppera et l'absorbera de tous côtés, qu'elle le submergera comme un abîme infini."

Entrons dans la joie de notre Maître.

 

 

AMEN

 

 
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