AU FIL DES HOMELIES

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UN CHOIX ÉTONNANT

Ac 1, 15-26
St Matthias - (14 mai 1993)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


S

i l'on voulait donner une interprétation piquante et incisive à cet épisode de l'élection de Matthias, on pourrait dire que, dès que Jésus a tourné le dos pour retour auprès de son Père, on a commencé à choisir les apôtres et les évêques à la courte paille. Ce qui est extraordinaire, c'est que malgré ce système, l'Église tienne encore. En réalité l'épisode de l'élection de Matthias nous raconte bien autre chose. Elle répond à une question très profonde sur le mystère de notre foi. Comment se fait-il que nous ayons la foi ? Vous me direz, c'est simple. C'est parce que, un jour, en lisant l'évangile, en allant au catéchisme, en ayant une certaine expérience intérieure, on se découvre croyant. Mais encore ? Si c'est cela simplement, cela voudrait dire que le fait d'être croyant ne relève que de nous, que c'est une sorte d'expérience subjective, intérieure et que, finalement, cela ne dépend que de nous. Si l'on disait une chose pareille, il faudrait en tirer la conclusion : il n'y a plus besoin d'Église. Il suffit de faire comme la Société Biblique, de diffuser le plus largement possible des bibles dans toutes les chambres d'hôtels et d'attendre que chacun fasse son expérience de la découverte de la foi.

       Or précisément, dès le début, on s'est déjà demandé pourquoi naissaient des communautés chrétiennes, à quoi se raccrochaient-elles, qu'est-ce qu'il y avait de commun entre ce qu'on croyant à Corinthe, à Ephèse, en Galatie, en Samarie, en Judée ou à Rome. Sur quoi se fonde la foi ? Sur quoi se fonde aujourd'hui notre foi ? Qu'est-ce qui fait que lorsque nous disons le Je crois en Dieu nous sommes en communion avec ceux qui le disent à trois mille kilomètres d'ici sous d'autres cultures, sous d'autres climats, d'autres mentalités et d'autres histoires personnelles ou communautaires ? Dès le début, on a cru, car c'est objet de foi, que la foi ne pouvait se répandre que dans le mystère d'une communion à celle du groupe primitif qui a cru en Jésus.

       Autrement dit, notre foi n'est pas une sorte d'inspiration directe du Saint Esprit, même si le Saint Esprit a un rôle majeur dans l'affaire, un rôle qu'il ne faut pas lui nier. Mais notre foi ne peut devenir une foi ecclésiale que parce qu'elle est mesurée, transmise par un groupe, le groupe privilégié des disciples et des témoins de Jésus avant sa mort et après sa Résurrection. Voilà pourquoi il y a des apôtres et voilà pourquoi il fallait élire Matthias. Matthias a été choisi en fonction du fait qu'il fallait trouver quelqu'un qui avait connu Jésus dès le début de sa prédication jusqu'à l'Ascension. Cela voulait dire, pour Pierre : puisque maintenant, par la mort de Judas, il manque un témoin puisque maintenant le chœur des douze n'est plus douze mais qu'il en manque un, pour que la foi puisse se répandre, pour que la foi puisse être communica­ble, il faut qu'elle soit déjà en plénitude dans la communauté même des douze. Et c'est pour cela que le procédé de la courte paille n'a pas grand intérêt. Il montre simplement que ce ne sont pas les hommes qui choisissent Matthias, mais que c'est Dieu qui le choisit, et que donc, la plénitude du témoignage apostolique est constituée par l'Esprit Saint Lui-même qui adjoint un douzième membre pour remplacer celui qui avait été défaillant.

       Lorsque aujourd'hui encore nous nous demandons d'où vient notre foi, il n'y a pas d'hésitation, elle vient des douze. Et vous comprenez pourquoi, à part quelques grandes figures dans ce collège des douze, Pierre, Jacques, Jean, Matthieu, André, ceux dont on a une sorte de portrait spirituel à travers leur œuvre et le témoignage qu'ils ont laissé, en réalité on les fête tous. Car de ce point de vue-là, il n'y en a pas un qui soit inférieur aux autres. Ils sont tous les membres nécessaires pour constituer la plénitude de la foi sur laquelle est bâtie la vie de l'Église, son histoire et notre propre foi personnelle. Nous sommes croyants par les apôtres. Et vous comprenez aussi pourquoi nous disons : "Je crois en l'Église, une, sainte, catholique et apostolique." Ce n'est pas une sorte de référence scientifique, mais c'est parce que la structure même de la communication de la foi dépend du fait que la foi a été vécue en plénitude par ce groupe des douze.

       En célébrant cette eucharistie où nous renouvelons le mystère de la Pâque, de la mort et de la résurrection du Seigneur dont les apôtres ont été témoins, demandons d'être davantage conscients et reconnaissants à Dieu de nous avoir enracinés et de nous maintenir, par grâce, dans cette foi et cette tradition apostolique.

       AMEN


 

 
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