AU FIL DES HOMELIES

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UN DOUBLE TEMOIGNAGE : LA TRAHISON ET LA SOLLICITUDE

Ac 1, 15-26
St Matthias - (14 mai 2008)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


F

rères et sœurs, Il faut bien avouer que ce brave Matthias que nous célébrons en ce jour, celui qui remplace Judas dans le collège des apôtres, part avec deux handicaps majeurs. Le premier c'est celui qui sera considéré comme le douzième apôtre, j'ai nommé saint Paul. Il suffit de regarder les peintures, les sculptures, il suffit de sonder un peu les chrétiens, pour la majorité des gens, et c'est vrai qu'en regardant certaines peintures, on compte les apôtres, on en repère très vite deux : Pierre et Paul. C'est le premier handicap de Matthias : il a été doublé par saint Paul. Il y en a un deuxième ce sont les modalités de son élection. Il faut reconnaître que cela ne fait pas très sérieux, surtout dans notre société démocratique où l'on passe tellement de temps et où l'on dépense tellement d'argent et d'énergies pour élire certaines personnes qui sont censées gouverner les pays. Ce n'est pas très sérieux de confier le ministère  de l'apostolat dans le collège des apôtres à un simple jeu de courte paille. 

       Néanmoins, je pense que la figure de Matthias nous invite peut-être à réfléchir sur autre chose. Matthias ce n'est pas l'éternel second comme Poulidor, ce n'est pas uniquement le pauvre qui a été choisi parce qu'il fallait bien remplacer Judas. Mais je crois que Matthias est une des plus belles figures pour nous faire découvrir la sollicitude du Christ pour son Église. Dans un premier point, l'élection de Matthias se situe entre Ascension et Pentecôte. Il faut que le corps, le collège des apôtres retrouve sa complémentarité, pour ensuite recevoir l'Esprit Saint. Le collège des apôtres ne peut pas recevoir l'Esprit Saint parce qu'il est blessé dans son corps, il y a un membre qui s'est retranché. Le Christ, par l'intermédiaire de saint Pierre, veut d'abord reconstituer la chair de son Église avant de lui insuffler son Esprit. Un peu comme lors de la création d'Adam, quand Dieu modèle d'abord le corps d'Adam avant de lui insuffler son Esprit. C'est une marque de sollicitude qui soigne la chair avant de soigner l'esprit. On dit d'ailleurs souvent que la véritable charité n'est pas d'abord de donner une parole gentille, mais d'abord de s'occuper du pratico-pratique. 

       C'est ce que fait le Christ avec son Église. Il la restaure complètement et lui donne un nouveau membre pour qu'ensuite cette Église puisse recevoir l'Esprit Saint. Vous avez entendu saint Pierre expliquer les modalités de l'élection qui ne repose pas uniquement sur le hasard, mais il faut choisir quelqu'un qui peut témoigner du Christ depuis son baptême jusqu'à la résurrection. Le Christ dit la même chose d'une manière différente dans l'évangile que nous avons entendu, le Christ parlait de ses épreuves. Le collège des apôtres, c'est le collège qui peut témoigner à la fois de tout ce que le Christ a dit et a fait, et qui partage aussi avec lui ses souffrances. Une des plus  grandes souffrances du Christ au moment de sa Passion, je pense que c'est la trahison de Judas. Souvent, nous réfléchissons à la souffrance des disciples de Jésus par rapport à Jésus, Marie est debout au pied de la croix, accompagnée de Jean, mais nous ne réfléchissons peut-être pas assez sur la souffrance qu'a pu engendrer la trahison de Judas pour les disciples. Nous réfléchissons dans le lien entre la tête qui est Jésus et le corps, nous pensons à Marie, à Jean, etc … mais nous ne pensons pas que la Passion du Christ déclenche aussi une autre souffrance qui est celle des membres du collège des apôtres, qui assistent à la trahison d'un de ses membres vis-à-vis du Christ. 

       C'est une  grande souffrance pour les apôtres de savoir que celui qui a trahi Jésus c'est quelqu'un qui fait partie du collège. Matthias est à la fois la marque de cette trahison, mais il est en même temps la marque de cette mort et de cette résurrection. Quand je vois Matthias dans le corps des apôtres, je vois la trahison d'un membre, mais aussi la sollicitude du Christ qui a voulu soigner son corps et a voulu le restaurer dans sa plénitude pour le nourrir, le protéger, le faire grandir et ne pas l'abandonner. 

       En écoutant avec la liturgie de la parole aujourd'hui, je ne pouvais pas m'empêcher de penser à Osée et à tous ses malheurs conjugaux qui sont comme le témoignage ou la prophétie de l'amour que Dieu porte à son peuple, je crois qu'on peut dire que Matthias, c'est exactement la même chose. Matthias, comme le dit saint Paul dans l'épître aux Éphésiens, dans sa comparaison entre l'Époux et l'Épouse et le Christ et l'Église : "Nul n'a jamais haï sa propre chair, on la nourrit au contraire et l'on en prend bien soin".

       Matthias, c'est cela, il est non seulement le témoin qui dit : j'ai suivi Jésus et j'ai vu tout ce qu'il a fait depuis son baptême jusqu'à sa résurrection, mais son témoignage ne s'arrête pas là. Le véritable témoignage de Matthias, c'est sa personne même, c'est le fait qu'il témoigne de cette sollicitude et de cet amour immense du Christ qui nourrit et protège son Église. 

 

       AMEN 

 

 

 
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