AU FIL DES HOMELIES

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LE MONDE INVISIBLE

Ex 23, 20-23 a; Mt 18, 5-10
Anges gardiens - (2 octobre 2007)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

 

L

es hommes de l'Antiquité aussi bien les païens que les chrétiens n'avaient pas la même conception du monde et de la vie en société que nous. Pour eux, le monde n'était pas simplement une immense masse matérielle organisée avec des forces magnétiques, des électrons, des ions, des protons, tout cela calculable par des raisonnements et des équations mathématiques. Pour eux, le monde était une véritable énigme. La première question qu'ils se posaient, c'était de savoir comment ce monde pouvait marcher.

Nous-mêmes quand on a un regard un peu naïf et simple, on se repose à nouveau cette question, même si on a fait de la physique nucléaire, on se demande toujours comment il est possible que ce monde fonctionne. C'est tellement compliqué, il y a tellement de choses et de facteurs qui interviennent les uns par rapport aux autres, qu'on se demande toujours comment cela peut tenir.

Quand on passe à ce monde humain qui est la société des hommes, la question est démultipliée, car la société humaine avec ses milliards d'individus est un mystère. La plupart du temps, on répond par l'argument de la discipline, des gouvernants avec une poigne de fer, canaliser toutes ces énergies. Mais on se rend très vite compte, que même cela ne suffit pas. Ce n'est pas le pouvoir des gouvernants qui fait tourner le monde, c'est le monde qui tourne entraînant la société humaine. C'est pour cela que les anciens arrivaient à conclure que pour que cela marche, il doit y avoir d'autres intervenants, d'autres personnes, d'autres puissances qui s'en occupent. Dans le monde ancien on associait les deux, aussi bien pour la gestion matérielle du monde que pour la gestion spirituelle des sociétés.

Alors que nous aujourd'hui, nous considérons le monde comme une sorte de totalité, les anciens pensaient que le monde et la société ne peuvent pas être une totalité. Si on ne regardait que le monde ou uniquement la société, on ne voit pas le principe d'explication qui fait marcher tout cela. C'est pour cette raison que dans le monde ancien aussi bien païen que chrétien, on a toujours cru que le monde, la société étaient gouvernés par des puissances invisibles. Ces puissances invisibles on se les représentaient comme des réalités généralement dotées de force, de sagesse et d'intelligence, parfois aussi redoutables et dotées de malice parce que là aussi on se disait que quand vient le mal, cela ne sort pas uniquement de l'esprit humain, mais il faut qu'il y ait quelqu'un qui le lui ait soufflé. Tout cet ensemble constituait le monde invisible.

Le monde invisible n'est pas facultatif, qu'on rajouterait par-dessus le monde visible, mais c'est ce qui fait tenir le monde visible, nos sociétés. C'est pour cela qu'on a entendu encore dans la première lecture que Dieu dit : je mets mon ange en tête de chaque nation. La destinée d'une nation ne se comprend pas s'il n'y a pas une puissance protectrice propre à cette nation. On a un peu simplifié les choses, mais aujourd'hui, on pourrait dire en utilisant le langage ancien que Marianne est l'ange de la France !

Ces puissances-là sont pleines de sollicitude et de soin et leur principal qualificatif c'est "gardien". Cela ne veut pas dire gardien de prison, mais au contraire, cela veut dire : gardien de sécurité. La mission des anges par rapport à ce monde, c'est d'assurer la sécurité. Ce sont eux qui veillent pour que ce monde ne se désagrège pas dans les luttes, dans les tensions, dans les phénomènes aberrants, que la société garde une certaine unité, que les hommes entre eux gardent une certaine cohésion, tout cela c'est le travail de la vigilance des hommes.

C'est donc une vision du monde extrêmement belle qui est derrière tout cela. Ce n'est pas du tout une vision comme nous pourrions le penser, le monde visible d'un côté, le monde invisible de l'autre, mais c'est la convergence, la cohérence et la coopération des deux mondes. Ce monde visible n'existerait pas si le monde invisible n'était pas derrière. Ce monde invisible (cela peut paraître terriblement anthropocentrique) ce monde invisible a donc le souci de veiller à ce que ce monde-ci marche. C'est pour cela que ces anges sont aussi appelés serviteurs, non seulement serviteurs de Dieu mais aussi serviteurs de ce monde et des hommes. Même si les anges sont plus parfaits ils sont dans leur métier et leur responsabilité, d'abord affectés au bon fonctionnement du monde et des sociétés humaines.

