AU FIL DES HOMELIES

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SAINT SERGE DE RADONÈGE

Ac 1, 12-14 ; Lc 1, 26-28
St Serge de Radonège - (7 octobre 1982)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

E

 

n cette fête du Rosaire, la vierge Marie qui nous apprend à prier comme elle l'apprenait aux apôtres, ainsi que nous le rapportait le texte des Actes tout à l'heure, et qui nous invite à redire inlassablement cette salutation de l'ange que Saint Luc vient de nous rapporter à l'instant, la vierge Marie ne m'en voudra pas de vous parler de Saint Serge de Radonège puisque ce saint a construit plusieurs monastères en l'honneur de la mère de Dieu et qu'il a eu une vision de la vierge Marie venant frapper à la porte de sa cellule et lui promettant que son monastère de Zagorsk demeurerait à travers tous les temps ce qui se réalise, puisque même sous le régime soviétique ce monastère a continué d'exister.

Saint Serge de Radonège a vécu au quatorzième siècle et il est le père, ou du moins le restaurateur de la vie monastique en Russie, plus exactement dans cette région du Nord de la Russie où se trouve ce monastère de Zagorsk. Le premier trait qui me semble remarquable c'est la place dans sa vie de la grâce gratuite de Dieu. Dans la vie de saint Serge, tout est pur don gratuit de Dieu et cela est manifesté déjà par une anecdote de sa vie d'enfant. Saint Serge allait à l'école, mais il n'arrivait pas à apprendre et il était un très mauvais élève, si bien qu'il passait tout son temps dans la forêt ou dans les champs pour prier au lieu d'étudier. Il n'arrivait pas apprendre à lire et l'on se faisait beaucoup de souci pour son avenir. Un jour, un moine venu tout exprès venu pour cela et qui ensuite disparut sans laisser de traces, vint rencontrer le petit Serge qui s'appelait Barthélemy, car Serge était son nom de religion, et lui dit : "Prends les Saintes Ecritures et lis-les !" L'enfant lui dit qu'il ne savait pas lire mais le moine l'invita à ouvrir quand même le livre et aussitôt l'enfant put lire spontanément et désormais il fut lecteur et chantre dans la petite église de son village. On dit que dans sa vie saint Serge n'a rien écrit car il tenait tout de la grâce de Dieu, qu'il ne voulait pas produire d'œuvre littéraire ne fut-ce même que pour rédiger une règle pour ses moines. Tout ce qu'il avait à communiquer lui venait de la grâce de Dieu.

Dans le même sens, un jour un moine vit un ange qui concélébrait avec saint Serge et les autres moines qui étaient avec lui, il y en avait un de trop, et le moine le dit à saint Serge qui lui répondit de ne pas en parler mais que cet ange était là pour lui apprendre à célébrer et à louer le Seigneur. On raconte aussi qu'une fois, un moine, pendant la célébration de l'eucharistie, au moment où saint Serge allait communier au calice vit sortir de ce calice une flamme qui enveloppa le saint tout entier et il comprit que le Seigneur se communiquait à lui sous l'apparence de cette flamme sortie du calice. C'était l'image de l'Esprit Saint qui, par l'épiclèse, venait transformer le vin au sang du Christ.

Un autre trait de la vie de saint Serge, c'est son amour de la solitude et du silence. Dès l'âge de quatorze ans, il désira partir dans la solitude, mais il ne put le faire qu'à vingt ans où il se retira dans la forêt de Radonège. Là il construisit une petite cellule pour y vivre tout seul. Peu à peu quelques moines attirés par sa renommée, on ne sait comment car saint Serge ne parlait pas et ne faisait pas parler de lui, vinrent se grouper et finalement ils furent plus de cent, si bien que saint Serge fut obligé de construire un monastère. Saint Serge a toujours voulu vivre dans le silence, dans la solitude avec Dieu, dans la contemplation de Dieu et c'est de là que lui furent donnés, par grâce, tous les autres dons apostoliques et monastiques.

Un autre trait, c'est l'humilité de saint Serge. Même quand il fut choisi par les autres moines comme leur supérieur, il continua à passer son temps à des travaux manuels ou domestiques. C'est lui-même qui construisait leurs cellules. Dès qu'un nouveau moine arrivait, il lui construisait de ses propres mains, une petite maison. C'est lui qui fabriquait les cierges pour la liturgie ainsi que le pain pour l'eucharistie ou la table du monastère. Il ne se départit jamais de ces tâches humbles et modestes, même quand il fut envoyé par le prince de Moscou auprès des Mongols, car c'était une époque très troublée. Son humilité se manifeste encore par la douceur et la clémence avec laquelle il gouvernait son monastère. A un moment, par obéissance au métropolite de Moscou, il introduit la vie commune et certains de ses moines, habitués à vivre en ermites, le prirent assez mal, car cela brimait leur liberté, leur indépendance. Saint Serge, au lieu d'imposer son autorité, après avoir été insulté par un moine au cours de l'office liturgique, partit sans rien dire et s'en alla vivre dans la solitude au bord d'une rivière. Et c'est là que les moines eux-mêmes vinrent le chercher pour qu'il reprenne la direction de leur vie.

Saint Serge fut donc toujours le plus humble et le serviteur de tous. Jamais il ne se considérera comme un maître, un chef. Et quand le métropolite de Moscou voulut lui passer au cou une chaîne d'or et la croix pectorale pour en faire son successeur, Serge malgré l'obéissance qu'il avait toujours manifestée à l'égard de la hiérarchie de l'Église refusa absolument la charge épiscopale, en disant que cela n'était pas sa vocation, qu'il était le dernier et devait se tenir aux pieds de ses frères.

En cette fête de Notre Dame du Rosaire qui est aussi celle de saint Serge, je voudrais que nous ayons une pensée toute particulière pour nos frères d'Orient. Nous pourrions lui demander que se retrouve l'unité entre les chrétiens séparés. Nous pouvons aussi avoir une pensée particulière pour nos frères qui sont écrasés et souffrent persécution de la part des ennemis de l'Église. Nous devons porter avec une ferveur toute particulière nos frères de l'Église orthodoxe de ces régions où elle est humiliée et rejetée. Il y a là beaucoup de chrétiens qui vivent dans le silence et la solitude car ils ont de grandes difficultés à se réunir pour prier et échanger entre eux. Saint Serge lui qui a tout reçu de Dieu, lui qui a toujours recherché Dieu dans la solitude et le silence, lui qui a voulu être le serviteur des autres, peut être une aide pour ses frères qui souffrent ainsi solitude, humiliation et apparent abandon. Portons-les dans notre prière et puisque la mère de Dieu est aussi chère à leur cœur qu'au nôtre, qu'en ce jour de sa fête elle soit leur protectrice, qu'elle les aide à traverser ce désert et à parvenir, quand la grâce de Dieu le voudra, jusqu'à la lumière.

 

AMEN

 
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