AU FIL DES HOMELIES

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LA CONTINUITÉ APOSTOLIQUE

2 Tm 1, 13-14+ 2 Tm 2, 1-3+ 2 Tm 4, 19-22 ; Lc 10, 1-9
St Trophime - (28 novembre 2000)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


F

rères et sœurs, le texte de l'évangile que nous venons de lire n'est pas très explicite, et pour­tant, il manifeste quelque chose de très parti­culier et remarquable, c'est que Jésus ne s'est pas contenté de choisir douze disciples, pour en faire ses apôtres, mais qu'Il a aussi choisi par la suite soixante-douze autres qu'Il envoie également devant Lui pour annoncer la venue du Royaume. Il y a donc dans ces soixante-douze disciples qui viennent s'ajouter aux douze apôtres, comme l'embryon d'une sorte de deuxième vague de messagers du Christ, dont la fonction ne se différencie pas de façon très explicite de celle des apôtres. Ils ont la même mission d'annon­cer l'évangile, de guérir les malades, de proclamer le Royaume, et cependant, l'histoire que nous racontent l'évangile ou les Actes des apôtres, ne nous montre pas les mêmes prérogatives, la même importance pour ces soixante-douze dont on ne parlera plus par la suite, que pour les douze apôtres qui remplissent sans cesse le récit évangélique. Ceci est déjà une indication pour quelque chose qui a été extrêmement important dans l'histoire de l'Église, à savoir que le rôle des apôtres ne s'est pas limité à la durée de leur existence humaine, mais il a fallu qu'ils aient ensuite des suc­cesseurs qui puissent en quelque sorte prendre le re­lais, et continuer leur œuvre, ou tout au moins cette partie de leur oeuvre qui était coextensive à toute l'histoire de l'Église. Il y a une fonction particulière des apôtres qui n'est pas transmissible, celle d'avoir été les témoins oculaires de la vie du Christ, celle d'avoir partagé tous les évènements de sa vie publi­que, celle d'avoir été les témoins privilégiés de ces évènements, mais il y a aussi une fonction des apôtres de régir l'Église qui ne pouvait pas s'arrêter au mo­ment de leur mort. Et de fait, nous voyons déjà dans le Nouveau Testament, Paul, un des apôtres, sinon un des douze, du moins agrégé à leur corps par la Révé­lation exceptionnelle du chemin de Damas, nous voyons Paul choisir Timothée et Tite qui ne sont pas des apôtres, pour être ses collaborateurs, pour que peu à peu il leur confie sa mission et qu'ils soient ainsi ses successeurs, et de cela témoignent les deux lettres de Paul à Timothée et la lettre à Tite. Mais plus encore, vous aurez peut-être prêté attention dans le passage de la lettre à Timothée que nous avons entendu, dans laquelle il lui prescrit d'avoir pour règle les paroles même qu'il a entendues de la bouche de Paul, dans la même foi que celle de Paul, qu'il doit garder comme un dépôt et donc transmettre avec l'aide de l'Esprit Saint. En vue de cette prédication, il doit se fortifier et Paul ajoute : "Ce que tu as appris de moi, et qu'après moi et à ma suite, tu dois enseigner, confie-le à des hommes sûrs, capables à leur tour d'en instruire les autres". Ainsi, Paul dessine déjà, non seulement en chargeant Timothée et Tite de continuer son oeuvre, mais en les chargeant de choisir des successeurs, pour continuer cette oeuvre, Paul dessine déjà ce que nous appelons la succession apostolique, c'est-à-dire le fait que de génération en génération, les apôtres, puis les délégués des apôtres, puis leurs successeurs, se sont choisis des hommes pour continuer leur oeuvre.

Que Trophime soit celui dont il est question à la fin de ce passage de l'épître à Timothée, ou qu'il soit un autre Trophime, après tout, c'est un nom qui peut avoir été porté par plusieurs individus, toujours est-il que cette figure de saint Trophime, premier évêque d'Arles, s'enracine dans cette succession apostolique et par une continuité sans faille dont saint Irénée, un autre grand évêque du deuxième siècle, nous montre pour Rome et quelques autres Églises la succession nominale, par cette succession sans faille, Trophime enracine son témoignage, et donc la foi de ceux qui l'ont entendu, et donc notre foi dans la foi même de Paul et des apôtres.

C'est cela qui est le fondement explicite et fort de ce que nous affirmons et de ce que nous croyons. Nous ne croyons pas une pensée qui serait venue du fond de notre intelligence, ou de nos recher­ches, ou de nos opinions, ce que nous croyons, c'est ce que nous avons reçu. Il est extrêmement important que nous sachions que notre foi est un héritage que nous avons reçu, qui ne vient pas des hommes, mais qui vient par des hommes de ceux qui ont entendu en direct la Parole du Christ et qui nous l'ont léguée. Ainsi, nous nous inscrivons dans une histoire qui trouve sa source dans Jésus le Christ, Lui-même choi­sissant les douze apôtres, et les soixante-douze disci­ples pour être les collaborateurs des apôtres, Jésus envoyant ses apôtres, et ceux-ci à leur tour, envoyant d'autres disciples pour venir jusqu'à nous.

Frères et sœurs, ceci est extrêmement impor­tant, parce que cela nous manifeste que notre foi, qui est certes une démarche éminemment personnelle, car c'est le fin fond de notre cœur qui adhère à la Parole de Jésus, notre foi est aussi une démarche commu­nautaire, elle ne nous appartient pas en propre, comme si nous l'avions inventée, mais elle est un bien commun, le bien de l'Église, le bien de cette commu­nauté que nous formons aujourd'hui et qui d'âge en âge, de génération en génération s'est prolongée à travers l'histoire, cette communauté chrétienne qui nous enracine dans Jésus Lui-même qui a voulu fon­der cette Église pour les siècles des siècles.

Rendons grâces au Seigneur qui a bien voulu nous insérer dans cette lignée de saints, de croyants, de témoins, rendons grâces à Dieu de nous avoir les uns avec les autres, les uns par les autres, cette adhé­sion profonde à son mystère.

 

 

AMEN

 

 
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