AU FIL DES HOMELIES

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NOTRE GÉNÉALOGIE

Rm 8, 28-30 ; Mt 1, 1-16 +18-23
Nativité de Marie - (8 septembre 2000)
Homélie du Frère Yves HABERT

 

S

ors, Abraham, sors de ta tente, ne sors pas à midi, tu y rencontrerais les trois anges, les trois visiteurs, mais sors au creux de la nuit, couche-toi sur la sable et ouvre les yeux, et compte les étoiles, ouvre les yeux et contemple ce ciel de nuit du désert, ce ciel plus beau que le ciel de Provence, et regarde, compte, et vois si toutes les étoiles, si toute ta descen­dance est bien là. Regarde Abraham, oublie la nuit, reste une nuit couché sur le sable, attends l'aurore, et quand tu verras l'aurore, tu verras aussi l'étoile annon­ciatrice du soleil levant. Si tu attends toute la nuit couché sur le sable, tu verras l'étoile de l'aurore se lever, tu ne verras pas une autre étoile, celle qu'a vu Marie-Madeleine, quand au petit matin, un matin de givre, un matin de Pâques, elle est aussi sortie à l'heure de l'aurore pour contempler cette étoile et cou­rir au tombeau guidée par l'amour.

Dans toute cette longue généalogie que nous venons d'entendre, cette généalogie qui s'enracine du plus profond du désert, du plus profond de la nuit, du désir de contempler les étoiles, dans toute cette gé­néalogie où j'ai dit expressément que personne n'est sa propre origine, pas même les étoiles qui brillent dans la nuit, personne n'est à soi-même sa propre origine, personne je me suis fait tout seul. Nous sommes tous issus de toute une longue lignée, nous sommes tous issus de parents, sauf Dieu qui est le seul à être Lui-même sa propre origine. Il est le seul qui se reçoit de Lui-même, avec cet analogue du Fils et de l'Esprit saint qui se reçoivent du Père, qui se reçoit du Fils et du Père, avec cet analogue simplement, Dieu étant Lui-même sa propre origine. Les étoiles ne sont pas elles-mêmes leur propre origine, la Vierge Marie n'est pas elle-même sa propre origine. C'est pour cela que l'Église est une société un peu particulière qui, plu­sieurs fois par an, au moins deux fois lit cette longue généalogie, on dirait presqu'un annuaire, une généa­logie qui nous plonge au plus profond. Une généalo­gie normalement, ce n'est pas fait pour être lu sur la place publique, une généalogie, on la garde dans la famille, si on trouve quelqu'un d'illustre dans notre généalogie, on va le dire à tout le monde, mais on va taire tous ceux qui ont fait que nous sommes là au­jourd'hui. Et cette généalogie extrêmement répétitive, même si Matthieu a voulu marquer des temps, des époques, une sorte de dynamique, un partage, cette généalogie me fait penser à toutes ces danses folklori­ques de tous les pays du monde, une sorte de danse très répétitive, des danses qui façonnent un peuple, une communauté, ces danses dans lesquelles on aime tous se retrouver, autant en Bretagne qu'en Provence, en Irlande, au pays de Galles et dans d'autres pays, ces danses très répétitives qui nous plongent et nous enracinent dans un mouvement commun. Peut-être qu'on a perdu cette habitude de la danse répétitive, de cette danse ensemble, je sais que beaucoup de jeunes redécouvrent ces danses traditionnelles.

La Vierge Marie va échapper à cette danse, tout à coup, l'Amour a envie d'improviser, tout d'un coup celle qui a reçu tellement de cette longue répéti­tion, celle-ci se met à improviser, tout d'un coup, l'Amour lui donne une nouvelle liberté et la conduit plus loin. Elle a reçu ce trésor du plus loin qu'elle-même et elle peut maintenant à son tour improviser sur l'arbre de ses consentements, sur l'arbre du consentement d'Abraham, de David, de tous ces rois, sur l'arbre du consentement de Joseph, son fiancé, elle peut improviser maintenant un nouveau consente­ment, elle pourra consentir quand l'Ange viendra, elle pourra consentir quand ce Fils trop grand fera les quatre cents coups, elle pourra consentir surtout à l'heure de la Croix, elle pourra inventer une nouvelle danse, un nouveau consentement, quelque chose d'un peu radical qui à la fois a échappé à cette danse répé­titive, et qui en même temps nous enracine profondé­ment. Si on lit cette longue généalogie de notre Mère cela veut que nous aussi nous partageons toute cette généalogie, et que comme elle nous pouvons improvi­ser sur l'arbre du consentement.

 

 

AMEN

 

 
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