AU FIL DES HOMELIES

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L'ÉVANGÉLISATION : SAINT TROPHIME

Ep 1, 3-10 ; Lc 10, 1-9
St Trophime - (28 novembre 1985)
Homélie du Frère Andre GOUZES, o.p.

J

 

amais la moisson n'aura été aussi abondante et jamais aussi peut-être dans l'histoire chrétienne de l'Occident les ouvriers n'auront été aussi peu nombreux. Et cette page d'évangile nous l'entendons tous les ans, nous l'entendons beaucoup de fois citée et récitée pour nous demander de prier pour les voca­tions sacerdotales, religieuses, pour demander des "serviteurs de la Parole" et de l'évangile au milieu de nos villes, de nos cités, de nos quartiers, de nos pa­roisses.

C'est bien, mais il ne faudrait pas que vous vous déchargiez de cette page d'évangile en l'attri­buant simplement à ceux que le Seigneur appellerait de façon plus particulière aux ministères sacerdotaux. Je crois que cette page d'évangile s'adresse à tous ceux qui portent le nom du Christ, qui sont chrétiens, qui sont investis, habités, qui sont éclairés par la pa­role de la foi, qui sont contagieux et brûlants de cette bonne nouvelle de l'évangile. C'est bien chacun de nous qu'Il a signé par son baptême de prêtre, de pro­phète et de roi. C'est bien chacun d'entre nous qui est porteur aujourd'hui de cette page d'évangile, porteur de ce message, et qui doit le dire de porte à porte, de cœur à cœur, de bouche à oreille, de regard à regard. Oui c'est bien chacun d'entre nous qui doit se sentir apôtre, missionnaire et évangéliste.

Le service de l'eucharistie et de l'enseigne­ment, plus particulièrement dévolu aux prêtres, aux ministères dans l'Église est très important, mais à lui seul, il ne suffira pas et jamais il n'a suffi à répandre le bon levain de l'évangile. Durant les premiers siècles du christianisme c'est bien ainsi que l'entendaient nos pères qui ont ensemencé l'histoire de l'Europe, l'his­toire de nos pays, et dont nous célébrons encore en ce jour en saint Trophime une des semences tellement fécondée, tellement riche qui a germé ici en cette terre provençale.

Alors le Christ nous donne quelques conseils. D'abord que nous soyons des messagers de la paix. Pour nous chrétiens il est très important de trouver la paix d'abord en notre cœur. Si nous voulons rayonner la paix, et la rayonner non point par une espèce de prosélytisme bavard, et nous serions parfois un peu tentés de cette forme d'évangélisation et de croire que c'est parce que nous irions, comme le dit Molière dans le Tartuffe, "barrant la foi", expression un peu cari­caturale mais bien trouvée, pour désigner ces gens qui ont toujours le Bon Dieu à la bouche, qui ne cessent de proférer des alleluias et qui finalement ne sont jamais que des verbo-moteurs de la Parole, ne sont jamais que des perroquets de la foi. Si nous voulons rayonner la paix, il nous faut comprendre ce que veut dire le Christ. Il nous parle de paix, et la paix elle est tout aussi bien silence, elle est peut-être même d'abord ce silence, en nous, ce silence du cœur, cette tranquillité de l'âme. Elle est ce roc, ce rocher sur lequel nous établit la foi mais qui est la foi elle-même, cette certitude tranquille que Dieu nous aime et que dans la simplicité, la solidité de cet amour, nous n'avons qu'à être présence d'amour auprès des autres, auprès de ceux que le Seigneur nous a confiés dans notre foyer, auprès de ceux avec lesquels nous vivons, auprès de ceux auxquels nous sommes envoyés. "Cherchez la paix" disait Silouane de l'Athos à un de ses disciples "et tout le reste vous sera donné par surcroît !" Étrange parole aujourd'hui, étrange ensei­gnement du Christ qui commence par nous parler de paix avant de nous parler de prêchi-prêcha, qui com­mence à nous inviter à ce recueillement intérieur qu'est la paix avant de nous provoquer au bavardage, fut-il même apostolique. Et peut-être que les grands fondateurs d'ordres, monastiques aussi bien qu'apos­toliques, et je pense à saint Dominique hélas souvent oublié par ses propres fils, lorsqu'il mettait au com­mencement de la vocation apostolique l'acquisition intérieure de la paix par la recherche intérieure de Dieu dans la prière, la louange continue de l'office divin, et ce silence recherché dans les institutions monastiques au début de son ordre. Comme tout cela est loin, trop souvent, hélas. Et pourtant comme tout cela est profond, comme tout cela est essentiel.

Cherchons la paix, cette paix intérieure et qui, parce qu'elle est intérieure devient contagieuse, parce qu'elle est avant et au-delà de toute parole. Et c'est à cause d'elle que tout parole, tout à coup, prend sa vé­ritable force, peut devenir véritablement chaleur, lu­mière, réconfort pour les hommes qui l'attendent. Vouloir évangéliser le monde ce n'est pas vouloir assener dans la tête des gens une doctrine toute faite, fusse-t-elle la doctrine de l'évangile. Si ce n'était que cela, encore une fois, nous serions de piètres évangé­lisateurs, nous ne serions jamais qu'une secte de plus, dans la multitude foisonnante de toutes les sectes ba­vardes, importunes, qui souvent découragent telle­ment les gens sensés ou ceux oui sont affrontés aux dures difficultés de chaque jour.

Non ! l'évangélisation, si nous en avons en nous la ferveur, si nous en avons en nous la nécessité, c'est bien d'abord parce qu'elle procède d'une expé­rience intérieure, décisive de l'amour de Dieu qui nous brûle et nous oblige, de façon urgente de le don­ner, de le répandre pour le bonheur de nos frères. Un bonheur que nous ne pouvons pas faire contre eux et sans eux, un bonheur que nous pouvons faire pour eux, qui est de le leur révéler, qui est simplement la connaissance de Dieu qui est sur le doux visage de Notre Seigneur Jésus-Christ, la révélation d'une ami­tié que d'abord nous devons vivre. Voilà si nous avons à être contagieux, épris d'apostolicité, voilà d'abord où nous devons la rechercher.

Il y a beaucoup de choses dans ce passage, mais arrêtons sur la pointe de cet évangile : "Le Royaume de Dieu est tout proche". Le Royaume de Dieu est si proche. Oui, c'est vrai ! Revenons toujours à cette révélation du Royaume de Dieu, c'est-à-dire cette révélation dans la proximité et c'est tout aussi bien dire dans la simplicité, c'est tout aussi bien dire dans l'humilité des choses tout à fait simples de nos vies. Ne cherchons pas Dieu dans l'extraordinaire. Ne cherchons pas son Royaume dans les grandes utopies toujours meurtrières, dans les grandes doctrines sou­vent inquisitoriales, dans les grands salamalecs, fus­sent-ils très beaux et ecclésiastiques, mais qui de­vienne souvent mondanités spirituelles. Cherchons Dieu dans la proximité de nos tâches, dans la proxi­mité de nos rencontres, dans la proximité de nos amours, de nos joies comme de nos souffrances. Cherchons Dieu tout simplement dans le cœur de nos vies, là où Il nous attend, et là aussi, là et seulement là, où il peut les sauver nos vies, parce qu'Il nous aime.

 

AMEN

 
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