AU FIL DES HOMELIES

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JOSEPH DANS LA LOGIQUE DE L'INCARNATION

2 S 7, 4-14 a +16 ; Rm 4, 13-22 ; Mt 1,16+18-25
St Joseph - (19 mars 2007)
Lundi de la quatrième semaine de carême
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

A

utant Luc dans les récits de l'enfance du Christ laisse une grande place à Marie, comme un peu le personnage clé de ces récits, autant saint Matthieu lui, fait de Joseph le personnage incontournable des récits de l'enfance. Ce n'est pas qu'il y en ait un qui soit mariolâtre et du coup serait meilleur que l'autre et qu'éventuellement l'Église faisant grand cas de Marie ne voudrait quand même pas perdre tous les bienfaits que l'invocation à saint Joseph pourrait nous apporter, qu'ensuite, on ait fait une fête de saint Joseph une solennité à l'égard de certaines autres concernant Marie.

En fait, Luc comme Matthieu ont certainement voulu souligner une réalité qui leur semblait plus importante dans le mystère même de l'Incarnation. Car il est difficile de rendre compte que Dieu s'incarne. Pour nous, parfois cela semble ne pas poser de problèmes, mais je n'en suis pas si sûr. Nos propos si ce n'est théologiques, nos propos de vie, de conceptions, de philosophies de ce monde, ou mieux, notre vie spirituelle, la manière dont nous entrevoyons notre rapport avec Dieu montre très souvent qu'on a un problème fondamental avec la réalité créée, avec notre corps, et que peu ou prou, on s'imagine que Dieu n'a quand même pas été jusqu'à prendre vraiment la réalité de cette chair quand on voit ce qu'est notre corps. Or, l'impensable s'est vraiment réalisé : le Verbe s'est fait chair, nous dit l'Écriture par la voix de saint Jean. Le Verbe s'est fait chair et il s'est tellement fait chair que les récits de l'enfance nous racontent bien à la fois qu'il est vraiment Dieu, d'où l'insistance dans le récit de l'annonce à Joseph qu'il n'a pas connu Marie, donc Jésus n'est pas le fils de Joseph. Mais en même temps, Jésus ne peut connaître la réalité, sous forme de néologisme, la concrétude de ce monde uniquement par l'appropriation de ce corps qui ne peut s'épanouir et se développer que dans un contexte religieux qui est en même temps culturel. Saint Matthieu nous dit que nous ne pouvons pas être réduits à notre corps, parce que notre corps est également la somme de relation dont il est capable et pour pouvoir être, nous sommes façonnés dans notre existence et dans notre corporéité par les relations que nous donnent la parenté, mais plus largement, la religion et la culture. Jésus n'aurait pas pu être pleinement homme si quelqu'un ne lui avait pas donné la possibilité d'être existentiellement un petit garçon qui apprend à lire, à écrire, à marcher, à prier comme un bon juif, à aller à la synagogue avec son père, à apprendre un métier, à se tenir en société et à lui-même pouvoir aux relations reçues en entrant également en relation avec tous les autres hommes.

Fêter saint Joseph nous permet de comprendre la logique de l'Incarnation et ce par quoi le Fils de Dieu doit passer pour connaître et achever pleinement sa réalité d'homme. On imagine souvent que le Christ sait tout avant même de pouvoir parler, or, s'il sait tout, il ne peut rien dire, car tout ce qu'il peut dire il va l'apprendre à travers les mots de sa religion et de sa culture. Il va le dire et le faire parce que quelqu'un a accepté de l'accueillir au cœur même de ce qui fait l'existence d'un homme : la relation familiale et donc la relation sociale. Et aussi on voit bien le rôle de Joseph comme éventuellement l'honneur qu'on peut lui rendre dans la liturgie et qui n'est pas un rôle de rattrapage. Il est un rôle qui rappelle à chaque chrétien sa propre vocation, car comme Joseph nous sommes appelés à créer et à vivre ce lien avec tous les autres qui nous permettent de vivre ce que Dieu nous demande : la relation d'amour avec lui, mais qui ne peut se vivre que dans l'amour du prochain, car le premier et le second commandement sont semblables. C'est cette relation même qui nous permet d'être pleinement chrétiens, car n'oublions pas que si par notre baptême nous sommes fils de Dieu, cela ne signifie pas que nous soyons des électrons libres et individués comme parfois la société a tendance à le faire pour l'homme moderne. Quand nous sommes fils de Dieu, nous sommes automatiquement et systématiquement frères des autres enfants de Dieu et des chrétiens. Et nous sommes donc obligés pour nous dire chrétiens de vivre cette relation qui vérifie justement notre christianisme.

Cela nous permet de saisir que la vocation du chrétien un peu comme celle de saint Joseph est également de faire grandir cette capacité de relation donc de vie et d'existence dans le cœur du prochain.

 

AMEN

 

 

 
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