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RÉFLEXIONS AUTOUR D'UNE NAISSANCE

Rm 8, 28-30 ; Mt 1, 1-16 +18-23
Nativité de Marie - (8 septembre 2004)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

L

orsqu'un enfant naît, très vite, les parents des deux familles, surtout les grands-mères, essayent de discerner sur le visage du bébé si cet enfant ressemble plus à la famille du mari, ou à la famille de l'épouse. Si l'on arrive à retrouver les traits qui sont les siens, et que cela peut marcher, on refait très vite l'histoire de la famille, et si l'enfant ressemble à son arrière grand-père, ou alors à son arrière grand-mère, toutes les histoires de famille, les secrets de famille sont alors évoqués.

Ainsi, nous avons dans cette naissance de la Vierge Marie aussi un arbre généalogique fantastique, celui que nous venons de lire, qui est rythmé d'ailleurs par trois grands moments du Salut, celui d'Abraham, celui de David, et puis, celui de la déportation à Babylone. Chose étrange, il n'y est pas du tout question de Moïse dans cet arbre généalogique. On pourrait se dire voilà, cet arbre généalogique est celui de la famille de Jésus et l'on ne donne pas celui de la Vierge Marie, puisqu'il s'agit en fait de celui de Joseph, de l'époux. Donc difficile de savoir à qui ressemblera la Vierge Marie lorsqu'elle naît, puisque les évangiles se contentent de donner celui (au moins pour saint Matthieu), celui de Joseph.

Tout cela pour dire qu'au-delà de la naissance et de tous les calculs savants des familles pour savoir à qui ressemble l'enfant, en fêtant la naissance de la Vierge Marie, nous nous inscrivons directement dans l'histoire du Salut. Nous sommes tout de suite invités à reprendre non seulement pour la Vierge Marie, mais pour nous-mêmes, toute cette longue généalogie, toute cette longue histoire, tout ce Salut, cette proximité de Dieu avec les hommes, avec, qu'on le veuille ou non, les hauts et les bas de ces générations qui nous ont précédés. Ainsi, nous nous souvenons que ni cet homme de foi Abraham qui a caché que son épouse était son épouse et non sa sœur, comme il l'avait dit pour ne pas être tué, ou encore David qui fait tuer son ami pour prendre sa femme, bref, les histoires de cette généalogie ne sont pas forcément conformes à ce que l'on appelait avant l'histoire sainte, en pensant qu'ainsi tout était comme une sorte de modèle où Dieu se dit à travers cette humanité, mais une humanité parfaite. Or, ce que la célébration de la naissance de la Vierge Marie nous apprend, c'est qu'on assume chacun pour notre part, nous assumons cette histoire de Dieu avec les hommes, mais pas l'homme idéalisé, l'homme tel qu'il est, avec nos grandeurs et nos petitesses, nos grandeurs et nos misères, avec nos qualités et nos failles. L'histoire du Salut s'inscrit précisément dans cette intersection qui fait la vie d'un homme, qui fait toute son histoire, tout le quotidien d'une personne. Et la Vierge Marie n'est pas exempte de cela. A la fois, elle est héritière de toute son histoire comme de toute l'histoire de sa famille, même si on ne la connaît pas précisément, et elle va être aussi dans cette longue marche, dans ce maillon historique, elle va être cette pièce importante, qui va apporter l'aboutissement de la révélation, l'aboutissement de la recherche de Dieu envers l'homme. Comme d'ailleurs l'homme se met aussi en quête de cette recherche de Dieu.

Ainsi, la naissance de la Vierge Marie nous apprend combien, à son exemple nous nous situons au même niveau, nous nous situons exactement sur le même plan dans le rapport avec Dieu. Certes, nous pourrions évoquer tous les privilèges de la Vierge Marie, mais il en fallait pour cette personne particulière qui devient mère de Dieu. Mais les privilèges du chrétien ne sont pas moindres que ceux de la Vierge Marie. Certes, elle a donné naissance au Fils de Dieu, et elle a été préservée du péché, mais le chrétien est appelé par la vie sacramentelle, notamment par le sacrement de réconciliation à vivre le vrai salut qui consiste à être pardonnés du péché, et aussi par la grâce de notre baptême, à ne cesser nous-mêmes d'être enfantés à la vie de Dieu comme de la donner par le sacrement de la charité à nos frères. Faire croître et grandir l'autre, c'est lui donner la vie, c'est le faire vivre en enfant de Dieu. Oui, la Vierge Marie a beaucoup de privilèges, mais c'est de nous qu'il est dit par notre baptême, que nous sommes des enfants de lumière et le sel de la terre.

Marie a eu beaucoup de chance, et elle a façonné le Corps du Christ, mais par le sacrement de l'eucharistie, nous recevons nous-mêmes ce Corps du Christ, ce Corps du Christ devient nôtre, et nous sommes ainsi dans toute notre vie, comme changés en le Corps du Christ par son eucharistie. Nous pourrions continuer, Marie, remplie de la présence de l'Esprit Saint, mais le baptême, la confirmation et l'eucharistie, nous donnent cette force et cette puissance de l'Esprit saint au jour le jour et dans les moments importants de notre vie.

Ainsi, ce qu'a vécu la Vierge Marie et ce que nous célébrons dans le mystère de cette naissance, de cette venue au monde, doit nous rappeler non seulement l'histoire du salut, le mystère chrétien, mais comment personnellement, ce Salut agit aujourd'hui en nos cœurs et comment aujourd'hui nous naissons nous aussi à cette vie de Dieu.

 

 

AMEN