AU FIL DES HOMELIES

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TRANSMISSION DE L'IDENTITE CHRETIENNE

St Joseph - (19 mars 2014)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

Frères et sœurs, dans le monde ancien, où l’on n’avait pas de connaissances très précises sur le problème de la génération dans son aspect biologique, tel que nous le connaissons aujourd’hui,  on considérait que la personnalité d’un membre de l’humanité était constituée d’apports absolument nécessaires et complémentaires.

Le premier apport, le plus évident, c’était le fait de grandir et de croitre et de se former dans le sein d’une mère, et par conséquent, on attribuait à la mère un rôle, si je puis dire, de communication de la chair : c’est pourquoi les récits concernant la génération de Jésus commencent en général par la scène bien connue de l’Annonciation de l’ange Gabriel : est ce que tu acceptes, est ce que tu adhères au projet que Dieu a de « prendre chair en toi », c'est-à-dire de prendre chair de toi, de recevoir sa chair, sa constitution corporelle  de toi ? Aujourd’hui, dans notre monde actuel, nous savons que la constitution corporelle est composée de deux gamètes  etc … mais à cette époque là, le rôle de la mère était de donner chair, au sens de laisser se développer l’enfant à partir de sa propre chair.

Mais, pour qu’un enfant soit constitué dans son identité, la chair n’était pas considérée comme suffisante : il fallait que l’enfant reçoive son identité de l’homme qui l’avait engendré, en rendant féconde une femme. Dans le cas de Jésus, celui qui est le principe même de son identité, c’est Dieu. C’est pour cela que l’on dit de Jésus qu’il est né de l’Esprit, qu’il a été engendré en Marie. Elle a apporté sa chair, mais l’Esprit Saint a permis au Verbe de Dieu, au Fils éternel de Dieu, de prendre chair dans le sein de la Vierge Marie.

à la limite, on pourrait s’arrêter là et ça pourrait suffire. Il n’empêche, que dans ce même monde ancien, le père apportait la personnalité sociale, sous un angle un peu différent du nôtre aujourd’hui, car dans nos sociétés démocratiques contemporaines, la transmission héréditaire des privilèges, toutes les distinctions de rang social et l’appartenance à un groupe social ne sont plus liées à la naissance et à l’hérédité patrimoniale : on prétend même qu’elles jouent un rôle minime, même si ce n’est pas aussi évident qu’on ne veut bien le dire … Dans le monde antique en général, il fallait que le père apporte aussi à l’enfant, ce qui allait le constituer dans son rôle social et dans sa mission au cœur du peuple.

C’est pour cette raison que les royautés étaient dynastiques, c’était une manière de simplifier le problème : on considérait que le roi régnant, à partir du moment où il avait donné vie à un rejeton, lui transmettait, au moins potentiellement, sa propre dimension sociale, la royauté, selon des critères et des données hiérarchiques fixées par la tradition. C’est le sens de la première lecture que nous avons entendue, à propos de David. David a l’idée de construire une « maison » pour Dieu, et Dieu par le message qu’il confie au prophète Natân, retourne la situation et dit : « il n’est pas question que toi, David, tu me bâtisses un temple », ─ cela se fera plus tard sous Salomon ─ « mais c’est moi qui te bâtis une demeure ». La demeure de David, ce n’est pas une maison, c’est la dignité royale et la transmission dynastique de la responsabilité de chef du peuple à David.et à ses descendants jusqu’au Christ.

Et par conséquent, pour que la « personnalité humaine » de Jésus soit entièrement constituée, et qu’il soit vraiment fils de David, il fallait qu’un homme de la maison de David puisse lui transmettre cet héritage social de chef messianique du peuple : pas nécessairement par génération biologique directe, et c’est là le cas unique en ce qui concerne Jésus, puisqu’il est en réalité fils adoptif de Joseph.

Voilà pourquoi cette fête de saint Joseph, même si la plupart du temps on a essayé de la faire dévier dans le sens d’un modèle de père de famille dévoué et attentif (ce qui dut être vrai), était en réalité au départ, la célébration de l’identité messianique de Jésusdans la mesure où Joseph joue un rôle absolument unique et irremplaçable. Il apporte à Jésus sa dignité de Fils de David : tel est son rôle dans l’histoire du salut, et d’une certaine manière, cela justifie la parole de l’ange dans l’évangile de saint Mathieu : « Joseph, ne crains pas de prendre chez toi Marie pour épouse », ce qui veut dire : « ne crains pas de l’intégrer dans ta maison, dans ta famille ». Joseph, qui est de la maison de David, qui porte en son identité le lien de filiation issue de David, transmette cette messianité à celui qui va effectivement l’accomplir selon les promesses faites aux Pères.

Et c’est plus qu’un simple processus d’adoption juridique au sens moderne, car dans le monde ancien on adoptait en proclamant que l’adopté était le fils de l’adoptant, même en l’absence de lien charnel, Or, c’est exactement ce qui se passe en ce qui concerne Joseph.  Lui-même est l’héritier de cette promesse et au moment où il accueille Marie dans sa maison, il l’accueille dans la maison de David, par conséquent  à ce moment là Jésus reçoit la dignité de Messie selon la promesse que Dieu avait faite à David.

Tout cela peut vous sembler être simplement des élucubrations de théologiens, peut-être : pourtant, c’est d’abord une question de foi, car lorsque nous disons que Jésus est le Messie, le Christ, ou le Fils de David.. La messianité de Jésus vient réellement de David à travers le geste même de confiance que Joseph a eu en accueillant chez lui Marie, et ce geste de confiance accueille ne même temps cet enfant et donc le fait héritier de David, non seulement de la pauvre échoppe d’artisan qu’il avait et dont Jésus ne va pas beaucoup profiter, mais surtout de cette dignité royale qui venait de David. L’Église primitive le sentait très fort parce que, quand on acclamait Jésus Fils de David, cela avait des résonnances très concrètes, c’était l’héritier de la promesse que Dieu avait faite  à David,.

Alors, que Saint Joseph nous aide à répondre à  cette vocation de transmetteurs de l’identité chrétienne pour la génération qui vient : qu’il fasse vraiment de nous tous des Pères dans la transmission de la messianité, c’est-à-dire de l’appartenance à ce peuple du Christ, le Messie.

 

Amen

 
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