AU FIL DES HOMELIES

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EXPOSÉ DEVANT TOUS

Nb 21, 4b-9; Ph 2, 6-11; Jn 3, 13-17
Exaltation de la Sainte-Croix –  (14 septembre 2002)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC

C'est la fin de la saison, l'été est fini, on com­mence à rentrer un petit peu dans l'automne, il faut ressortir les habits plus chauds, la fraî­cheur se fait sentir. Et parfois notre cœur, lui aussi, comme les corps habitués à la chaleur, se sent un peu frileux, et il veut très vite s'enfermer, d'entourer de plusieurs couches de vêtements pour rester bien à l'abri, bien au chaud, préservé du regard des choses et de ceux qui nous entourent, un peu comme pour rester au secret de soi. Et l'on pourrait très vite penser que la vie chrétienne pourrait se résumer par cette phrase : "pour vivre heureux, pour vivre chrétien, vivons ca­ché". C'est vrai si l'on regarde à la fois ce que nous vivons, avec la peur de se livrer, la peur de s'exposer au regard des autres, et si l'on regarde certains épiso­des de la Bible, on y découvre des histoires de cache-cache entre l'homme qui furtivement essaie de fuir loin du regard de Dieu, et Dieu qui passe son temps à lui courir après pour le regarder face à face. Cela commence tout de suite avec Adam qui se cache de Dieu, derrière des arbres, ça continue avec Jacob qui endosse l'identité d'un autre pour recevoir la bénédic­tion de son père, un peu comme si nous pensions que la réussite ne peut être liée à un risque, alors qu'en fait, il faut risquer.

Dans la vie chrétienne, ce n'est pas le confort qui prime, c'est le risque. Un peu aussi, comme si nous pensions que l'exaltation de nous-mêmes, de notre personnalité, ne peut aller de pair avec l'exposition de ce que nous sommes. La bénédiction c'est bien, mais il ne faut pas qu'il y ait malédiction.

Et pourtant Dieu, après de siècles et des siè­cles de course poursuite, dans son désir de découvrir l'homme, Dieu l'a mis au pied du mur en se laissant crucifier. La croix, certes, est un instrument de mort, comme on peut mourir décapité par la guillotine, ou par une injection de poison, par pendaison ou d'autre manière, mais la croix a ceci de particulier, plus que d'autres moyens de tuer, elle est par excellence l'expo­sition de tout ce qu'est la personne face au monde, à la chaleur, au froid, à la nuit. La croix est exposition face aux hommes. La mort, qui est ce moment qui est le plus intime, devient ici obscène, puisqu'il est donné à chacun de voir le condamné faiblir, s'éteindre, mou­rir. C'est vrai que nous n'aimons pas nous montrer faibles auprès des autres.

La croix est ce lieu, et nous pourrions penser qu'il s'agit de paroles trop spirituelles ou mystiques, ce lieu des noces de l'Agneau, de rencontre entre Dieu et l'humanité. Il ne faut pas se payer de mots, ce n'est pas de la spiritualité en l'air, il s'agit très exactement quand on parle des noces de l'Agneau, de découvrir que la croix dénude à la fois Dieu, et l'homme. Dieu se dénude complètement face à l'homme, il est exac­tement à l'opposé de ce que l'homme pense qu'est Dieu, à l'opposé de ce que l'homme pensait au début de la création, par le serpent, d'une toute-puissance qui veut absolument gérer toute l'humanité. Sur la croix, Dieu ouvre les bras, se laisse crucifier, et c'est la toute-puissance divine qui se remet entre les mains de l'impuissance humaine, qui se laisse prendre dans nos mains : à l'eucharistie, c'est un petit morceau de pain qui tient dans notre main, que nous pourrions refermer à volonté. Exposition donc de la nudité to­tale de ce qu'est Dieu et ce qu'il veut vivre avec l'homme. Mais aussi, exposition de la nudité de l'homme, de celui qui passe. Car si la croix est l'expo­sition de celui qui est crucifié, elle fait beaucoup par­ler, c'est-à-dire qu'elle révèle quelque chose de ce qui passe devant le Christ. De même que le mal qui se passe dans le monde, chaque événement, que ce soit de l'événement personnel, familial, ou mondial, révèle ce que nous pensons de qui est Dieu. Alors, est-ce une simple indifférence de celui qui passe à côté du Christ crucifié ? Est-ce une sorte de haine, car quelqu'un qui se montre nu et faible face à soi nous donne peut-être envie de nous mettre en position de toute-puissance puisque que quelqu'un est à notre merci ?

Autre dévoilement du cœur de l'homme, c'est la miséricorde. Dieu met l'homme au pied du mur dans ce qu'il y a de plus maléfique, de plus incompré­hensible, la croix. Quand Dieu nous met au pied du mur, chaque mal qui semble nous égratigner, nous faire mal, et qui pourrait peut-être au contraire nous donner envie de nous replier sur nous-mêmes et de nous mettre un nouveau manteau sur les épaules. Et là, Dieu nous pose la question : que fais-tu de ton cœur ? Vas-tu accepter de laisser ton cœur se dénuder afin d'être capable de voir tout ce mal, toute cette faiblesse, comme moi je le vois quand je te regarde ? Ce qui est magnifique, c'est que dans la contemplation de la croix, Dieu nous donne la grâce de pouvoir contempler le monde, le mal par ses propres yeux, par son propre cœur miséricordieux, découvrir que cela ne nous est pas inconnu, extérieur, qu'il ne faut pas le rejeter ou l'ignorer, mais que cela est à transformer et à transfigurer dans nos vies.

Frères et sœurs, au jour de cette fête de l'Exaltation de la croix, cherchons dans notre vie ce que nous n'osons pas toujours exposer, d'abord devant notre propre cœur, pour y découvrir ce lieu d'exalta­tion, de transfiguration et de résurrection que nous sommes tous appelés à vivre.

 

 

AMEN

 

 
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