AU FIL DES HOMELIES

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 UNE GRANDE SOLITUDE HABITÉE

Os 2, 16-25 ; Lc 9, 57-62
St Bruno - (6 octobre 1998)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

Saint Jean de Malte : Saint Bruno

 

L

orsque en 1084, saint Hugues, l'évêque de Grenoble accueille sept hommes, dont saint Bruno, il ne s'imaginait pas forcément que ce qui allait se passer là était une expérience spirituelle profonde pour l'ensemble de son église diocésaine, mais aussi pour toute l'Église. En effet, malgré l'image qu'on a parfois de saint Bruno, et que transmet l'évangile, cette sorte de radicalité et d'austérité, saint Bruno était avant tout un être simple, et qui parle avec simplicité.

C'est d'abord aussi pour cela qu'il a été tant aimé lorsqu'il enseignait à Reims, puisqu'il a été un brillant professeur, mais il devait être un homme si clair dans sa pensée, et son expression que pour une fois cela changeait des maîtres toujours un peu diffi­ciles, citant et récitant sans cesse les Pères de l'Église, et mélangeant un peu tout, tandis que Bruno avait, lui, regardé les Pères de l'Église comme devant donner directement par leur authenticité, sans avoir besoin d'accumuler les arguments, le propre de la vie chré­tienne.

C'est pourquoi saint Bruno est aussi extraor­dinaire, parce que cette simplicité ne l'a pas simple­ment mis dans ses écrits mais dans sa vie. Parce que en ce qui concerne les écrits, il n'y a que deux lettres de saint Bruno, la première qui est adressée aux pre­miers chartreux, ses premiers frères, et puis une à Raoul Lever, avec qui il avait promis justement d'aller dans la solitude, et Raoul a préféré les honneurs, puisqu'il est devenu prévôt du chapitre, il a préféré ainsi la carrière ecclésiastique, à celle du don de sa vie au Seigneur, dans la solitude et le retrait. On a aussi un troisième écrit qui est une profession de foi de saint Bruno. En tout et pour tout, on doit avoir un quart d'heure de lecture des oeuvres complètes de saint Bruno.

Ce qui est peut-être plus parlant que certains saints qui ont tant parlé d'austérité, de silence, de re­trait, de contemplation, je pense à saint Bernard, et qui n'a cessé d'envahir le monde de ses injonctions et de ses lettres aussi belles fussent-elles, cela n'est pas évocateur à proprement parler, ou en tout cas, l'exem­ple de sa vie, de ce que peut être profondément le don au Seigneur, dans la simplicité, tel qu'a voulu le vivre saint Bruno.

Ce qui est intéressant d'ailleurs, c'est que dans les deux lettres qu'il a adressée, notamment, celle à Raoul Lever, il y a toute la spiritualité de saint Bruno. Finalement, en quelques phrases, il essaie de dire le principal.

Je vous cite un extrait, parce que en même temps, je trouve qu'il prend des comparaisons bibli­ques auxquelles ont est pas accoutumé lorsqu'on parle de la vie de solitude :

"Ce que la solitude et le silence du désert ap­portent d'utilité et de divine jouissance à ceux qui les aiment, ceux-là seuls le savent qui en ont fait l'expé­rience. Là, en effet, les hommes forts peuvent se re­cueillir autant qu'ils le désirent, demeure en eux-mê­mes, cultiver assidûment les germes des vertus, et se nourrir avec bonheur des fruits du Paradis. Là, on s'efforce d'acquérir cet oeil dont le clair regard blesse d'amour le divin Époux, et sont la pureté donne de voir Dieu. Là, on s'adonne à un loisir bien rempli, et l'on s'immobilise dans une action tranquille. Là, Dieu donne à ces athlètes, pour la rigueur du combat, la récompense désirée, une paix que le monde ignore, et la joie de l'Esprit Saint. Les fils de la contemplation en effet sont plus rares que les fils de l'action, cepen­dant Joseph et Benjamin sont chéris par leur père, plus que leurs autres frères.

Telle est cette meilleure part que Marie a choisi et elle ne lui sera pas enlevée. Telle est la belle sunamite, cette vierge qui seule dans tout le pays d'Israël, fut trouvée digne de réchauffer David devenu vieux, comme je voudrais que tu l'aimes par-dessus tout, afin que réchauffé entre ses bras, tu brûles d'un divin amour. Que cette charité vienne à s'établir en ton cœur, et bientôt, la gloire du monde, cette cares­sante et trompeuse séductrice te paraîtrait misérable, tu rejetterais aisément les richesse qui alourdissent ton âme, tu te dégoûterais des plaisirs si nuisibles au corps, comme à l'esprit."

Ainsi, saint Bruno appelle à cette simplicité, au silence, au retrait, mais pour lui, c'est une véritable action, c'est l'action du salut dans l'âme de celui qui accepte de répondre à l'amour du Seigneur. Et je crois que bien sûr, nous ne pouvons pas tous devenir char­treux, mais quelque part, ce que dit Bruno, s'adresse aussi à nous. Dans notre cœur, finalement, se cons­truit un ermitage, c'est-à-dire, le lieu le plus secret où seul Dieu, avec nous-mêmes, réside en maître, et c'est là justement que se tisse à travers le calme et le si­lence, que peuvent parfois connaître les amoureux, une véritable histoire de vie, une véritable histoire de tendresse, d'affection avec le Seigneur.

C'est cela aussi qui permet aux chrétiens, de s'associer à tous ceux qui recherchent le Seigneur, c'est dans ce silence, notamment, celui de la prière, c'est dans la solitude, c'est-à-dire dans le cœur à cœur avec Dieu, et pour cela, il n'est pas besoin de partir en chartreuse, mais simplement d'ignorer l'agitation de ce monde pour connaître la seule vraie action de Dieu dans lequel nous plongeons notre regard.

 

 

AMEN

 

 
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