AU FIL DES HOMELIES

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LA TRANSMISSION DYNASTIQUE

2 S 7, 4-14 a +16 ; Rm 4, 13-22 ; Mt 1,16+18-25
St Joseph - (19 mars 2012)
Lundi de la quatrième semaine de carême
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Tendresse d'un père - Montlebon

F

rères et sœurs, les trois textes que nous venons d'entendre ont tous quelque chose à voir avec ce que j'appellerais le principe dynastique qui est le principe de la transmission d'une génération à l'autre. Le cas le plus connu, dans le souvenir d'histoire de la plupart des gens, ce sont les dynasties des rois avec la transmission héréditaire de la responsabilité du trône et de la gouvernance.

Ici aussi il est question de royauté, mais pas uniquement. Le premier texte fait allusion à la royauté davidique, le second fait allusion à la paternité paradoxale d'Abraham, et le troisième fait allusion à la paternité encore plus paradoxale de Joseph. Ces trois éléments ont ceci de commun : du côté d'Abraham, ce que Dieu a voulu signifier par la fécondité d'Abraham et de Sara alors qu'ils étaient avancés en âge et qu'ils ne pouvaient plus avoir d'enfant, c'est que la constitution même d'un peuple, le peuple d'Israël, même si elle est l'œuvre de Dieu, puisque c'est Dieu qui décide de constituer un peuple qui va être son peuple, en réalité, Dieu passera quand même par la loi de la génération humaine. Sara et Abraham ont beau être vieux, c'est à partir d'une descendance qui est la leur que sera constitué le peuple de Dieu. Aujourd'hui encore, comme à l'époque de Jésus, quand un israélite veut se définir, il se dit fils d'Abraham.

Cette constitution dans notre être est donc double, à la fois celle de la chair mais telle que la chair n'aurait pas pu la réaliser, Abraham et Sara sont trop vieux pour avoir des enfants, et ce qui en résulte, c'est une communauté qui n'est pas uniquement une communauté de sang, mais une communauté de solidarité spirituelle qui dépasse infiniment la communauté du sang. C'est d'ailleurs parce que cette communauté spirituelle est si profonde et si essentielle que Dieu avait prévu qu'Israël pouvait accueillir aussi ceux qui n'étaient pas nés selon la chair dans le peuple juif, qui n'étaient pas fils d'Abraham selon la chair, mais ceux qui étaient issus des peuples païens. C'est bien la descendance qui est un des critères, un des repères, mais cette loi de la descendance est aussitôt transcendée par la communauté spirituelle qui peut en naître.

Le deuxième texte est celui de David. C'est encore plus paradoxal, puisque la tension entre les deux éléments est plus forte. David a envie de bâtir une maison pour le Seigneur, c'est-à-dire un temple. Dieu lui fait porter le message par le prophète Natan : tu ne vas pas me bâtir une maison (sous-entendu, une maison de pierre), mais c'est moi qui te bâtirai une maison de chair, c'est-à-dire une famille avec transmission dynastique de père en fils et construire une maison signifie non seulement avoir des héritiers, mais ces héritiers auront un rôle précis : assumer et assurer la fonction royale sur le peuple. Ici, la transposition est encore plus forte, à partir d'un rêve de David, celui de bâtir une maison pour Dieu, rêve assez banal car comme la plupart des fondateurs de grandes religions qui ont toujours voulu avoir des lieux de culte. Dieu dit à David : le lieu de culte ce sera ta descendance, une descendance marquée d'une façon précise, le souci, le service de l'unité du peuple.

Saint Joseph dans le troisième texte que nous avons entendu est exactement à l'intersection de ces deux lignages et de ces deux dynasties. La dynastie selon la chair est tout à fait paradoxale, puisqu'il épouse Marie, c'est vraiment sa femme et il est vraiment son mari, contre son gré d'une certaine manière, mais en même temps, il l'épouse parce qu'il reçoit la responsabilité d'être le père du Messie. Dans le lien qui va l'unir à Marie, lien qui apparemment sera celui du mariage, en fait, il sera celui qui garantira et protègera l'enfance du Messie, qui assurera une fonction précise et bien connue qui s'appelle la paternité vis-à-vis de lui, et puis, intersection, il transmettra les promesses de la dynastie davidique. Pour nous aujourd'hui, les transmissions dynastiques des charges royales se transmettent précisément par la chair, mais ici, l'évangile nous montre que même si la chair matériellement ne concourt pas à la transmission, la volonté de Joseph d'accueillir Marie chez lui et de reconnaître son enfant comme son enfant à lui, c'est l'accomplissement de la promesse que Dieu avait faite à David.

C'est une fête dont le sens peut nous paraître un petit peu compliqué, je crois que la liturgie à certains moments l'a un peu simplifié en essayant de célébrer les vertus familiales et le sens de saint Joseph comme bon père nourricier qui s'occupe de son petit. Ce n'est pas mal non plus, cela fait partie du contrat, mais le fond de l'affaire, c'est le principe de la continuité du dessein de Dieu, à la fois selon le projet de constituer un peuple, et en même temps de donner à ce peuple le principe même de son unité, de son salut qui est le Messie, le Christ, Fils de David, parce que Fils de Joseph.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 

 
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