AU FIL DES HOMELIES

Photos

APPELÉS A MOISSONNER

2 Tm 1, 13-14+ 2 Tm 2, 1-3+ 2 Tm 4, 19-22 ; Lc 10, 1-9
St Trophime - (28 novembre 2005)
Lundi de la première semaine de l'Avent
Homélie du Frère Bernard MAITTE


E

n fêtant saint Trophime d'Arles, nous nous inscrivons dans la grande tradition de l'Église qui aime à remonter jusqu'à celui qui a évangélisé telle ou telle partie d'un pays, d'une province, ou d'une région.

Nous ne savons pas exactement qui était saint Trophime, nous le rattachons au Trophime de l'Écriture, mais ce qui est certain c'est que nous voulons à travers la figure de Trophime manifester le soin que le Seigneur prend de toujours donner des pasteurs à son Église. J'aimerais même dire que le Seigneur donne, pour faire écho à l'évangile que nous avons écouté, des moissonneurs à son Église. J'avais déjà dit, il y a quelque temps lorsqu'il y avait eu ce même passage d'évangile, que souvent, nous faisons une transposition. Nous croyons que Dieu nous envoie semer, que Dieu nous envoie dispenser la bonne doctrine. Or, Dieu ne demande pas des semeurs, Il demande des moissonneurs. C'est très différent, car cela induit une pastorale d'évangélisation très différente, selon qu'on se situe d'un côté ou de l'autre.

L'histoire de la pastorale pourrait se résumer en quatre points. Le premier, cela a été de faire une pastorale de la transmission, avec l'idée qu'il faut traduire, transmettre, délivrer le message. Cela a prévalu pendant plusieurs siècles. Et puis, peu à peu, on s'est rendu compte, le monde allant de plus en plus vite, qu'on ne naît pas chrétien, on le devient, comme écrit Tertullien, et qu'il s'agit devant un monde de plus ne plus éclaté de savoir accueillir des gens qui ne sont pas nécessairement de famille ou de naissance chrétienne, cet accueil consistant finalement à pouvoir reprendre ce qui s'était fait : transmettre, mais en sachant qu'on le transmettait à des personnes qui n'étaient pas d'origine au moins sociale, chrétiennes.

On est passé ensuite assez récemment, et l'on en vit certainement encore, à la pastorale de la proposition. C'est-à-dire dans un monde désormais complètement sécularisé, et je crois que cela il faut l'admettre, notre société n'est plus chrétienne. Alors, in ne nous reste plus que les yeux pour pleurer ! mais il faut l'admettre. Donc, dans une société qui n'est plus chrétienne, on donne certainement ce que l'on veut transmettre, mais de manière à le proposer. On ne s'efface plus derrière le fait qu'on a accueilli quelqu'un, mais on a l'audace de lui proposer ce en quoi l'on croit. Puisque à la fois, on respecte la personne, on respecte aussi la proposition que l'on a à faire à ce monde, de Jésus-Christ Sauveur.

Est en train de naître à l'heure actuelle, un quatrième type de pastorale, qu'on appelle souvent la pastorale d'engendrement. Cela revient de plus en plus souvent. J'aimerais dire plutôt une pastorale d'initiation, c'est-à-dire revenir à l'origine. Ce qu'a dû faire saint Trophime, en tout cas, ce qu'ont fait les Pères de l'Église. L'initiation est un accompagnement où la personne qui est accompagnée, bien sûr, redécouvre, mais de l'intérieur, par l'expérience de la vie ecclésiale, par l'expérience de la vie liturgique et de la conversion, cette parole de Dieu qui résonne à ses oreilles : "Viens et suis-moi". Et donc, non seulement l'accompagné fait un chemin, mais celui qui accompagne également, est lui-même changé de l'intérieur et transformé par cet accompagnement. Ce qui veut dire que dans l'évangélisation, on ne peut jamais se situer comme si l'on était à l'extérieur. Récemment encore, c'est-à-dire avant-hier, aidant des personnes à réfléchir sur l'acte catéchétique, beaucoup se situent de manière à simplement croire qu'il faut transmettre le donné révélé comme tel, et qu'il suffit de savoir pour être chrétien comme Jésus l'a dit lui-même des démons : les démons savent aussi que Jésus-Christ est sauveur, mais cela ne les convertit pas. Autrement dit, le désir que l'on n'est pas de l'extérieur, mais bien à l'intérieur du processus de l'annonce de l'évangile cela signifie que si on veut évangéliser, on est d'abord soi-même évangélisé. Il ne faut surtout pas se prendre pour le semeur puisqu'il n'y en a qu'un : c'est le Christ. Nous sommes des moissonneurs, c'est important. Jésus dit de prier pour avoir des moissonneurs. Qu'est-ce que cela signifie ? Cela signifie que nous sommes capables aujourd'hui de reconnaître dans notre monde, ce que Dieu a déjà semé dans le cœur des hommes. Si nous avons un service à rendre à ce monde, c'est d'aider à la croissance de ce qui est semé, mais surtout, d'accepter de prendre, et de savoir rendre grâces pour le travail que le Seigneur accomplit dans le cœur des hommes.

C'est vrai, et c'est heureux, nous ne sommes pas à la source de la Bonne Nouvelle, c'est Jésus-Christ, et il nous est demandé de reconnaître, et c'est cela l'action de grâces, ce que le Concile appelait "les signes des temps", ce que saint Augustin appelait "les traces de Dieu dans le monde", et ce que saint Justin a écrit : "les semences du Verbe dans le cœur des hommes".

 

AMEN

 

 

 

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public