AU FIL DES HOMELIES

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LES VEILLEURS DE LA CITÉ

Ex 23, 20-23 a; Mt 18, 5-10
Anges gardiens - (2 octobre 2003)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

C

es espaces bizarres qu'on a appelé des zones, des ZUP, des ZAC, des zones commerciales, des zones industrielles, et ces zones, qui est la manières la plus indistincte de désigner l'espace, sont comme des espèces de tentacules de la ville qui s'en va bouffer le territoire de la campagne environnante, le défigurer, avec des cheminées, des produits toxiques, des usines Cévézo, je n'insiste pas, on voit cela tous les jours dans le journal.

Il n'en allait pas de même pour la cité ancienne, et de ce point de vue-là, c'est quand on a compris ce qu'est la cité ancienne qu'on peut comprendre ce que sont les anges gardiens. La cité ancienne est un territoire strictement délimité. En fait, l'espace de la cité, c'est l'espace humain, et dès que vous sortez de la cité, vous n'êtes plus sûr du tout d'être dans un monde humain. Au mieux, vous tombez dans la campagne, mais vous avez à faire à des paysans, surnommés des gens "rustiques", avec tout ce que cela veut dire. C'est-à-dire, qu'ils n'ont pas l'élégance et l'urbanité des citadins, c'était comme cela qu'on pensait, mais cela ne veut pas dire qu'il faut penser de cette manière. Ensuite, vous arrivez dans la forêt, c'est-à-dire le domaine des chasseurs, et puis après, vous arrivez dans l'inconnu et là, cela peut devenir terrifiant, c'est le domaine des contes, des êtres mythiques, des géants, des êtres qui ne sont plus tout à fait humains, des monstres, des tarasques et toutes les autres choses qui ont peuplé la Provence avant que les saints débarquent dans ce pays.

Donc, la cité représente le seul espace où l'on peut être humain, où l'on peut vivre humainement. Or, comment peut-on vivre humainement ? Il faut deux choses. La première, c'est la délimitation du territoire, c'est ce qu'on a appelé habituellement les murs. Les murs, c'est cet espace construit, fortifié, qui protège la cité de tous les dangers, mais c'est une protection matérielle, c'est une protection purement faite avec des pierres. C'est déjà très important, si les pierres ou les briques ne sont pas solides, la sécurité est menacée. Mais pour que la protection de l'espace humain marche bien, il faut les gardiens. Le système de la garde, dans le monde antique, médiéval et même encore dans le monde du dix-septième et du dix-huitième siècle est un système extrêmement important. Aucune ville ne peut se passer des gardiens. Aujourd'hui c'est chez nous les gardiens à l'intérieur de la veille pour éviter la délinquance à l'intérieur de la ville, mais à l'époque, les gardiens étaient là pour protéger la ville. La ville peut à tout moment, être assaillie, menacée, attaquée par le malheur, et pour tout dire, par la mort. Au fond, ce que nous avons du mal à comprendre aujourd'hui, c'est que la cité ancienne, c'était ce petit espace humain, qui à la fois, par les moyens matériels des murs, et par le moyen humain de la garde et des soldats de la ville qui protégeaient la ville, se protégeait de la mort.

Il n'est pas étonnant que dans la mentalité des chrétiens, à partir du moment où le christianisme est devenu vraiment un fait de la cité, que petit à petit, on ait été sensible à l'idée que la cité, l'Église, était protégée non seulement par des moyens humains, mais aussi par des moyens célestes. Il est impossible de comprendre une cité fut-elle l'Église, sans la comprendre à partir de son problème de gardiennage. C'est cela les anges gardiens. Ce n'est pas les petits, comme on a dû les mettre, parce qu'ils sont menacés par la chute d'une corniche, ce n'est pas les deux petits qui se trouvent là-devant grassouillets, extatiques, et complètement délirants, mais les anges gardiens, c'est la structure même céleste qui tient la cité de la terre. C'est pour cela que ce n'est pas du tout un élément folklorique dans la foi de l'Église, c'est l'idée extrêmement belle et profonde que l'Église, même si elle est sauvée par le Christ, même si elle vit du mystère eucharistique, même si elle vit de la vie de Dieu, est en réalité protégée par ce qu'on pourrait appeler (excusez le mauvais jeu de mot), un logiciel, c'est-à-dire, une sorte de système de garde et de protection céleste qui vient assurer à l'Église de ne pas succomber à tous les dangers.

C'est une manière extrêmement belle et profonde de comprendre l'existence humaine. En fait, cela touche, la croyance aux anges gardiens, cela touche tout simplement à la condition mortelle de l'homme et de la collectivité humaine, l'Église, face à tous les dangers qui la menacent. C'est pour cela que je crois la fête des anges gardiens est une très belle fête, elle évoque précisément de ceux qui sont là, députés à cet office par Dieu, pour être les gardiens. Et c'est pour cela qu'ils sont célestes, car vous comprenez, on ne fait pas le gardiennage de la ville en allant boire dans les tavernes, on est sur les murs, sur les tours, sur les échauguettes, on regarde les choses de haut. C'est cela l'Église, les remparts et les mâchicoulis de l'Église se trouvent dans le ciel, et les anges sont là qui veillent sur la terre, comme dit l'épître de saint Pierre, "ils se penchent avec convoitise sur les mystères qui s'accomplissent sur la terre".

Je pense que c'est une occasion pour nous de réajuster notre manière d'envisager les anges, non pas simplement comme une sorte de survivance de l'Ancien Testament, et vous remarquerez, je pense que c'est pour cela que le passage le plus explicite sur les anges dans le Nouveau Testament, qui est une parole même du Seigneur, cela vient précisément au moment des paroles sur le scandale, c'est-à-dire la manière dont la mort spirituelle peut agresser la vie de chacun d'entre nous. Le Seigneur dit : "Vous ne pouvez pas toucher aux petits, c'est-à-dire à ceux qui sont menacés par la mort, car à ce moment-là vous risquez de déchaîner les foudres de leurs anges qui voient la face de Dieu". Ce n'est pas une représentation un tout petit peu sucrée-salée, pour faire joli dans la piété, la dévotion, c'est véritablement le fait que les petits, c'est nous, et les anges qui contemplent la face de Dieu, ce sont ceux qui sont commis par Dieu, tout proches de Dieu, mais pour nous protéger et pour être là à tout moment dans le mystère même de la vulnérabilité de notre vie.

Que cette complémentarité de la vulnérabilité de l'existence humaine et de la puissance bienveillante du monde angélique soit véritablement pour nous, une source de confiance et d'espérance.

 

 

AMEN

 

 
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