AU FIL DES HOMELIES

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SAINT JOSEPH

2 S 7, 4-14 a +16 ; Rm 4, 13-22 ; Mt 1,16+18-25
St Joseph - (19 mars 2001)
Lundi de la troisième semaine de carême
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

C

e n'est pas parce que nous savons peu de cho­ses sur Joseph que nous devons combler les lacunes de l'évangile. La dévotion "José­phiale" est tout aussi terrible que la dévotion mariale, et malheureusement, cette dévotion a une longue his­toire dans l'Église. Champion de la virilité émoussée, on ne peut pas faire mieux, cet homme passe à l'om­bre. Il faut s'en tenir à ce que dit l'évangile et accepter d'être frustrés sur ce que nous savons pas d'un homme qui a vécu comme père aux côtés de l'Enfant-Jésus.

Je vous propose de nous appuyer sur l'expé­rience que nous avons les uns des autres et de renver­ser cette expérience. Nous sommes très alertés, moi le premier, et vous donc aussi à mon égard, sur les pé­chés, les défauts, les aspérités négatives de notre vie spirituelle. Cela se voit et cela se lit. Puis, un jour ou l'autre au hasard de la vie, on rencontre quelqu'un, ou quelqu'une d'ailleurs, dont on éprouve, parce qu'on l'a écouté différemment ou qu'on l'a aimé, dont on éprouve d'autres qualités, une sorte de grâce. C'est souvent au décès, à la mort de quelqu'un que dispa­raissent ces jugements un peu agressifs ou irrités, et qu'apparaît comme une photographie en noir et blanc quelque chose d'autre de l'ordre de son identité pro­fonde. C'est vrai qu'il y a même une sorte de rattra­page au moment où quelqu'un meurt, on a l'impres­sion qu'on cherche à se rattraper sur les jugements qu'on fait, non pas sur ceux qui sont morts, mais sur ceux qui sont toujours vivants en disant d'ailleurs : ce sont toujours les meilleurs qui partent, ce qui n'est pas vrai objectivement, il n'y a pas de tri par les meilleurs, sinon nous serions les plus mauvais, nous qui sommes encore là. Mais il y a une révélation progressive de ce qu'est l'individu, de ce qu'est la personne, et il y a chez Joseph un élément essentiel et important qui est sa pudeur. Il est comme voilé. Non pas qu'il ne veuille pas se dire ou que l'évangile ne veuille pas nous en parler, mais c'est l'élément d'approche de l'identité mystérieuse de cet homme, cette justice, cette droiture se conjugue avec sa pudeur.

Et pour ma part, je prêche contrairement aux apparences, pour cette pudeur parce qu'elle est le lieu où se déroule comme à l'abri du monde, même à l'abri de nos propres péchés ce que j'appelle cette libre circulation du cœur de Dieu et du cœur de l'homme, pour chacun de nous. Lorsque nous avons la chance et le privilège de goûter à quelqu'un dont nous sentons qu'il est plein de grâce, comme l'était Joseph, comme l'était Marie, c'est que nous avons entendu le bruit que fait ce dialogue entre Dieu et l'homme, dans son cœur.

Lorsque nous avons accès à la visibilité de cette grâce, à cette parure, c'est que notre oreille, no­tre cœur se sont trouvés tout d'un coup alertés, ali­mentés, nourris par ce murmure que nous pressentons. Et Joseph était habité, la preuve en est de cet évangile avec l'apparition de l'ange qui s'inscrit, dans un dialo­gue, dans une prière dirions-nous maintenant, creusé, fouillé, secret, peut-être même parfois à son insu, entre lui et le Père, j'allais dire de père à Père. Il a appris, entendu, écouté ce qu'est la paternité divine pour en être l'écho et l'instrument, la chair auprès du Fils du Père du ciel pour que le Fils du ciel devienne aussi le Fils de l'homme. Cela s'appelle la grâce. C'est ce déroulement ininterrompu, comme au secret de nous-mêmes, de notre dialogue avec Dieu. Ce dialo­gue que nous entretenons, qui a toute une histoire, qui a des hauts et des bas, des silences, des confiances, des abandons. Dans la vie de Joseph, nous avons eu droit à quelques dévoilements de ce dialogue interne. Loin d'être cet homme à la virilité émoussée, repous­sée, trop vieux, il est l'exemple même du secret : "Va dans ta chambre, ferme ta porte, et prie le Père qui est dans le secret". Il est l'homme de ce secret et de cette confidence de Dieu Père.

Nous sommes invités à la suite de Joseph époux de la Vierge Marie, à laisser davantage de place à ce dialogue intérieur. Il n'aura pas forcément comme effet une sorte d'amélioration de notre nature humaine ou une purification de nos péchés, ce n'est pas forcément visible à l'extérieur. N'empêche que le jour où nous arriverons tout doucement vers Dieu, ce dialogue de secret qui était, se dévoilera même à nos propres yeux, en tenant tous les mots qui nous ont échappé, et, il prendra l'intensité de l'éternité dans notre chair et dans le cœur de Dieu.

Qu'à la suite de saint Joseph, nous ayons le cœur à l'ouvrage, comme on dit, mais à l'ouvrage du dialogue avec Dieu et que nos péchés, au moins, s'ils ont toujours lieu n'atteignent en n'entament, et n'em­poisonnent pas ce secret qui est le nôtre.

 

AMEN

 

 

 
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