AU FIL DES HOMELIES

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LE PLAN VIGIPIRATE DE DIEU !

Ex 23, 20-23 a; Mt 18, 5-10
Anges gardiens - (2 octobre 2001)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

F

rères et sœurs je crois que les événements ré­cents, je veux parler de la série d'attentats aux Etats-Unis le onze septembre et la situation qui s'en suit aujourd'hui sont extrêmement suggestifs pour comprendre ce que sont les anges gardiens. En effet, ce qui s'est passé, c'est qu'on s'est aperçu tout d'un coup que dans la société humaine, il y avait des hommes qui étaient capables de faire des choses terri­bles, monstrueuses, et qu'il fallait se défendre. Passé le moment, (souhaitons qu'il soit définitivement passé), de la manifestation de la violence, il faut que l'humanité se ressaisisse, réalise ce qui s'est passé, prenne des mesures et notamment des mesures de vigilance et de protection. En France, cela s'appelle le plan "vigie pirate". Je dirais que pour comprendre les anges, et plus spécialement les anges gardiens, il faut penser que c'est le plan "vigie pirate" de Dieu sur le monde. En effet, dans le plan vigie pirate, il y a je crois deux éléments : il y a d'une part ceux qui sont chargés de la vigilance et de la sécurité, ce sont ces messieurs en uniforme, avec une arme que l'on voit parfois avec un air un peu bonasse, à un angle de rue, et ils sont là précisément pour avoir l'œil à tout et pour pouvoir intervenir s'il il y a quelque chose de suspect. C'est le premier élément, l'élément nécessaire et je crains, hélas, que pendant un certain temps on soit obligé d'augmenter ce genre de vigilance pour la sécurité des populations. Mais pour qu'un plan vigie pirate marche, il faut en même temps qu'il y ait une population civile qui soit extrêmement consciente du danger, des diverses formes qu'il peut prendre et qui travaille en étroite collaboration avec les personnes chargées par métier et profession, de la vigilance. Si bien qu'on se trouve devant une situation assez intéressante, il y a d'une part ceux qui sont profes­sionnellement les vigilants, les veilleurs, et qui veil­lent sur la population civile dans une relation de pro­tection, mais en même temps qui ont besoin de la compréhension et de la collaboration de la société civile vis-à-vis d'eux. Si on attend très longtemps dans les aéroports, il faut être patient, parce qu'effective­ment il faut admettre que les services de sécurité ne peuvent pas contrôler les quatre cents passagers d'un avion en quelques secondes. Par conséquent, on se trouve dans une situation où il y a les veilleurs, la population sur laquelle ils veillent, et cette même population en tant que partie prenante et soucieuse elle aussi avec les professionnels de sa propre sécu­rité.

Dans le plan vigie pirate de Dieu, je crois que c'est la même chose. Les veilleurs, ce sont précisé­ment les anges gardiens. Ce sont les professionnels du terrorisme du Mal. Ce sont eux qui voient et qui sa­vent exactement, parce qu'ils ont été créés par Dieu dans une sorte d'intelligence extrêmement profonde, ce sont eux qui voient le mieux le Mal qui menace notre existence humaine. Ainsi, avant d'être des com­pagnons individuels, les anges gardiens sont plutôt au sens littéral du terme, pardonnez-moi le jeu de mot, mais les gardiens de la paix au sens des gardiens de la paix de Dieu. Ils sont là pour veiller sur le monde afin que le plan fondamental de Dieu, le projet de Dieu, le dessein de salut soit exécuté le mieux possible. Mais parce qu'il y a sans cesse l'activité terroriste du Mal qui vient détruire à l'intérieur de la population des fidèles, et de ceux qui ne croient pas encore, le plan de Dieu, ils sont obligés de redoubler de vigilance. Et du coup nous sommes la population qui est sous la garde de ces vigilants du plan vigie pirate de Dieu. Nous, nous sommes là pour bénéficier d'abord de cette protection des anges à la fois par leur prière, par leur action spirituelle, par le fait qu'ils veillent vrai­ment sur nous tous, et qu'ils veillent à ce que le plan de Dieu soit véritablement réalisé. C'est pour cela que le petit détail que vous avez entendu à la fin de l'évangile qu'on lit aujourd'hui : "Leurs anges regar­dent sans cesse la face de Dieu", les anges gardiens ne regardent pas la face de Dieu simplement pour se laisser éblouir et émerveiller, c'est parce qu'ils regar­dent sans cesse en Dieu ce qu'il faut pour nous. C'est cela que veut dire ce texte. Les anges sont ceux qui connaissant dans le cœur même, dans le dessein même de Dieu à son origine, à sa source, ils reçoivent directement les indications de "l'Elysée" (de l'Elysée de la Trinité), pour savoir ce qu'ils ont à faire pour nous ! D'une certaine manière, nous l'humanité, nous sommes les bénéficiaires de cette protection et de cette surveillance pour éviter le piratage du Mal.

