AU FIL DES HOMELIES

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SAINT TROPHIME ÉVÊQUE D'ARLES

2 Tm 1, 13-14+ 2 Tm 2, 1-3+ 2 Tm 4, 19-22 ; Lc 10, 1-9
St Trophime - (28 novembre 19890)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

C

oïncidence ou hasard fortuit, je ne sais pas, mais saint Paul dans les salutations qui terminent sa lettre à Timothée dit : "J'ai laissé Trophime malade à Milet." Et dans les Actes, quand il retourne de Grèce en Palestine en passant par la Macédoine, il nous est dit de Paul : "Il avait pour compagnons Sopatros, Aristarque et Secundus de Thessalonique ainsi que les Asiates Tychique et Trophime." A deux reprises donc, il est parlé de Trophime dans les textes du Nouveau Testament. Le premier évêque d'Arles s'appelait Trophime. Or l'évangélisation de la Provence, en ce qui concerne Marseille notamment, a commencé vers la fin du premier siècle, donc il n'est pas impensable que ce soit le même Trophime dont il est question même si nous n'avons pas de certitude historique à ce sujet.

       Toujours est-il que ce qui est dit des soixante-douze disciples envoyés par Jésus au-devant de Lui s'applique mot à mot à l'évangélisation de la Gaule méridionale et plus particulièrement de la ville d'Arles par saint Trophime. Les évangélisateurs, ceux qui ont planté l'Église, et saint Trophime a fait cela en Arles, marchent au-devant du Christ. C'est cela le rôle des apôtres au sens large du mot, il ne s'agit pas seulement des douze mais de tous ceux qui viennent fonder une Église. Ils marchent au-devant du Christ. C'est dire que le Christ "suit" sur leurs traces. Le rôle de l'évangélisateur, de l'apôtre, de celui qui vient annoncer pour la première fois la bonne nouvelle à une population qui n'en a pas encore entendu parler, est d'être de nouveau, comme Jean-Baptiste, le précurseur du Christ, celui qui marche au-devant de Lui, qui prépare le chemin, ou plus encore qui prépare un peuple à recevoir dans son cœur cette visite du Christ.

       L'évangélisation c'est ce moment unique où la bonne nouvelle du Christ rencontre un peuple, une région, une portion d'humanité et cette rencontre avec le Christ devient le bien le plus précieux, le souvenir le plus fondamental, la réalité la plus forte de l'histoire de ce peuple, même si, ensuite, cette population peut sinon oublier tout au moins la laisser dans une certaine obscurité. Il n'empêche que ce moment décisif, unique a marqué pour toujours, de la façon la plus profonde, l'histoire de ce peuple.

       Les évangélisateurs sont ceux qui apportent la paix, non pas d'abord la paix politique mais la paix dans les cœurs, cette construction profonde de la paix de Dieu dans le cœur et l'âme de tous ceux qui reçoivent le message. Par des hommes comme Trophime, par des disciples envoyés par le Christ, le royaume de Dieu s'est fait proche, il n'a plus jamais cessé d'être proche. Ce n'est pas une entité lointaine, un monde situé ailleurs dans un indéfini plus ou moins inconnu. Le royaume de Dieu n'est pas quelque chose pour plus tard, de lointain dans le temps, le royaume de Dieu est tout proche, il est là, il est à notre porte, il est à l'intérieur de nous-mêmes. Ailleurs, dans l'évangile, Jésus dit également : "Le royaume de Dieu, ne le cherchez pas ici ou là, car il est à l'intérieur de vous !" le royaume de Dieu a été déposé, planté dans notre cœur, dans le cœur de nos pères et dans notre cœur à nous par cette foi qui nous a été communiquée comme ce privilège extraordinaire de pouvoir étreindre, sentir, toucher le royaume de Dieu, toucher la présence du Christ qui est le royaume de Dieu parmi nous.

       Il y a là un mystère auquel nous devrions être davantage attentifs, le mystère de cette présence de Dieu en nous, cette présence que nous nous transmettons de génération en génération, cette présence qui est l'objet de l'éducation religieuse des enfants, qui est l'objet de la catéchèse et de la prédication, qui est l'objet des sacrements, car à travers le baptême, à travers l'eucharistie, à travers les livres de catéchisme c'est cette présence vivante de Dieu qui nous est transmise, non pas une histoire plus ou moins lointaine et passée, non pas des rites, mais le Christ vivant, présent dans le pain qui est sa chair vivante que nous recevons, sa chair ressuscitée. Dans le baptême, nous sommes plongés dans la présence vivifiante de Dieu, dans la catéchèse c'est la Parole vivante de Dieu qui nous est transmise et de même dans la liturgie et dans la prédication. De toutes parts nous sommes enserrés par cette présence vivante et vivifiante du Christ. Et ceci ne cesse de s'approfondir dans nos cœurs. Ce qui a été planté à l'origine par les apôtres et les disciples envoyés par les apôtres a non seulement grandi mais poussé des racines profondes dans notre terre, dans notre race, dans toutes ces générations d'hommes et de femmes qui se sont succédé. Nous avons là un dépôt, un dépôt sacré, un trésor. "Garde ce bon dépôt, avec l'aide de l'Esprit Saint qui habite en nous !" dit saint Paul à Timothée. L'Esprit nous aide à garder ce trésor, à le développer, à le déployer à tout instant dans toute notre vie. Soyons fidèles à ce don qui nous a été fait, soyons fidèles à tous ceux qui, avant nous, ont reçu, gardé, développé, fait grandir ce don, soyons fidèles à cette longue suite de chrétiens qui nous ont préparés à la vie éternelle ; soyons fidèles à ce message que nous devons transmettre à notre tour, toujours plus vivant, toujours plus profond, toujours plus intact.

       AMEN

 

 
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