AU FIL DES HOMELIES

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LE CHOIX DE L'ESPRIT SAINT

Ac 1, 15-26
St Matthias - (14 mai 1984)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


D

e Matthias, nous ne savons pratiquement rien sinon la manière même dont il a été agrégé au collège apostolique, c'est-à-dire le texte des Actes des apôtres que nous avons entendu tout à l'heure. Pour notre mentalité de gens très organisés et très précis dans le choix des affaires, cette élection de Matthias, ce tirage au sort, presque à la courte paille, ne nous paraît pas très sérieux pour fonder l'institution apostolique et épiscopale. C'est peut-être pour cela que, depuis, on a remplacé cette méthode par celle des dossiers. Cela fait plus sérieux. Je ne suis pas sûr que ce soit toujours plus efficace. Ce qui est important dans cette affaire ce n'est pas le côté anecdotique du tirage au sort. C'est plus exactement que ce récit nous révèle, à mon avis, de façon très profonde la manière même dont est conçu le ministère apostolique car par le simple déroulement du choix de Matthias c'est tout le sens du ministère apostolique dans l'Église qui nous est ainsi donné.

       Il y a d'abord une chose extraordinaire : les motifs pour lesquels on joint au groupe des onze un nouvel apôtre. Nous aurions tendance à considérer que c'est simplement parce que le chiffre douze est un chiffre sacré et qu'il faut absolument respecte la volonté du Seigneur. C'est plus que cela. Ce que dit Pierre est très important : "Judas avait rang parmi nous et s'était vu attribuer une part de notre ministère." C'est dire que, avant même la Pentecôte, avant même d'avoir reçu la plénitude de l'Esprit qui va les envoyer accomplir cette mission de proclamateur de la Bonne Nouvelle, Pierre manifeste à l'Église qui est rassemblée là, que la plénitude du ministère apostolique est quelque chose qui ne peut pas dépérir dans l'Église. Puisque Judas avait reçu une part, il est impossible que cette part périsse. Peut-être que l'homme qui était investi de cette mission ne s'est pas montré à la hauteur, c'est pourquoi nous est décrite amplement la pendaison de Judas. Ce n'est pas par goût de l'anecdotique, mais c'est pour montrer qu'effectivement, dans son être, dans sa personne, il a déchu complètement. Il n'empêche que la mission reste, et c'est cela qui fait que l'Église est apostolique.

       L'Église est apostolique parce que le Seigneur a confié à certains une tâche d'envoyé, de missionnaire, une tâche de ceux qui authentifient la vérité de la foi : ce sont les apôtres et, plus tard, les évêques. Or de cela, de ce que le Christ a confié, rien ne peut disparaître. Et je trouve extraordinaire que, avant même que l'Église prenne son essor, son envol à travers la prédication de la Pentecôte, que Pierre ait déjà manifesté cette conviction qu'en ce qui concerne la structure apostolique de l'Église rien ne peut disparaître. Toutes les faiblesses humaines qui peuvent essayer d'amoindrir cette autorité apostolique, cette mission d'envoyé, de ceux qui parlent au nom du Christ, tout cela peut se déchaîner mais, en réalité, la plénitude du don que le Seigneur a fait restera désormais intègre à travers toute la vie de l'Église.

       Et, à partir de cette conviction-là se situe le processus du choix de Matthias. Vous remarquerez qu'il est en trois temps. Le premier c'est l'initiative de Pierre et des autres membres de la communauté de choisir des gens qui puissent objectivement répondre à cette fonction, qui puissent véritablement accueillir ce ministère. C'est pourquoi Pierre lui-même en fixe les critères. Il faut que, de ces hommes chargés de remplacer Judas, et qui sont j'allais dire candidats malgré eux, "il faut que de ces hommes qui nous ont accompagnés tout le temps que le Seigneur Jésus a vécu parmi nous, en commençant au baptême de Jean jusqu'au jour où Il nous fut enlevé, il y en ait un qui devienne, avec nous, témoin de sa Résurrection." Le premier critère pour recevoir cette mission apostolique que le Christ a confiée de façon non partagée, non partageable, non diminuable, à son Église, c'est d'être précisément le témoin du Christ. C'est pour cela que dans l'Église, encore aujourd'hui, les évêques sont choisis parmi ces témoins, non pas qu'ils aient suivi le Christ aux jours de sa chair, mais qui connaissent la parole du Christ et qui ont la foi. Si par hasard, comme c'était le cas dans l'antiquité, on choisissait un évêque qui n'était pas encore baptisé, il fallait absolument qu'il suive, par les sacrements, le même itinéraire qu'avaient suivi ces hommes qui avaient accompagné le Seigneur depuis son baptême jusqu'à sa résurrection.

