AU FIL DES HOMELIES

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LA PATERNITÉ DE SAINT JOSEPH

2 S 7, 4-14 a +16 ; Rm 4, 13-22 ; Mt 1,16+18-25
St Joseph - (19 mars 2002)
Mardi de la cinquième semaine de carême
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

A

h, ces héros grandioses que sont nos parents, ces héros de la vie quotidienne que vous êtes vous aussi qui êtes parents, cet appel inces­sant, nuit et jour, c'est d'ailleurs pour moi un véritable effroi d'imaginer que vos enfants vous réveillent la nuit, je l'incline devant cette fatigue que les enfants réclament. C'est vrai qu'on devrait adresser des re­merciements infinis aux parents, à cause de la façon dont les enfants tirent la susbstancifique moelle, l'es­sence de ce que vous êtes, pour grandir avec une es­pèce de désinvolture tranquille, comme si tout était dû.

La grandeur de la paternité et de la maternité ne se résume pas à l'acte de la procréation, c'est trop clair, et croire que Joseph n'est pas père parce qu'il n'a pas procréé, c'est absurde. Comme si on mesurait et l'on évaluait ce qu'est un père à la procréation, c'est évident.

Quand on entend sans un certain nombre de spiritualités que Joseph est à l'école de Marie, je ne m'y retrouve pas, il a été père, pleinement père. Il a exercé une totale paternité jour après jour, et j'en tiens pour preuve les trente années de cette vie intime, ca­chée, non dite de Joseph, Marie et de leur enfant, jus­qu'à ce que Jésus décide, non pas de quitter le milieu familial, pas de problème oedipien me semble-t-il, enfin, je n'en sais rien, mais il décide d'ouvrir, de sor­tir de cette intimité dont Joseph a été le gardien. Ce qui m'étonne beaucoup, non pas que Joseph ait été à l'école de Marie comme s'il regardait cette femme qu'il désirait en se rongeant les sangs, en ne pouvant pas la toucher, mais il était à l'école de Dieu, à l'école de leur enfant. Et tous deux, mère et père, étaient là pour éveiller, construire, comme des parents par rap­port à leur enfant, cet enfant Dieu qui n'était pas là simplement par hasard et qui savait tout comme à l'avance. Il ne faut pas imaginer que Jésus leur expli­quait le soir au coin du feu ce qu'ils devaient savoir. Il faut redresser la stature de Joseph et surtout entendre derrière cette stature ce qu'est la paternité. Si Dieu a voulu choisir Joseph, c'est qu'Il a voulu qu'on voie ce qui est sa véritable paternité. Cette paternité est un don, une sorte d'improvisation permanente de l'homme par rapport à son fils, de l'homme par rap­port à ses filles, du don qu'il doit faire, et en même temps de ce don mesuré, de ce don total et de cette réserve pour que l'autre à la fois reçoive, grandisse sans rien devoir. Il y a dans la paternité à la fois cette force qu'on doit transmettre et cet effacement, pour que l'autre recevant cette force apprenne à être quel­qu'un. Jésus comme chacun de nous a eu besoin d'avoir dans sa vie, un père. Et cette histoire de Jo­seph dans la vie de Jésus est une histoire extrêmement éclairante, lumineuse sur ce que Dieu est pour nous. A la fois, cette façon de tout donner sans compter, de tout faire apprendre, de susciter, d'anticiper, de pré­voir à l'avance, et en même temps de laisser libre pour que les premiers pas, les premiers mots, les premières pensées puissent venir, que cette liberté de l'homme enfant que nous avons nous aussi apprise, s'acquière, soit appropriée et ensuite devienne pleine.

Dans l'humanité de Jésus, nous voyons ce qu'était Joseph. Il y a une sorte de miroir magnifique en l'homme Jésus, de ce que Joseph lui a donné, et donc de ce que Dieu a inspiré. On a l'impression qu'il faut mettre les paternités comme en concurrence le pauvre Joseph il n'est presque rien, parce que Dieu a tout fait. Mais, c'est comprendre les choses à l'envers : Dieu inspire à Joseph la paternité divine qu'Il veut pour son Fils et donc à l'exemple de ce qu'Il veut pour chacun de nous. Il y a donc dans la figure de Joseph une pleine figure d'intensité, une sorte de grande sainteté dont Jésus va s'imprégner, non pas qu'il ait besoin d'une autre sainteté pour devenir lui-même le Fils de Dieu, c'est trop clair, mais il y a une sorte de travail accompli dans la paternité de Joseph que nous devons infiniment vénérer et qui nous met au goût de ce qu'est Dieu comme Père pour chacun de nous.

Il y a une réalité de la paternité qui est plus large que l'idée que nous nous en faisons. Ne réduisons pas Joseph, au contraire demandons-lui de nous éclairer sur cette paternité qui est un élément essentiel : Marie et Joseph équilibrant tous deux ce qu'ils doivent donner à l'Enfant pour que cet Enfant devienne homme et s'ouvre à Dieu, et déclare publiquement à la face du monde cette divinité dont il est le porteur, dont Il est le symbole plénier.

Que Joseph ouvre nos yeux, il n'y a pas de "dévotion" à la fête de saint Joseph, il y a une pleine réalité de l'évangile qui nous permet d'éclairer un des mystères de Dieu, et un des plus vrais, celui que nous dirons dans un instant : "Notre Père".

 

 

AMEN

 

 
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