AU FIL DES HOMELIES

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L'ÉVÊQUE MOISSONNEUR

2 Tm 1, 13-14+ 2 Tm 2, 1-3+ 2 Tm 4, 19-22 ; Lc 10, 1-9
St Trophime - (28 novembre 2006)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


I

l est assez étrange que saint Trophime dont nous célébrons la mémoire en ce jour, et qui est considéré comme un des premiers évêques d'Arles, il est étrange que nous n'ayons aucune indication bibliographique, ce que nous aimons toujours quand nous faisons mémoire d'un saint. Il est toujours intéressant de pouvoir le resituer dans son contexte culturel et historique. Il est aussi étrange qu'on propose un extrait de l'épître à Timothée où il est question d'un Trophime, certains y voient déjà le fameux Trophime qui sera évêque d'Arles, et d'autres pensent que ça n'a rien à voir. Et enfin, il est aussi étrange de proposer cet évangile pour célébrer la mémoire d'un évêque. Un évêque, qu'est-ce que c'est ? C'est quelqu'un qui est dans son palais épiscopal, qui gouverne son diocèse et les chrétiens de son diocèse, c'est quelqu'un qui enseigne ses diocésains, c'est quelqu'un qui invite les diocésains dans sa maison. Et nous avons cet évangile qui est d'ailleurs précédé de ce passage où il est question des apôtres, un petit peu comme s'il y avait les généraux dont nous connaissons les noms, et c'est bien connu, c'est grâce à eux que se font les batailles, même si sans les soldats ils ne pourraient rien faire, vous avez tous appris cela en latin : César a fait le pont, mais ce sont des pauvres diables qui l'ont fait. Comme si en première partie il y avait ces douze apôtres dont nous connaissons au moins les prénoms, et ensuite, une deuxième vague, les soixante-douze disciples. Les douze apôtres sont du côté de ceux qui mettent la main à la charrue, ce sont eux qui sèment, qui préparent la terre, et l'instant d'après, Jésus parle de ses soixante-douze disciples qui sont les moissonneurs, ceux qui viennent après, ceux qui n'ont peut-être pas eu la chance d'aller explorer les territoires vierges, ceux qui étaient peut-être trop fragiles pour cultiver la terre et à qui on ne demande que ce travail si simple et si facile, de saisonnier, à un moment donné de l'année qui est d'aller moissonner ce qu'ils n'ont pas semé.

Et l'on continue, non seulement ce sont de simples moissonneurs, mais ils rentrent dans des maisons qui ne sont pas les leurs, ils mangent, ils boivent, ils ont comme des invités dans des demeures qui ne leur appartiennent pas.

C'est assez étrange de proposer cet évangile pour célébrer la mémoire d'un évêque qui est à l'opposé de cette image d'ouvrier saisonnier, moissonneur, qui n'a pas de lieu où reposer sa tête, alors que l'évêque n'est pas l'apôtre itinérant qui part visiter les communautés, il est là, il a une mission stable.

Je crois pourtant que ce travail de moissonneur devrait nous faire réfléchir sur le travail de l'évêque que nous oublions peut-être trop souvent. Nous pensons que la hiérarchie et l'évêque en tête sont des gens qui sont censés venir pour nous apprendre ce que nous ne connaissons pas, et que la catéchèse se fait d'une manière unilatérale. Il y a ceux qui ne savent pas, et il y a celui qui sait. Le moissonneur déjà, en tant que travail, nous met sur une piste, il nous montre que l'évêque est peut-être quelqu'un qui n'est pas là au départ, pour planter la graine, car en fait, c'est le Christ qui plante la vie dans le cœur de chacun d'entre nous, mais que l'évêque est plutôt du côté du moissonneur, c'est-à-dire de celui qui va venir après que le travail de Dieu a été fait comme en souterrain, au cœur de la terre, et il vient pour faire surgir et prendre ce que cette vie a fait jaillir, moisson, et pour montrer comme en exergue ce que la terre a produit. Je pense, que ce qui vaut pour un curé vaut aussi pour un évêque, que le travail du curé ou de l'évêque, certes bien sûr, c'est d'enseigner, c'est aussi de gouverner, mais il est aussi moissonneur. Il doit être capable de regarder et de voir comment la vie de Dieu est en travail dans le cœur de ses paroissiens et de ses diocésains. Il doit être là aux aguets, et il a comme fonction de faire ressortir cette vie qui germe dans le cœur de ses paroissiens, pour ensuite en faire profiter toue la communauté. Un bon curé, c'est celui qui est justement capable de découvrir comment Dieu est à l'œuvre dans le cœur de ses paroissiens, comment il est capable de venir moissonner le travail de Dieu dans le cœur de ses paroissiens, pour ensuite offrir ces gerbes de vie à toute la paroisse.

Je pense qu'on peut très bien étendre cette mission du curé, à la mission de l'évêque : découvrir comment la vie de Dieu est à l'œuvre dans le cœur des diocésains pour pouvoir mettre ensuite ce travail au grand jour, et faire profiter tout le peuple de Dieu.

Nous ne savons pas grand-chose de saint Trophime, mais nous pouvons imaginer que cet homme qui a reçu le dépôt de la foi de la part de quelqu'un d'autre, a su à la foi le susciter au cœur de ses diocésains, regarder ce dépôt de la foi grandir dans leur cœur, et être là comme le moissonneur pour ramasser à grandes brassées la vie de Dieu dans leur cœur. Pourquoi ? pour pouvoir le distribuer à toute cette portion du peuple de Dieu qui lui est confiée.

 

 

AMEN

 

 
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