AU FIL DES HOMELIES

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LE SECOND BAPTÊME

Rm 8, 31 b-39 ; Mt 10, 34-39
Stes Félicité et Perpétue - (7 mars 2000)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

Rome : le Colisée

 

L

e martyre des saintes Perpétue et Félicité, et de leurs compagnons a été une des pages les plus extraordinaires de l'histoire du christia­nisme au cours des persécutions. Elles ont été mises à mort en 203, à côté de Carthage, et nous avons un récit de ce martyre par semble-t-il un témoin oculaire qui utilise notamment le journal de saint Perpétue ainsi que le récit d'un autre martyr qui s'est joint à elle.

Perpétue était une grande dame de la haute société, qui avait fait un très beau mariage. On ne parle pas de son époux, il est probable qu'il était dé­cédé prématurément, elle n'avait que vingt-deux ans, et elle avait un enfant encore allaité qui lui a été arra­ché par ses persécuteurs, ce qui concrétise exactement ce que nous venons d'entendre dans l'évangile : "Celui qui aime son fils plus que moi n'est pas digne de moi". Qui plus est, sainte Perpétue a été persécutée dans son cœur par son père, qui s'est efforcé par la violence, par les armes, par toutes sortes d'interventions, jusqu'au milieu même de l'amphithéâtre, pour essayer de la force à sacrifier aux dieux mais "Celui qui aime son père plus que moi n'est pas digne de moi".

A sainte Perpétue s'ajoute sainte Félicité qui est une esclave, semble-t-il sa servante et qui a été unie à sa maîtresse dans la même rencontre de Dieu. Un passage de leur martyre est particulièrement célè­bre et je l'ai déjà cité dans différents sermons, puisque Félicité elle, attendait un enfant et le met au monde en prison, criant dans les douleurs de l'enfantement, elle s'entend dire par un des gardes : "Si tu fais tant de tapage pour un accouchement, que feras-tu quand tu sers sous les dents des bêtes ?" Et Félicité, l'esclave répond : "Alors, ce sera un autre qui souffrira pour moi !" Ce qui est l'expression la plus simple et la plus profonde de la théologie du martyre, ce n'est pas l'homme qui par ses propres forces souffre pour Dieu, mais c'est Jésus Lui-même qui, dans son disciple, revit sa Passion.

Le récit de ce martyre des saintes Perpétue et Félicité et leurs compagnons est particulièrement élo­quent par un grand nombre de paroles et d'images qui manifestent chez ces martyres, la certitude de la résur­rection. En prison, Perpétue note dans son journal qu'elle a eu plusieurs visions, et ces visions sont tou­jours des visions de bonté, d'ascension, elle voit de­vant elle une échelle qui rappelle l'échelle de Jacob, qui unit la terre et le ciel autour de laquelle se trou­vent des glaives et toutes sortes d'armes, et elle s'élance pour monter par cette échelle vers le Sei­gneur. Une autre vision, dans laquelle elle se voit transportée par des serviteurs de Dieu, des anges, qui l'entraîne avec ses compagnons au-delà des limites de ce monde. Une autre fois, elle voit aussi un voyage qui est l'ascension d'une montagne et qui se termine dans la présence de Dieu qui vient à leur rencontre pour les embrasser et les recevoir dans son sein.

En même temps, sainte Perpétue témoigne de la foi toute primitive encore, au Purgatoire et à la communion des saints. Au purgatoire, parce qu'elle avait eu un jeune frère mort en bas âge d'un cancer au visage, et elle le voit qui n'arrive pas à atteindre la margelle d'un puits où se trouve l'eau vive, alors qu'il meurt de soif. Quelques jours plus tard, dans une nouvelle vision, elle le voit transfiguré, sa plaie du visage cicatrisée et pouvant enfin parvenir jusqu'à l'eau vive. Cela lui manifeste que son jeune frère pro­bablement mort sans être baptisé, comme cela arrivait souvent à cette époque, est introduit au Paradis après cette épreuve qui correspond à ce que nous appelons théologiquement le Purgatoire. Par le fait même, elle témoigne aussi de la communion des saints, puisque entre ces deux visions, concernant son jeune frère, elle a jour et nuit prié pour lui, pour son salut et offert son propre martyre pour le salut de son frère, elle a donc été exaucée.

Autre image encore de résurrection, au mo­ment du martyre, Félicité sous le poids des bêtes tré­buche et s'effondre, et Perpétue la relève. Vous savez que le verbe grec "se relever" est le même que celui qui désigne la résurrection du Christ. Il est beau que la maîtresse se mette ainsi au service de sa servante pour lui permettre de se tenir debout devant le Sei­gneur Jésus. Autre remarque encore très précieuse : les martyrs au moment où dans l'arène ils vont être déchirés par les bêtes, non seulement se mettent de­bout et prient, mais ils échangent entre eux le baiser de paix, ce qui donne toute sa signification à ce rite que nous faisons quelquefois sans trop y penser, et qui signifie cette communion profonde qui nous unit les uns aux autres en nous unissant au Christ.

Les bêtes ont refusé de déchirer ces martyres, elles se sont éloignées et il a fallu les achever avec le glaive, selon une coutume de l'époque, ayant été épargnées par les bêtes, qui étaient réservées aux ci­toyens romains, ils étaient autorisés à sortir de l'am­phithéâtre par ce qu'on appelle la porte des vivants, non pas parce qu'ils étaient graciés mais parce que ainsi ils accédaient à une dignité égale à celle ces citoyens romains et méritaient d'être tués comme saint Paul, non pas par les bêtes ou d'autres supplices, mais par le glaive.

Le récit témoigne que leur martyre est comme un second baptême, et qu'ils sont plongés dans leur sang qui les conduit jusqu'à la présence et la tendresse de Dieu. "L'Esprit Saint, nous dit le rédacteur, nous avertit, et sa permission fut un ordre de consigner par écrit ce récit de leur combat dans les jeux du stade. Malgré notre indignité, nous avons ainsi transmis l'histoire de leur martyre". En particulier, le rédacteur nous dit qu'on essaie de dire à Perpétue, que par égard pour son enfant elle ne devrait pas s'obstiner ou refu­ser les adoucissements qui doivent être donnés à de si nobles combattants, mais Perpétue affirme qu'elle n'a qu'un seul Maître, le Seigneur, et que ce jour de sa mort sera celui de sa victoire. "Leur visage était ra­dieux, ils étaient beaux et leurs pleurs étaient non de peur mais de joie. Perpétue marchait derrière d'un pas tranquille comme une grande dame du Christ, comme le petite bien-Aimée de Dieu. L'éclat de son regard forçait tous les spectateurs à baisser les yeux, et Félicité marchait à ses côtés toute joyeuse de l'en­fant qu'elle venait de mette au monde et qu'elle avait confié à une chrétienne qui n'était pas encore repérée par les persécuteurs, Félicité était ravie d'aller du sang de cet enfantement au sang du martyre, de l'ac­coucheuse au persécuteur pour se purifier par un second baptême".

Frères et sœurs, ces récits de ceux qui nous ont précédés dans la foi et qui ont bâti la foi de l'Église et la nôtre dans le don de leur vie, de leur sang sont infiniment précieux, et nous devons nous replonger nous aussi dans ces récits comme eux-mê­mes se sont plongés dans leur sang puisque c'est là que se trouve notre source de vie, cette source d'eau vive que Perpétue voyait en songe et qui était appor­tée à son jeune frère en attendant qu'elle aussi, et nous avec elle nous puissions nous y abreuver. "Qui nous séparera de l'Amour du Christ ?"

 

 

AMEN

 

 
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