AU FIL DES HOMELIES

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JOSEPH, FILS DE DAVID

2 S 7, 4-14 a +16 ; Rm 4, 13-22 ; Mt 1,16+18-25
St Joseph - (19 mars 2008)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


F

rères et soeurs vous le savez peut-être, mais dans de nombreuses civilisations la répartition des rôles dans la transmission de la vie, dans la génération, est toujours assez strictement codifiée. Cela relève généralement de coutumes liées à une culture, à une civilisation, mais il se peut que cela prenne à certains moments, une importance décisive. C'est ainsi que dans certaines traditions royales la royauté ne peut être transmise qu'aux enfants mâles et pas aux filles, parce que précisément ce ne sont que les garçons qui peuvent transmettre l'identité ou la fonction royale. Dans certaines traditions, les femmes ne peuvent pas transmettre la fonction royale, si on la leur transmettait, elles ne pourraient pas la transmettre à leur tour.

C'est un peu la même chose dans la tradition biblique, car le problème de la transmission de l'identité sociale, de la responsabilité à la fois politique et sociale ne se fait pas de n'importe quelle manière. Dans la tradition des rois de Juda, ce sont toujours les hommes qui ont porté la fonction royale et qui l'ont transmise. Dans le même contexte juif, on pouvait par adoption, transmettre, l'héritage, c'est-à-dire la fonction de gérer le bien, qui était attribué à une famille. C'est ainsi que lorsqu'Abraham a épousé Sara qui ne pouvait pas avoir d'enfants, à un certain moment, Sara lui dit, prends ma servante qui pourra te donner un garçon et tu pourras lui transmettre l'héritage et la direction du clan à la tête duquel tu te trouves.

C'est donc cette réalité-là, et c'est à la suite de cela qu'Ismaël devient un peu dangereux, parce qu'avec l'aide de sa mère, on peut craindre qu'il ne détourne véritablement toute la propriété du clan d'Abraham, mais le résultat, c'est que dans cette culture, dans la tradition juive, seuls les hommes transmettent la fonction.

Cela explique le rôle de saint Joseph et le rôle de Marie. Dans l'économie du salut, Dieu a voulu que la réalité humaine, ce qu'on pourrait appeler le mystère de l'Incarnation, le fait que le Fils de Dieu, la deuxième personne de la Trinité devienne membre de notre humanité, ceci s'est transmis par la Vierge Marie. C'est elle qui a été enceinte par le fait de l'Esprit Saint, et qui a donné sa chair au Fils de Dieu, et donc, l'Annonciation montre le mystère même de l'entrée de Jésus dans l'histoire des hommes et dans le partage de notre condition humaine. Mais, cela ne suffit pas, car pour que Jésus soit vraiment Jésus, il fallait non seulement qu'Il ait reçu l'humanité d'une femme mais il fallait aussi qu'Il reçoive aussi son identité messianique. Or pour cela, la Vierge Marie, même si par hypothèse, mais ce n'est pas sûr, elle avait fait partie de la maison de David, ne pouvait pas transmettre l'identité de roi, de Messie. Par conséquent, il fallait que cette identité de roi soit transmise par un homme. C'est exactement le rôle de Joseph.

Autrement dit, le mystère de l'Incarnation est à la confluence de deux réalités. Le fait que Jésus entre dans notre condition humaine et cela par la Vierge Marie, c'est ce que nous avons surtout retenu dans la tradition de la foi, c'est pour cela que dans le Credo, nous disons: "Il a pris chair de la Vierge Marie". Mais très tôt, la réflexion de la communauté primitive qui se traduit ici dans l'évangile de saint Matthieu par la mise en valeur du rôle de Joseph, a compris que cette identité humaine et seulement humaine, n'était pas une justification suffisante pour comprendre le rôle et la fonction de Messie que Jésus avait accomplie. Or cette fonction de Messie, évidemment il aurait pu se l'inventer tout seul ou se l'attribuer tout seul, comme d'ailleurs il aurait pu naître sans le secours ni d'un homme ni d'une femme, car rien n'est impossible à Dieu, comme dit l'ange à Marie.

Mais de fait, de même que Jésus a voulu recevoir son humanité de l'humanité de la Vierge Marie, de même il a voulu recevoir sa messianité, sa responsabilité vis-à-vis du peuple de Dieu et de l'humanité tout entière comme chef, Messie qui conduit cette humanité au salut, il a voulu la recevoir d'un héritier de David. C'est pour cela que Joseph est toujours nommé "fils de David", c'est pour montrer que lui-même ayant reçu cette messianité, parce qu'il était de la descendance royale, il a en acceptant de prendre la Vierge Marie dans sa maison, il a accepté de transmettre la messianité dont il était investi comme fils de David à son fils. A une condition cependant, et c'est de taille, c'est que de même que dans l'Annonciation, quand la Vierge Marie devient mère de Dieu, c'est donné par grâce, mais il faut qu'elle y adhère par la foi: "Je suis la servante du Seigneur", ici, pour Joseph, est également demandé un acte de foi : "Joseph, ne crains pas de prendre Marie pour épouse, de la prendre dans ta maison, car ce qui est né en elle vient de l'Esprit Saint". C'est la foi pas simplement dans la bonne conduite de la Vierge Marie, ce qui n'est déjà pas si mal, mais c'est la foi dans la puissance de l'Esprit qui rend Joseph apte à transmette à son Fils Jésus, fils non pas selon la chair mais selon la messianité, de lui transmettre la dignité même dont il était investi.

C'est pour cette raison, vous l'avez entendu que la deuxième lecture nous rappelle à propos de la figure de Joseph le rôle d'Abraham comme le père des croyants. Si la Vierge Marie reste éminemment le modèle de la foi pour les chrétiens, il ne faut pas oublier non plus que Joseph reste aussi le modèle de la foi, parce que pour l'un comme pour l'autre, la manière dont ils ont ensemble contribué à l'identité de Jésus de Nazareth, Dieu fait homme parmi les hommes, et Messie de David selon la promesse, ils n'ont pu le faire et l'accomplir que par l'acte de foi et de confiance dans la puissance de l'Esprit.

 

AMEN

 

 

 
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