AU FIL DES HOMELIES

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LE RÔLE DE L'ÉVÊQUE

2 Tm 1, 13-14+ 2 Tm 2, 1-3+ 2 Tm 4, 19-22 ; Lc 10, 1-9
St Trophime - (28 novembre 19890)
Homélie du Frère Michel MORIN

 

L

es très brèves épîtres que l'apôtre Paul a adressées à ses proches collaborateurs et spé­cialement à Tite et Timothée sont d'un grande richesse parce qu'elles nous apprennent elles nous révèlent ce qu'est, depuis toujours et encore aujour­d'hui, le rôle de l'évêque et la façon dont il doit l'exer­cer. D'ailleurs Timothée et Tite étaient des disciples de Paul que lui-même a établis, a ordonnés évêques, l'un pour l'Église d'Ephèse, l'autre pour l'Église de Crète.

Dans ces épîtres et à partir d'elles, la Tradition a affirmé que la charge de l'évêque devait s'exercer sous trois modalités. Trois modalités qui n'ont qu'une seule source, celle-là même que Paul précise à Timo­thée de la façon suivante : "la foi et l'amour que nous avons tous en Jésus-Christ." Le rôle de l'évêque prend sa source dans l'Église, pas au-dessus de l'Église. Le rôle de l'évêque prend sa source dans la grâce que le Christ diffuse personnellement, intimement en chacun d'entre nous, dans la mesure où nous accueillons cette grâce, dans la foi qui vient de Dieu et dans l'amour qui est la façon dont nous avons à vivre cette foi les uns avec les autres.

Cette charge épiscopale a trois aspects et ce bref passage de l'épître nous les suggère très claire­ment. L'évêque a d'abord la charge d'enseigner, d'en­seigner ce qu'il a reçu, d'enseigner ce que Paul appelle "le dépôt". "Tu es le dépositaire d'un enseignement que tu as reçu et dont ta première charge est de l'an­noncer aux autres." Avant et pour l'enseigner, il doit le garder dans la pureté absolue de l'évangile, sans jamais rien y mêler des choses de ce monde ou même de ses idées personnelles. Cette parole d'enseignement de l'évêque vient en lui de la grâce qu'il a reçue, de la grâce qui habite en lui et c'est dans cette grâce qu'il trouve la force d'affirmer, de proclamer "à temps et à contre-temps" l'enseignement.

Le deuxième rôle c'est celui de sanctifier ou plus exactement, plus précisément, c'est lui qui pré­side, dans son Église, à la charité de Dieu pour que chacun des membres de son Église vive vraiment de la foi de l'Église et de l'amour de Dieu, et pas sim­plement, pas seulement de sa façon à lui de compren­dre la foi ou de vivre l'amour de Dieu. Cette charge de sanctifier est manifestée de façon excellente, et qui devrait être permanente, quotidienne, par le fait que l'évêque doit célébrer, doit présider l'eucharistie le plus souvent possible dans son église cathédrale. C'est le lieu de sa "chaire" pour enseigner, c'est le lieu d'où il sanctifie le peuple chrétien dont il a la charge. C'est son premier ministère que celui de sanctifier et de présider à toutes les célébrations sacramentelles de son diocèse dont aucune, aucune ne peut se faire sans le lien sacramentel avec l'évêque. A titre d'illustration, un prêtre validement, licitement ordonné, ne peut pas confesser uniquement parce qu'il est ordonné. Il lui faut l'accord, la mission reçue directement de l'évê­que. Et au soir de son ordination l'évêque lui écrit comme quoi il lui permet, en son nom, de pardonner les péchés. C'est vrai également pour le sacrement des malades dont l'huile est bénite le Jeudi-Saint par l'évêque et par nul autre.

Le troisième rôle est celui de gouverner. Il doit faire en sorte que comme saint Paul le dit à Ti­mothée : "Chaque chrétien règle sa vie sur l'ensei­gnement que lui-même a donné" pour que la sanctifi­cation sacramentelle soit efficace et soit féconde. C'est cela gouverner Il ne s'agit pas de prendre des décrets et de vouloir les imposer d'une façon ou d'une autre contre le cœur ou la volonté des uns et des au­tres. Non ! C'est de faire en sorte que chaque chrétien de son Église régule sa vie, non pas sur n'importe quel principe, non pas sur des principes de bonne morale humaine, mais "sur la foi et dans l'amour qui nous viennent de Jésus-Christ" comme de dit saint Paul.

Mais cette triple charge, si l'évêque l'exerce au cœur de son peuple et pas au-dessus au cœur de son peuple pour en irriguer tout le corps entier de son Église particulière, cette charge doit aussi, toutes pro­portions gardées, être vécue par chacun d'entre nous. Car il y a une façon de recevoir la Parole, d'en vivre, qui doit devenir enseignement pour les autres. "Transmets-le à des hommes de confiance qui seront capables de l'enseigner aux autres à leur tour, pour que ceux-ci, d'une façon ou d'une autre, puissent l'en­seigner, le proclamer, le proposer, le laisser se ma­nifester à ceux qui les entourent". Participer aux sa­crements de l'évêque dans son église particulière comme dans la dispersion des paroisses ce n'est pas rester passif pour recevoir la grâce, mais c'est aussi la rendre active en nous et manifester à ceux qui nous entourent que nous sommes fondés et que nous som­mes vivants dans cet amour et cet Esprit qui nous vient de Dieu. Et chacun, sous l'autorité de l'évêque, doit régler sa vie à la parole que l'évêque transmet, parce que c'est celle des apôtres, reçue directement du Christ.

Alors, n'oublions pas ce lien sacramentel et vivant qui n'est pas un lien de domination ou d'auto­rité humaine, mais qui est un lien d'autorité au sens de la germination, de la croissance, au sens de l'aug­mentation, le mot autorité vient de "augere", augmenter, d'accroître. Et pour que la charge triple de l'évêque soit vraiment féconde, il faut que chacun d'entre nous, dans son église, nous participions à cet enseignement en en vivant et en le partageant, en le proclamant aux autres. Nous participons à cette sanctification en en vivant et en devenant manifestation, épiphanie de la sainteté de Dieu dans notre vie, et aussi en régulant notre vie sur cette Parole de Dieu, puisque les vertus ne sont rien d'autre que la face visible de l'amour invisible de Dieu que nous recevons dans notre cœur.

 

 

AMEN

 

 
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