AU FIL DES HOMELIES

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LA PLÉNITUDE DU SERVICE

Ac 1, 15-26
St Matthias - (14 mai 1985)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

C

ette anecdote de l'élection de Matthias qui se règle par tirage au sort pourrait passer pour une sorte de petite historiette que Luc rapporte au début des Actes des apôtres et qui, au fond, est encore moins sérieuse que la constitution d'un conseil paroissial puisque ce pauvre Matthias a été choisi à la courte paille. Pourtant, je crois que dans ce récit, il s'agit de quelque chose de très important qui nous dit la nature profonde de l'Église, et je voudrais attirer votre attention sur trois points.

       Le premier, auquel on ne fait peut-être pas assez attention, c'est que l'Église n'attend pas la Pentecôte pour être vivante. La plupart du temps on croit que l'Église naît au moment où le Christ envoie son Esprit, mais précisément l'Église existe déjà. Il donne son Esprit à l'Église, mais l'Église est déjà constituée, elle est déjà vivante. Et c'est la raison pour laquelle elle peut poser des actes. C'est la raison pour laquelle Pierre prend cette initiative redoutable, il est vrai qu'il a toujours l'idée de prendre des initiatives, mais là c'est quand même assez magistral, de dire : "L'un d'entre nous a disparu, il faut le remplacer." Par conséquent, même si l'Église ne vit pas encore dans toute la plénitude de l'Esprit, il n'empêche qu'elle est déjà bien vivante. L'Église a commencé le jour où le Verbe de Dieu s'est fait l'Emmanuel, Dieu avec nous, dans le sein de la vierge Marie. C'est là que l'Église a commencé, et la Pentecôte représentera la plénitude de son autonomie, mais lorsque les disciples étaient autour de Christ, avant sa mort, c'était déjà l'Église. Et maintenant même si le Christ est remonté auprès du Père dans la gloire, c'est encore et c'est déjà l'Église dont nous vivons aujourd'hui.

       Le deuxième trait, c'est le fait que l'Église est un corps blessé mais qui, à tout moment, guérit ses blessures. En effet, l'Église est un corps, elle est un tout et c'est pour cela que le Christ a voulu mettre à sa tête un collège de douze apôtres, c'est-à-dire un groupe qui a pour but d'assurer à l'Église son identité, sa vérité dans la confession du Seigneur Ressuscité. Ce groupe des douze serviteurs représente la plénitude de ce que Dieu veut donner, le nombre douze étant choisi sans doute intentionnellement par le Christ pour manifester cette plénitude du don de Dieu, du don de sa vérité par la bouche de ses apôtres. C'est pour cela qu'on nous raconte que Judas éclate par le milieu. Cela nous paraît un peu bizarre mais c'est précisément pour nous montrer qu'à partir du moment ou Judas, désespérant du Christ, n'a plus agi selon son ministère, il n'est plus rien. C'est cela le sens de cette pendaison de Judas. Ce n'est pas simplement une sorte de détail un peu croustillant pour appâter le lecteur au début des Actes des apôtres, mais c'est pour montrer que si le Christ a constitué les apôtres comme apôtres, à partir du moment où ils déchoient de leur véritable ministère d'apôtres, ils ne sont plus rien, ils ne sont plus bons qu'à éclater par le milieu. C'est tout. Mais, et c'est cela qui est extraordinaire, c'est que lorsque le ministère a été ainsi profané par le rôle de Judas, la fonction reste, la nécessité même de cette fonction reste. Et c'est là où l'on voit la vitalité de l'Église. Elle est blessée dans l'un de ses membres, mais elle sera toujours pleine dans la totalité du service apostolique. Jamais l'Église, à aucun moment, ne peut manquer de ce véritable service de ceux que le Christ a choisi pour être les serviteurs de son peuple. C'est cela le sens du choix de Matthias. Lorsque Matthias est choisi, c'est pour nous dire : la plénitude de service de l'Église que le Christ voulait ne pourra, à aucun moment être entamée. Il y aura toujours quelqu'un pour assumer cette charge. C'est la manière concrète dont le Christ commence dans l'histoire de l'Église, à traduire qu'Il est avec nous toujours jusqu'à la fin du monde. En ce jour de l'élection de Matthias, c'est comme si le Christ s'était fait le bon samaritain, qu'Il venait relever l'Église blessée par la trahison de Judas, qu'Il lui redonnait la plénitude de sa santé par la baume et l'huile et le vin de sa guérison.

       Il reste un troisième aspect, c'est le critère du choix de Matthias : qu'il ait connu le Christ dès le début et qu'il ait été témoin de la Résurrection. Cela veut dire que Matthias pourra parler avec une autorité apostolique, car un apôtre, finalement c'est quelqu'un qui dit que Celui qui est maintenant ressuscité, exalté à la droite du Père, est bien le même que Celui qu'il avait connu dans son humiliation sur la terre, dans la condition humaine en tout semblable à la nôtre, excepté le péché, le témoignage ne porte sur rien d'autre que sur cette identité. Le Ressuscité est bien Celui que nous avons connu dans la chair, auprès de nous lorsque nous le suivions sur les chemins de Galilée. "Ce Jésus, que vous avez crucifié, voilà, nous le confessons, c'est le même que Celui qui est ressuscité." C'est pour cela que les apôtres choisissent Matthias, car pour que cette plénitude de la foi soit vraiment assurée, il faut que celui qui remplace Judas puisse témoigner comme aurait pu le faire Judas, s'il avait vécu jusqu'au bout le mystère de sa suite du Christ, puisse vraiment témoigner que "Jésus est Seigneur."

       Qu'aujourd'hui cette célébration de saint Matthias affermisse notre foi et notre joie d'appartenir à l'Église.

       AMEN

 

 

 
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