AU FIL DES HOMELIES

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UN SOLDAT ANONYME

2 Tm 1, 13-14+ 2 Tm 2, 1-3+ 2 Tm 4, 19-22 ; Lc 10, 1-9
St Trophime - (28 novembre 2009)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

F

 

rères et sœurs, nous faisons donc mémoire en ce jour de saint Trophime d'Arles. Ne nous trompons pas, le mot important que nous avons entendu et que nous tirons de la première lecture ce n'est pas Timothée, le prénom dont il est question mais c'est le mot "soldat" qui est important. Pourquoi ? parce que le soldat est à l'image des soixante-douze disciples. Nous connaissons le nom des douze apôtres, comme nous connaissons le nom des généraux des armées napoléoniennes, et en même temps, on ne connaît ni le nom des soixante-douze disciples, ni le nom de tous les soldats de l'armée de Napoléon.

Ce que je veux dire par là, c'est qu'il est vrai que nous ne savons pas grand-chose de ce saint Trophime d'Arles. Certains pourraient penser que le saint Trophime dont il est question dans la première lecture serait le saint Trophime d'Arles, mais … nous n'en savons rien. Il ne faut pas se perdre dans les marécages de la reconstitution archéologique, philologique, etc … Je crois qu'il vaut mieux aborder le problème par un autre biais. Je suis sûr que vous comme moi, quand vous vous promenez en France ou dans d'autres pays européens, vous êtes marqués plus particulièrement par l'empreinte par exemple des communautés bénédictines qui ont transformé les paysages et l'agriculture. Et en même temps, nous ne savons pas grand-chose de tous ces moines. Ils sont semblables à cette armée d'anonymes, ils ont donné leur vie pour entrer dans une communauté monastique, les uns avec les autres, les uns après les autres, ont façonné tout doucement, tout discrètement le paysage de notre beau pays de France ou d'Allemagne, ou d'ailleurs.

Frères et sœurs, nous sommes dans une église qui est magnifique, on ne peut pas dire le contraire, et en même temps, nous n'avons pas le nom et nous ne savons pas exactement comment cette église a été construite. Nous sommes dans une société où tout est à l'inverse. Vous regardez une toile complètement blanche, mais ce qui compte c'est la signature qui est tout en bas à droite. Dans les monuments de l'Antiquité, au Moyen-Age, ce qui compte ce n'est pas d'abord l'identité de celui qui façonne, qui construit, qui érige, c'est le monument en lui-même, c'est sa signification, c'est ce qu'il va donner à vivre pour ceux qui viennent contempler et y prier.

Je crois qu'aujourd'hui, frères et sœurs, pour saint Trophime, c'est la même chose. Il faut laisser de côté la question de sa véritable identité. Ce que nous avons à retenir plus particulièrement c'est qu'à l'image de ces soixante-douze disciples il y a des personnes dont on ne connaît peut-être pas l'identité, mais qui à l'image des moines qui ont façonné le paysage de France, ils ont façonné une Église, ils ont façonné le cœur de croyants. Ils leur ont donné l'envie à eux, de faire passer ce patrimoine, de faire passer l'évangile du cœur des parents dans le cœur des enfants, des petits-enfants, etc …

En ce jour où nous faisons mémoire de saint Trophime, je ne vais dire qu'il faut le fêter à l'image du soldat inconnu, mais je crois qu'il a quelque chose d'identique. Saint Trophime nous invite tout simplement à célébrer non pas l'identité de ceux à qui nous devons notre foi, mais plus particulièrement le fait que ces hommes et que ces femmes aussi, d'une manière anonyme et profonde ont su façonner, passer l'évangile dans le cœur du peuple de Dieu.

Que nous aussi, frères et sœurs, à l'image de ces anonymes, puisque nous sommes aussi quelque part des anonymes, que nous ayons à cœur de transmettre cet évangile que nous avons reçu et que nous sachions patiemment cultiver le champ de cette Église et de cette communauté que le Seigneur nous a donné.

 

AMEN

 

 
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