AU FIL DES HOMELIES

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LES LOUPS ET LES AGNEAUX

2 Tm 1, 13-14+ 2 Tm 2, 1-3+ 2 Tm 4, 19-22 ; Lc 10, 1-9
St Trophime - (28 novembre 2007)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

V

oici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups". Frères et sœurs, en célébrant la mémoire de Trophime d'Arles et de ses successeurs les saints évêques d'Arles, nous fêtons cette longue tradition de l'Église de Provence qui a aimé se reconnaître à travers les personnes de l'évangile dans la proximité directe avec le Seigneur Jésus-Christ. C'est ainsi que le Trophime dont on a parlé dans la première lecture, ou encore pour Tarascon, sainte Marthe, ou encore les Saintes Maries de la mer, ou saint Lazare, le premier évêque de Marseille. Tous ces personnages de l'évangile nous rappellent au-delà du côté discutable de l'affaire, en Provence, l'évangile est arrive très tôt. Notre Église de Provence a reconnu toute cette force du Royaume de Dieu tout proche de vous, comme nous venons de l'entendre dans la parole de Jésus qui nous dit : "Ce Royaume est tout proche de vous".

Il faut aussi se sortir de l'idée que la Provence est un pays tellement sympathique, avec ses galoubets et ses tambourins, sa lavande et ses cigales, que l'évangile vu de cette manière sous l'aspect des Saintes Maries qui arrivent en barque dont un curé finissait par dire qu'elles étaient tellement nombreuses que c'était un paquebot ! il faut reconnaître que la Provence a plutôt un côté dramatique. De ce drame à travers sa lumière forte, sa roche blanche et son climat aussi qui peut être violent ou accablant. L'esprit des provençaux est aussi marqué par cette thématique dramatique. Vous aurez remarqué que même ce que l'on croit être quelques petites histoires sympathiques comme dans les "Lettres de mon moulin", il y a en fait beaucoup de drames, dont l'Arlésienne.

Je veux dire par là que lorsque l'évangile est arrivé dans cette terre de Provence, il n'est pas arrivé dans un peuple facile, dans une contrée qu'on pourrait croire heureuse, gentille et sympathique. Il est arrivé dans le contexte, en faisant mémoire de saint Trophime d'Arles, un contexte marqué aussi par la difficulté de vivre, par les invasions de plusieurs peuplades, et par une sorte d'incertitude de la vie. Ce qui fait que le caractère même, y compris celui des arlésiens, est un caractère plutôt dur, il suffit de lire les homélies que faisait saint Césaire d'Arles pour voir comment il tançait sévèrement ses paroissiens qui avaient un sacré caractère.

Ce qui est intéressant à travers cela, c'est que l'évangile reste une Bonne Nouvelle. L'évangile trace dans l'existence humaine, un chemin qui doit être passage, une route qui doit devenir Pâque, et qui doit donc traverser les difficultés, les ravins et les abîmes. Ce n'est pas un long fleuve tranquille, mais c'est aussi cela l'expérience du salut pour se sentir sauvé, il faut avoir fait l'expérience de sa Pâque et voir ce qui en nous justement a pu être laissé de côté dans l'ordre de la mort et des ténèbres, pour que ce soit ce chaos-là qui puisse laisser émerger la lumière de la création, qui puisse laisser percevoir le signe et la vie du Christ ressuscité déjà dans notre existence.

C'est ce que dit Jésus aux soixante-douze disciples qu'il envoie. Sont-ils partis joyeux dans la mission ? ont-ils été appelés avec bonheur dans leur vocation de disciples ?nous l'espérons. Mais en même temps, si ces disciples avaient pu prendre une devise épiscopale ils auraient pu choisir : "Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups". L'agneau, signe de l'innocence, de la pureté, de celui qui vit dans la vérité, mais c'est aussi le signe du sacrifice. Tous à l'heure en prenant le Corps du Christ nous dirons: "Voici l'Agneau de Dieu". Mais c'est dans le monde des loups aussi que se révèle toute la vérité de cette vocation. Ne pas avoir peur non plus de ceux qui ont les dents longues, qui peuvent barrer la route, de tous les loups y compris de notre modernité. La vocation de l'évangile, de dire un mot de plus ou un mot de moins, le silence à travers tout le bruit, le drame, l'incertitude, les difficultés, que peut connaître notre époque, ou notre propre vie personnelle. Nous sommes nous aussi envoyés comme des agneaux au milieu des loups, dans cette terre de Provence, pour qu'au-delà de tout drame se dessinant le signe de la croix, ce soit finalement le Christ qui s'élève dans nos vies comme Il s'est élevé sur cette terre de Provence pour conduire les brebis.

"Je ne manque de rien. Sur des prés d'herbe fraîche il me fait reposer" dit le psaume 22.

 

AMEN


 

 

 

 
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