AU FIL DES HOMELIES

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UN COUPLE ILLUMINÉ PAR LA PRÉSENCE DE DIEU

2 S 7, 4-14 a +16 ; Rm 4, 13-22 ; Mt 1,16+18-25
St Joseph - (19 mars 2000)
Lundi de la deuxième semaine de carême
Homélie du Frère Jean-François NOEL

Saint Jean de Malte : La nouvelle création

 

L

e vocabulaire que l'on peut lire même dans les oraisons d'ailleurs, autour de la fête de saint Joseph utilisent les mots de silence, humilité, pauvreté, bref, effacement. On sent un peu l'embarras dans les mots humains, de décrire à la fois cette pré­sence paternelle et cet effacement nécessaire puisqu'il n'est pas le père biologique. Et alors ? oui, comme dirait l'autre, et alors ...? Est-ce que ça l'a empêché pour autant d'être père, et faut-il que sans arrêt, crai­gnant que sans arrêt de l'ombre ne se fasse sur le petit Jésus, de crainte que ce petit ne soit plus Dieu, rassu­rez-vous, il n'a pas de problème pour le devenir, il y aura d'autres problèmes après... faut-il donc que nous écrasions la tête de notre pauvre Joseph pour mainte­nait hors de l'eau celle du Christ enfant, adolescent ? Une sorte de discours souvent très embarrassé, sou­vent très dévotionnel, qui, si vous voulez mon avis un peu perfide, a essayé de voir dans ce masculin-là quelque chose d'assez émasculé, une sorte de person­nage un peu hygiénique, un peu sans saveur, qui a dû contenter un certain nombre de dévotions, un homme sans l'être vraiment. Je ne crois pas que j'exagère beaucoup, en regard de l'ensemble des tableaux qui ont représenté ce pauvre Joseph qui n'a pas beaucoup de chance dans la Révélation.

Voyons les choses différemment, d'un autre côté. Un homme et une femme s'aiment, pleins de leur amour, émerveillés de leur amour, et cet amour comme on en parle dans le sacrement de mariage d'ailleurs va se trouver par la Présence même de Dieu, mais réelle, tout à fait réelle, non seulement lorsqu'un homme et une femme s'aiment et qu'ils demandent à Dieu de consacrer leur mariage, de le signifier par la fécondité, par exemple l'arrivée des enfants, et que les enfants sont la manière dont Dieu peut se dire dans le couple, et ce dans leur sexualité, dans leurs rapports de couple, dans leur vie quotidienne, dans leur avenir, dans leur espérance mutuelle, dans le souci qu'ils ont maintenant, dans leur attente, etc ... Pourquoi croire que Marie et Joseph sont passés hors propos, dans les nuages, que rien ne s'est passé entre eux. Il faut bien pour qu'un enfant grandisse qu'il y ait une histoire du couple. Nous sommes, nous-mêmes pétris d'une his­toire de notre famille, et Marie et Joseph ne sont pas sans histoire, d'ailleurs vous avez entendu le début de leur histoire, ce n'est pas banal, ce n'est pas très évan­gélique. Cela ne commence pas avec des anges, en­tourés de précautions, non. Une femme tombe en­ceinte sans l'accord de son mari, voyons ça de cette manière, et Joseph qui n'est de fait, pas malhonnête, décide de la répudier en secret;  mais il décide de la répudier, la Mère de Dieu, il a failli excommunier ce pauvre loulou-là ! cela a très mal commencé.

Il y a une sorte de relecture à faire à la fois plus humaine et plus divine de la présence de Joseph dans la vie de la Sainte Famille. Un couple illuminé par la Présence de Dieu, par cette proximité agissante immédiate, quotidienne, qui à la fois explose dans la chair d'un enfant, et en même temps balbutie, puis­qu'il devient un apprenti de la vie humaine. Il a fallu que Dieu apprenne à parler, à s'exprimer, à découvrir l'homme, il a fallu qu'il demande à son père, qu'il pose des questions comme font les enfants, et il a fallu que Joseph lui réponde, et qu'il s'inscrive comme homme dans son histoire, dans la vie de Jésus. Et c'est à tra­vers tout cela, et qui ne nous est pas livré, dans son histoire d'homme, avec ses désirs, ses espérances, avec tout ce qui le faisait vraiment homme, qu'il puisse le transmettre à l'Enfant-Dieu pour que cet Enfant lui-même à son tour, tout Dieu qu'Il est, de­vienne homme. Sinon, il se serait arrangé pour arri­ver "tout fait", en kit, il n'y aurait plus qu'à assembler les morceaux et Joseph aurait été le bricoleur ultime. Or il a non seulement eu la patience du père, il a été celui qui a ouvert le monde réel comme tout enfant a besoin dans sa vie, par le père d'accéder à la réalité. Il y a donc une espèce de reconnaissance que nous de­vons à ce Joseph, qui n'est pas d'avoir été effacé, ou de s'effacer, mais d'être à sa place, présent, actif, mas­culin, dans la vie de l'Enfant.

Et enfin, il arrive avec une lignée, il est celui qui apporte cette lignée sur laquelle Dieu vient se greffer. D'Abraham à Joseph... Isaac, Jacob... et les autres, une très longue histoire. Et non seulement Joseph porte sa propre histoire d'homme de ce temps-là, mais il porte aussi l'histoire de l'attente, les décep­tions de tous ceux qui l'ont précédé et qui font qu'Israël est le lieu où Dieu va se dire totalement. Et Joseph en est le rappel. Il y a une sorte d'interaction très active de puissance entre toute cette grande lignée que Dieu a façonnée et sculptée, et la présence de Dieu qui vient s'y apprivoiser, s'y donner. Et moi je pense qu'avant que Jésus ne découvre comme chacun de nous l'a découvert, le monde réel, la totalité de cette destinée qui est la sienne, le don de sa vie, il l'a éprouvé au contact de cet homme qui est son père sur la terre.

Et puis, un tout dernier élément, il a bien fallu aussi que l'Enfant Jésus passe de ce père-là au Père dans les cieux. Il y a là aussi forcément un mystère difficile à élucider, mais un lien profond entre la dé­couverte du père immédiat, pas de l'ordre biologique, mais dans la chair, au Père du ciel et qu'il a fallu ef­fectivement que Joseph à la fois s'affirme comme son père, et en même temps qu'il laisse s'entrouvrir cette autre figure que Jésus appellera dans un autre passage d'évangile, le Père du ciel.

Alors, frères et sœurs, demandons à saint Jo­seph, lui qui a su trouver sa place dans le moment difficile, le moment subtil, le moment extrêmement précieux du début de l'Incarnation de Dieu, que nous sachions trouver notre propre place, de ne pas nous effacer, mais qui est de savoir nous donner, affermir notre être, là même où Dieu a besoin de nous dans le cours de l'histoire du Salut pour tous les hommes.

 

 

AMEN

 

 
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