Sur la base de ces réflexions, les juifs, puis les chrétiens ont affiné la doctrine. Le vrai, le seul qui a la responsabilité c'est le Dieu créateur. Mais ce qui est intéressant, en proclamant Dieu créateur et source de tout, ils n'ont pas supprimé les anges. C'est une chose extrêmement mystérieuse à laquelle il faut faire très attention concernant la Bible. Le monde juif avait le pain et le couteau pour dire que ce ne sont pas les anges qui s'occupent du monde, mais c'est Dieu, donc il n'y a plus besoin des anges. Or, ils ont accepté la sous-traitance. Ils ont dit, c'est Dieu qui s'en occupe, mais Dieu associe les anges à sa sollicitude pour le monde et pur les hommes. Ils deviennent gardiens au second degré, non pas gardiens pour eux, mais pour nous mener à Dieu. Le but du monde angélique, que Dieu lui assigne à travers la création du monde visible, c'est dire : puisque vous êtes déjà arrivés et que vous savez où l'on va, il faut que vous y conduisiez ce monde. La sollicitude des anges, loin d'être affaiblie par la puissance de Dieu, est renforcée et reprise de l'intérieur pour qu'elle soit plus vraie, plus proche, et plus remplie de sollicitude.

Les chrétiens, à la suite, n'ont jamais diminué le rôle des anges. Dans les évangiles, les anges sont toujours proches : à la naissance du Christ, à son agonie, à sa résurrection. C'est précisément pour monter qu'à ce moment-là ils sont plus que jamais chargés de faire que les choses se passent bien pour les choses visibles : Annoncer la naissance aux bergers, annoncer la résurrection, annoncer la bonne nouvelle du salut à Marie, etc … C'est toujours cette même sollicitude qui est en cause.

Dans l'évangile de ce jour, Jésus parle du scandale, c'est-à-dire de la fragilité humaine, et Il dit qu'effectivement, l'homme est si fragile qu'à certains moments, il peut perdre ses yeux, ses pieds, ses mains et même son cœur dans la recherche de Dieu. Ce n'est pas tout à fait par hasard qu'à la fin, il soit question des anges qui veillent sur les petits, parce que face à l'immensité de ces dangers et de ces scandales, les anges ont le rôle de prévenir de la chute. C'est ce qu'on chantait tout à l'heure dans le psaume 90, c'est toujours le même thème : "le Seigneur a pour toi donné ordre à ses anges de te garder dans tes chemins pour que ton pied ne heurte pas la pierre". C'est la sollicitude angélique pour que le monde arrive à la plénitude de sa destinée, telle que Dieu l'a voulu.

Je voudrais rajouter une petite chose : vous savez qu'il arrive souvent qu'on dise de ceux qui nous ont quitté qu'ils sont comme nos anges gardiens. Quand on attribue la fonction angélique à ceux qui sont déjà auprès de Dieu, c'est sûr que nous ne ressusciterons pas comme des anges mais comme des êtres humains, ce qui est mieux puisque c'est comme cela qu'on a été créé et que notre âme est bâtie, c'est beaucoup mieux, mais on voit très bien ce que cela veut dire. Ceux qui sont désormais auprès de Dieu sont affectés aussi à cette mission de sollicitude pour le monde, et on peut prier avec eux, on peut les prier aussi pour qu'ils participent à cette économie globale qui est de conduire le monde à sa plénitude et qu'ils aient aussi cette fonction de protection, de sécurité, d'aide, de coopération qui permet effectivement que nous soyons petit à petit avec l'entraide de ceux qui sont déjà auprès de Dieu et nous qui sommes encore ici-bas sur la terre, parvenir à la plénitude du Royaume de Dieu.

 

AMEN

 

 

 
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