AU FIL DES HOMELIES

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PREMIER ÉVÊQUE D'ARLES

Ep 1, 3-10 ; Lc 10, 1-9
St Trophime - (28 novembre 1988)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


A

u risque de paraître sceptique et un peu trop critique, personnellement, je ne suis pas absolument sûr que le Trophime qui a été le premier évêque d'Arles soit effectivement le Trophime asiate dont nous parlent les Actes des apôtres. Il me semble que cette véritable "invasion" de tous les personnages de l'évangile, à commencer par Marie-Madeleine à la Sainte Baume, par sainte Marthe à Tarascon, saint Trophime en Arles, saint Maximin l'enfant de la multiplication des pains à Aix en Provence, même à supposer comme certains le disent qu'il y ait eu un trafic d'esclaves qui, de temps en temps, larguait des gens au large des Saintes Maries de la mer, je ne suis pas absolument sûr que la Provence, si bénie soit-elle ait été l'objet d'une telle prédilection de la part de Dieu, au point de pouvoir hériter de tous ces grands personnages évangéliques que la Palestine n'avait pas su retenir.

       En fait, à travers cette légende, au grand sens du terme, c'est-à-dire ce qu'il faut proclamer, je crois que nous est dit quelque chose de très profond. Les provençaux ont toujours eu des ressources incroyables d'imagination et ils se sont dit qu'au fond, la meilleure manière de nous faire comprendre que l'évangile que nous avons reçu, nous, ici, en Provence, est bien l'évangile de l'évangile, c'est-à-dire que c'est bien la vérité même de l'évangile, ils ont imaginé qu'effectivement c'étaient les personnages de l'évangile eux-mêmes qui étaient venus nous l'annoncer. Et je crois pour cela que c'est très beau de savoir que chacun de nos lieux de Provence est comme enraciné dans le mystère de l'évangile à travers la figure de telle ou telle personne du Nouveau Testament, pour découvrir qu'en réalité ce que nous vivons aujourd'hui, cette Parole que nous recevons n'est pas frelatée. Elle est aussi vraie que si c'était Marie-Madeleine qui nous la racontait. Et quand les prêtres, en Arles, annoncent l'évangile, c'est aussi vrai que si c'était saint Trophime, disciple de saint Paul qui le disait.

       Vous voyez donc par là que, à travers quelque chose sans doute de légendaire, il y a une vérité fondamentale qui se dit à nous. C'est le fait que, aujourd'hui encore, cet évangile auquel nous croyons, cet évangile que nous vivons ou essayons de vivre, c'est toujours bien le même, c'est celui-là même qu'ont reconnu, reçu, accueilli et vécu les tout premiers témoins. Cela dit, il y a sans doute quelque chose de très historique dans le personnage de saint Trophime.

       La vallée du Rhône, depuis le début et jusqu'à la fin, a été évangélisée par des Grecs. En Arles c'est un Grec, Trophimos, à Vienne c'était saint Pothin, également un Grec, à Lyon, saint Irénée, encore un Grec et l'on peut même remonter beaucoup plus haut, jusqu'au cœur du Valais, où l'un des premiers évêque s'appelait précisément Théodore. On ne sait pas s'il a remonté la vallée du Rhône jusque-là (les Grecs ayant toujours eu le génie du trafic n'ont pas été découragés, à cette époque-là, même par les Helvètes) ou s'ils ont passé par le Simplon en venant de ce qui était les débuts de la ville de Ravenne. Toujours est-il que cette vallée du Rhône a été évangélisée par les Grecs.

       La deuxième chose que je voudrais retenir c'est le fait que cet évangile nous a été apporté par des marchands. C'est peut-être moins honorable que les personnages de l'évangile eux-mêmes et cependant c'est tellement significatif. Pourquoi des Grecs ? Tout le trafic du bassin méditerranéen était tenu par des Grecs au deuxième siècle. C'est pourquoi ce saint Trophime est sans doute contemporain de saint Irénée ou de saint Pothin. C'est dire que si c'était celui des Actes des apôtres, il aurait été un peu vieux, il aurait eu 130 ans. C'est quand même beaucoup. Mais le fait que cet évangile nous ait été apporté par des marchands grecs qui avaient des comptoirs tout le long de la vallée du Rhône en remontant soit vers Lutèce, Paris, soit vers le Valais, signifie que ces hommes-là, à travers leurs activités nous ont livré l'évangile. Autrement l'évangile se sert de tout, même du négoce pour arriver à être proclamé, à être amené ici sur cette terre de Provence, Dieu s'est servi de ces marchands, et cette communauté de marchands avait sans doute un évêque qui s'appelait Trophime.

       Je crois qu'aujourd'hui nous pouvons rendre grâce pour deux choses. La première c'est d'avoir reçu l'évangile tel qu'il est proclamé aux origines, et que la fidélité de Dieu ait fait que nous vivions encore aujourd'hui l'évangile tel que les apôtres l'ont proclamé et que nous vivions encore la foi authentique des premiers disciples. C'est une chose à laquelle nous devons être bien vigilants car il y a peut-être des risques que cette foi apostolique ne soit pas aussi bien enracinée qu'on ne le croit. Nous avons une responsabilité pour que cette foi continue à rester apostolique, vivante et forte de la vérité même de l'évangile.

       La deuxième chose c'est de rendre grâce à Dieu d'avoir reçu cet évangile par des gens peu connus, qui nous l'ont apporté à travers leurs activités les plus simples et les plus quotidiennes. Cela c'est la grandeur de l'évangile : il peut nous être livré à travers des serviteurs très humbles de cet évangile, en l'occurrence ces marchands grecs qui venaient ici ou là pour faire du négoce. Cela nous encourage nous aussi, à notre tour. Quelles que soient nos activités, quel que soit notre statut social, quelle que soit notre situation humaine, à tout moment, nous avons à continuer dans le sillage de ces hommes, à annoncer l'évangile tel que nous l'avons reçu des apôtres.

      AMEN

 
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