AU FIL DES HOMELIES

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UNE ÉLECTION APOSTOLIQUE

Ac 1, 15-26
St Matthias - (14 mai 1987)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


L

'histoire de Matthias et de son élection telle que saint Luc nous la rapporte est extrêmement riche d'enseignement sur le mystère de l'Église. Il faut repartir de ce qui constitue le cœur même de l'Église. L'Église est constituée par la mort et la résurrection du Seigneur. La plupart du temps, quand on dit cela, nous pensons que le Seigneur a fait quelque chose pour nous. Il nous a donné le salut, Il a donné sa vie pour nous, et ensuite, par sa résurrection, Il donne l'Esprit à ses apôtres. Ceci est vrai. Mais il ne faudrait pas perdre de vue un autre aspect tout aussi important. Si l'Église est, comme le dit saint Paul, "l'Epouse du Christ", c'est que le Christ l'a épousée sur la croix. Par conséquent, ce qui est arrivé au Christ ce jour-là, il a fallu que l'Église aussi le vive d'une certaine manière. Si le Christ a souffert pour donner le salut, il est vrai aussi que l'Église a souffert d'une certaine manière en accueillant le salut. Cela peut nous paraître choquant parce que nous voudrions défendre que Dieu a tout fait, mais c'est vrai que Dieu a tout fait. Simplement, dans sa générosité, Il n'a pas voulu que le salut soit reçu de façon passive pour chacun d'entre nous, mais Il a voulu que l'Église soit engagée personnellement, vitalement, dans ce processus du salut. Au moment même où le Christ sauvait l'Église, l'Église existait déjà, aux côtés du Christ, l'Église était vraiment épousée par le Christ, et commençait déjà à participer réellement à ce que le Christ vivait, en l'occurrence, sa mort et sa Résurrection.

       Par conséquent, il faut bien comprendre que, mystérieusement, l'Église a souffert avec le Christ sur la croix. Or l'Église, elle est à la fois sainte et servie par des ministres. L'Église a toujours ces deux composantes. Le but de l'Église c'est de faire de nous des saints, mais l'Église ne pourrait pas faire de nous des saints s'il n'y avait pas de ministres envoyés par le Christ pour donner le salut. Et ce n'est pas étonnant que l'Église ait souffert dans ces deux mystères de sa propre sainteté et de son ministère.

       La souffrance dans la sainteté, c'est le mystère de la compassion de Marie. Marie a réellement souffert avec son Fils. Et l'on peut dire qu'en elle, c'est toute l'Église qui a souffert au moment où le Christ mourait sur la croix. Et dans l'aspect du ministère, c'est le corps apostolique tout entier qui a souffert parce qu'il a perdu l'un de ses membres. Nous sommes toujours polarisés par Judas, mais le véritable mystère n'est pas tellement le mal qu'a fait Judas que le mal subi par le corps apostolique des douze qui était amputé de quelqu'un qui avait été choisi pour être un véritable et authentique serviteur du salut. Par conséquent, l'Église sainte a souffert en la personne de Marie, et l'Église apostolique, l'Église ministérielle a souffert dans la personne du corps apostolique lui-même privé de l'un de ses membres.

       Mais si l'Église a souffert avec le Christ, il faut qu'elle ressuscite avec Lui. Et pour ce qui est de sa sainteté, c'est le mystère de l'Assomption de Marie. Quand le Christ est ressuscité, Il a voulu que Celle qui avait participé d'une manière privilégiée à sa mort participe aussi d'une manière privilégiée à sa Résurrection. Je dirais non pas tant pour elle-même, mais pour nous montrer qu'effectivement l'Église participe pleinement dans sa sainteté à la vie de son Seigneur. C'est pour cela que le mystère de l'Assomption et de la glorification de Marie est objet de notre foi. Ce n'est pas autre chose que d'affirmer que, désormais, l'Église peut être sûre que, morte avec le Christ, elle est ressuscitée avec Lui, puisque, dans la personne même de celle qui est la mère des croyants, elle est déjà dans la gloire auprès de Dieu.

       Dans l'ordre du ministère, l'Église aussi est ressuscitée. Elle a été consolée, elle a été guérie. Et c'est précisément l'élection de Matthias. Quand le Christ disparaît, quand Il a donné les derniers signes visibles de sa Résurrection, le premier signe dans lequel agit l'Esprit c'est pour consoler, guérir et redonner à l'Église ministérielle, l'Église apostolique, l'Église chargée d'annoncer le salut, de lui redonner son intégrité et sa santé. C'est pour cela que l'élection de Matthias est laissée, par le tirage au sort, au discernement de Dieu Lui-même, pour que ce soit Dieu Lui-même qui console et guérisse son Église. Là encore c'est une preuve, c'est un signe qui est donné à la communauté primitive que ce que le Christ a promis à son Église ne lui fera jamais défaut. L'élection de Matthias, c'est la manifestation qu'effectivement le mal qui s'est déchaîné contre l'Église et l'a fait souffrir, au sein même du collège apostolique, et c'est cela que signifie la trahison de Judas, que l'Église a été ébranlée jusque dans ses fondements apostoliques, et bien cependant, comme le Christ l'avait dit à Pierre "les puissances de la mort et de l'enfer ne pourront rien contre elle". Et c'est pour cela que c'est Pierre qui prend 1'initiative pour que soit reconstituée la plénitude du corps apostolique.

       Mais ce n'est pas Pierre qui choisit, ce ne sont pas les douze qui se cooptent. C'est l'Esprit Saint qui choisit le douzième, manifestant par là que c'est l'ultime sollicitude du Christ vis-à-vis de son Église, le premier geste par lequel Il manifeste par un don comme anticipé de son Esprit, qu'Il veut la reconstituer pleine et entière pour annoncer au monde entier le salut qu'Il est venu nous apporter.

       AMEN

 

 
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