AU FIL DES HOMELIES

Photos

LA RESPONSABILITE DE PROTECTION DE JOSEPH

Rm 4, 13-22 ; Mt 1,16+18-25
St Joseph - (19 mars 2016)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Frères et Sœurs, il nous est assez difficile aujourd’hui de comprendre ce qu’est la mission et la responsabilité de Joseph, le fils de David. Nous sommes dans une société où les prérogatives de l’un et l’autre sexe, masculin et féminin, même si à certains moment ce sujet a de graves et difficiles variantes dont nous avons fait les frais dans l’actualité depuis quelques années, en fait il y a quand même une sorte de répartition fondamentale. La femme, la féminité est de l’ordre de la fécondité, et la masculinité est de l’ordre de la productivité. C’est une vieux schéma : Monsieur va au travail, rentre le soir et se met d’ailleurs tout de suite dans son fauteuil pour siroter son whisky pendant que Madame prépare le repas. C’est bien connu, il est épuisé, n’est ce pas ? Alors que Madame s’est occupée de tout le ménage, des enfants etc pendant toute la journée, mais il faut qu’elle continue alors que lui a épuisé ses capacités de productivité. C’est un peu caricatural, mais il y a quelque chose de cela, surtout dans nos sociétés occidentales.
Il est évident que dans le monde sémitique où a vécu saint Joseph, père adoptif de Jésus, on ne peut pas dire que le masculin se caractérisait par la productivité. En réalité, produire était un travail d’esclave. Quand on dit que Joseph était artisan, c’est ambigu. C’est à la fois pour dire qu’il n’est pas de classe noble au sens classique du terme (c’est-à-dire qu’il n’exerce pas de pouvoir à la cour d’Hérode et n’a pas de pouvoir exagéré), et qu’il est dans la middle class de la gamme de la productivité, il est artisan, c’est mieux qu’esclave où l’on ne fait qu’exécuter les ordres. Joseph avait sans doute une certaine autonomie dans la capacité de gérer son travail. Aujourd’hui, assez spontanément dans un subliminal collectif, même si ça a beaucoup changé depuis, la productivité reste encore attachée à la figure masculine, même si elle a un peu émigré du côté féminin par des détours extrêmement compliqués. Dans l’Antiquité véritablement, le travail n’est pas du tout une caractéristique de la condition masculine.
Toute cette prédication, très touchante en soi, qui nous présente saint Joseph accomplissant sa sainteté avec son rabot, sa varlope, ses marteaux et ses clous, est quand même un peu de l’adaptation moderne. Certes, il était artisan mais ce n’était pas essentiellement ça sa marque fondamentale. Au fond, la caractéristique de la masculinité, c’est la protection. Ca peut nous paraître aujourd’hui anti-émancipateur, ça peut être interprété comme la condition supérieure de l’homme sur la femme, comme tous les bateaux que l’on a aussi entendu dans les trente ou quarante dernières années. Il n’empêche que chez eux, c’était fondamental : dans un couple, dans une famille, que ce soit chez les romains, chez les juifs ou chez les grecs, le rôle du père de famille, c’était la protection. C’était comme ça.
Ce rôle était très important : la protection du patrimoine évidemment, mais aussi de chacun des membres de la famille. C’était la vraie responsabilité soit du pater familias, soit du patriarche dans les sociétés sémitiques. Dieu avait confié à l’homme une sorte de vigilance particulière. C’est pour ça que dans l’Antiquité, même s'il y a eu des reines (il y a eu la reine Zénobie à Palmyre qui a beaucoup fait parler d’elle, et la reine de Saba qui a encore plus fait parler d’elle, parfois pour des problèmes un peu annexes) Mais dans ce monde antique, la figure royale, parce que protectrice du peuple, était une figure masculine. C’est ce qui se passe dans tous ces récits autour de Joseph. Vous avez remarqué, on ne nous dit pas qu’il se donnait beaucoup de mal pour travailler à l’atelier. Après, plus tard, on a dit qu’il apprenait un métier à Jésus, le fils de charpentier etc… on le savait. Mais dans les évangiles, on ne rapporte pas le métier de charpentier comme une caractéristique fondamentale. N’est-il pas le fils du charpentier ?, ça signifie qu’on le connaît et c’est tout, on a fait le tour de la question. Ce n’est pas la marque principale du personnage de Joseph.
En revanche, il a une sorte de rôle de protection. Dans l’oraison tout à l’heure, vous avez entendu une théologie très fine : Dieu a choisi saint Joseph pour veiller à l’aube des mystères. C’est le veilleur de l’aube. Qu’est-ce que l’aube du mystère ? C’est la conception de Jésus par Marie. Joseph a veillé là-dessus. Il a engagé son pouvoir, sa responsabilité face à Marie qu’il allait épouser. Et il l’a engagé comme protection de quelque chose qu’il a au départ plus ou moins interprété comme une trahison ou une infidélité. Voilà le sens profond du rôle de Joseph. Quand il s’agit de protéger sa femme et son enfant, c’est à lui que l’ange s’adresse, c’est lui qui les emmène en Egypte et c’est lui qui les ramène. Car tout le temps, il veille à la protection (aujourd’hui, on dirait la sécurité) de ceux qui lui sont confiés.
Cela peut nous paraître un peu étrange, et un peu cocooning, mais c’est plus profond que cela. Quand il y a ce dessein de Dieu qui est aussi fondamental que l’entrée du fils de Dieu dans le monde, c’est Joseph qui veille, c’est lui qui assure que le projet se passe bien. Il a un côté sécurité - protection qui est la marque propre de son ministère et de son service. C’est quelque chose de très grand et si on l’appliquait d’avantage je crois que ça développerait chez certains pères ou hommes une plus grande attention à ce qui se passe dans le foyer, mais surtout, un plus grand sens du service. Le problème n’est pas simplement de travailler (ça, c’est un peu le cliché), le problème est de veiller à ce que chacun trouve sa véritable dimension et sa véritable vocation. Et c’est en ce sens-là que Joseph a agi : il a aidé Jésus, d’une façon tout à fait réaliste et très simple, à trouver sa place dans la petite société du village de Nazareth. C’était ça, sa responsabilité, ce n’était pas d’abord l’artisan, le travail etc. Ça, on a récupéré ça plus tard, quand il a fallu rivaliser avec la lutte des classes, c’est très tardif. En réalité, c’est la vigilance et l’attention de protection sur le destin d’un autre. C’est ça la grandeur de la figure de Joseph.
Joseph n’est pas nécessairement une figure qui se met en avant. La responsabilité de protéger n’est pas obligatoirement une manière de se faire valoir. Au contraire, c’est un moyen de se mettre au service pour faire valoir ceux dont on a la responsabilité. C’est pour ça que la sainteté de Joseph est très originale, très marquante dans notre propre vie. Non seulement pour les hommes mais aussi pour les femmes parce qu’en réalité maintenant, avec certaines notions comme la parité, c’est peut-être la réciprocité de cette protection qui se commence à se faire jour. Et si c’était dans ce sens-là, ça ne serait peut-être pas si mal, la parité. Alors supplions et demandons au Seigneur par l’intercession de saint Joseph, comme père de la famille dans laquelle Jésus est né, a grandi et trouvé sa plénitude humaine, qu’il nous apprenne, à chacun d’entre nous, à vivre vraiment cette responsabilité de protection, de service et de faire grandir ceux qui sont autour de nous.
AMEN


 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public