        Il y a ensuite un deuxième temps qui est celui du tirage au sort. Ici, il ne s'agit pas de dire que, au fond, étant admis que tous étant également compétents, il faut bien essayer de définir ultimement quelqu'un. Et comme si c'était une pure décision humaine cela passerait pour du favoritisme, il faut trouver une autre méthode, alors on choisit la méthode du sort. En réalité, ce choix par le sort désigne quelque chose de plus important. C'est que, quiconque est investi de la fonction, de la mission d'apôtre, en est investi parce que le Seigneur le choisit personnellement. Non pas qu'il ait des qualités ou des aptitudes supérieures. C'est déjà déterminé dans un premier temps, c'est le fait de connaître le Seigneur par la foi. Mais c'est plus profond que cela.

       Cela veut dire que cette mission apostolique, cette tâche que le Seigneur donne, Il la confie personnellement à quelqu'un. Et cela c'est un secret entre le Seigneur et son envoyé. Il en est ainsi de tous ceux qui sont des messagers. Je crois que la confiance que l'on peut avoir en un messager repose souvent sur le fait que déjà Celui qui l'envoie a établi une relation très personnelle avec lui, et que Celui qui l'envoie sait que son messager dira vraiment la vérité de son Seigneur. Je crois que le choix du sort désigne précisément cette relation toute spéciale que le Christ veut établir, de façon personnelle, entre son messager et lui-même.

       Enfin, il y a un troisième moment de l'élection de Matthias qui n'est pas bien traduit. On dit habituellement : "Le sort tomba sur Matthias qui fut mis au nombre des douze apôtres." Il faudrait dire : "Le sort tomba sur Matthias qui fut appelé unanimement au nombre des douze apôtres, qui fut voté unanimement au nombre des douze apôtres." C'est-à-dire que, il y a un moment où le choix ayant été fait de cette façon sécrète et personnelle entre le Seigneur et son envoyé, il y a une sorte de ratification plénière de la communauté. C'est un moment très important dans l'élection de Matthias. C'est le moment où, parce que la plénitude de la fonction apostolique a été préservée, l'Église retrouve une unité refaite, refondé, ressoudée autour de cet apôtre qui vient maintenant porter le poids de la mission, telle que le Seigneur l'a confiée en plénitude à son Église.

       On retrouve quelque chose de cela lorsqu'un pape est élu. Il se produit, à ce moment-là, une sorte de grâce sur toute l'Église qui pendant quelques jours ou quelques semaines s'est sentie un peu orpheline et qui, au moment même où lui est redonné celui qui accomplit le ministère de Pierre, il y a comme une sorte de force et d'enthousiasme qui anime cette Église, quelle que soit la personnalité de l'élu. Je crois que c'est exactement cela qui est dit. C'est la grâce que Dieu donne, à ce moment-là, de refaire autour du collège apostolique, l'unité profonde de l'Église, car alors, la plénitude de ce don apostolique a été reconstituée par la grâce du Seigneur.

       Que, par l'intercession de saint Matthias, nous voyions s'affermir en nous ce sens de l'Église comme apostolique, c'est-à-dire toute entière envoyée, par son Seigneur, annoncer la Bonne Nouvelle du salut, et surtout de cette apostolique regroupée autour de ceux qui sont les témoins authentiques de la Résurrection.

       AMEN


 

 

 
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