Mais ce ne serait pas complet s'il n'y avait pas le deuxième aspect, c'est-à-dire celui par lequel nous aussi nous sommes les collaborateurs des anges pour veiller à ce que le Mal ne s'empare pas de nous et des autres. Et je pense que c'est ici qu'est la place de l'in­tercession pour les défunts et de ceux qui sont avant nous dans le ciel, pour nous. D'une certaine manière, ils sont aussi avec tout le monde, engagés dans cette vigilance vis-à-vis du terrorisme du Mal sur le cœur de l'homme. Mais, nous sommes à la fois protégés et protecteurs, et je crois que quand on prie pour nos défunts, quand on les présente à Dieu dans la prière, à la fois nous sommes protecteurs, et je crois que nous demandons aussi qu'eux soient protecteurs vis-à-vis de nous. C'est là le côté le plus personnalisé de cette vigilance.

Je voudrais terminer par une toute petite allu­sion à saint Thomas d'Aquin qui devait traiter une question de théologie qui était assez classique à son époque, vers les années 1250-1270, on se demandait souvent quelle serait la place qu'on aurait au Paradis. Evidemment la plupart des théologiens classiques répondaient : ce sera selon l'ordre de sainte, des ver­tus, des actions héroïques accumulés pendant la vie. Et saint Thomas a dit : ce n'est pas vrai, nous serons placés au Paradis en fonction de la profonde charité qui nous aura tenu les uns aux autres pendant cette vie. On sera, dans le Royaume de Dieu, auprès de ceux qui nous ont le plus aimés, et que nous aurons le plus aimés. Saint Thomas ne voulait pas pour autant démolir l'ordre des vertus, mais il voulait dire que la réalité même des liens que nous avons tissés ici-bas Dieu les accomplira et les parachèvera dans son Royaume. Il ne fera pas simplement un tableau d'hon­neur avec l'ordre des moyennes, mais Il nous établira chacun selon la plénitude de la charité, de l'amour que nous avons eu les uns pour les autres.

C'est un peu cela qui commence déjà à se ré­aliser. Pour ceux et celles qui nous ont quittés, à cause de la proximité qu'ils ont toujours eue avec nous, parce qu'ils nous ont aimés, parce qu'ils ont été à la fois protecteurs et protégés pas nous, ils continuent. C'est pour cette raison, alors que le monde moderne a tendance à dire qu'il y a deux monde, le monde des vivants, on est sur la terre, profitons-en le plus longtemps possible, et ensuite le monde des morts, la vision chrétienne n'est pas du tout celle-là. C'est la vision d'un ensemble dans lequel les uns pour les autres, nous sommes tous au service de cette pro­tection, de cette garde par rapport au Mal et au péché qui peut nous détruire les uns les autres.

Qu'en ce jour, nous priions les anges gardiens, nous priions aussi pour ceux et celles qui nous ont quittés et précédés dans la Pâque du Christ, et que nous priions les uns pour les autres afin que tous en­semble nous ayons une part active et efficace à ce déploiement du plan de Dieu, afin que il se réalise coûte que coûte, quel que soit le Mal et le péché qui se déchaînent dans le monde.

 

 

AMEN

 

 
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