AU FIL DES HOMELIES

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PORTER LA CROIX AVEC LE CHRIST

Ep 2, 12-22 ; Jn 14, 22-26 + Jn 15, 17-27
SS. Simon et Jude - (28 octobre 1994)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

C

ette longue page d'évangile tirée du discours de Jésus au moment où Il va entrer dans sa Passion, cette page que nous lisons pour les apôtres Simon et Jude nous développe trois thèmes principaux qui sont tous essentiels à la fonction apostolique, à la vocation des apôtres.

Le premier thème est celui de l'intimité avec Jésus : "Si quelqu'un M'aime, mon Père l'aimera, nous viendrons à lui et nous ferons chez lui notre de­meure." Et ce premier thème s'achève sur une pre­mière promesse de l'Esprit : "Le Paraclet, l'Esprit viendra en vous pour vous rappeler tout ce que je vous ai dit." L'apôtre, c'est d'abord celui qui vit dans l'intimité de Jésus. Et cette intimité, l'Esprit saint ne cesse de la renouveler de la réactualiser au cœur de l'apôtre dont le premier rôle est ainsi d'être celui qui vit de Jésus, qui vit avec Jésus, qui vit avec l'Esprit de Jésus, en qui l'Esprit façonne la présence et la res­semblance de Jésus.

Le deuxième thème est celui qui est déve­loppé à la fin de cette page d'évangile : "Vous serez mes témoins, parce que vous êtes avec Moi depuis le commencement." Les apôtres sont ceux qui témoi­gnent du Christ, qui manifestent le Christ, qui vont jusqu'aux extrémités du monde pour dire le Christ. Et là encore, la promesse de l'Esprit vient étayer cette mission apostolique : "Le Paraclet viendra, Lui qui vient du Père pour me rendre témoignage." Vous serez mes témoins parce que l'Esprit saint me rend témoignage. C'est le témoignage, non pas le vôtre, même si vous avez vécu avec Moi, mais c'est le té­moignage de l'Esprit en vous. C'est la fonction apos­tolique par excellence puisque leur parole s'est élan­cée jusqu'aux extrémités du monde pour que la bonne nouvelle soit proclamée à toutes les nations.

La troisième caractéristique de l'apôtre est longuement développée dans cette page et l'épître aux Ephésiens lui fait écho. C'est ce qui occupe toute la partie centrale de cette page : "Si le monde vous hait, sachez qu'il M'a pris en haine avant vous. Si vous étiez du monde, le monde vous aimerait, mais parce que Je vous ai tirés du monde, parce que Je vous ai choisis, alors le monde vous hait comme il Me hait Moi-même, et comme il hait mon Père." L'apôtre c'est quelqu'un qui porte dans sa chair, dans sa vie, dans son histoire la croix de Jésus, la persécution dont Jé­sus le premier a été la victime. Et l'apôtre c'est celui qui est crucifié avec le Christ. Et l'Epître aux Ephé­siens développe ce thème.

Les apôtres, comme le Christ, sont ceux dans la chair de qui a été tuée la haine. S'ils sont l'objet de la haine du monde, comme Jésus a été l'objet de la haine du monde, c'est parce que, dans la chair du Christ, comme dans la chair de ses disciples, la haine est tuée définitivement :"Voici qu'après moi, dans le Christ Jésus, vous qui étiez loin vous êtes devenus proches, grâce au sang du Christ. En Lui a été dé­truite la barrière qui séparait les hommes les uns des autres, Lui qui a supprimé en sa chair la haine." Jé­sus est mort sur la croix, victime de la haine des hommes, parce qu'Il venait pour supprimer la haine. On n'est capable de supprimer la haine qu'en com­mençant en soi, la subir sur soi, en être victime. C'est le chemin de la croix. Le Christ a réconcilié les hom­mes parce qu'il a endossé la haine qui était dans le cœur des hommes, parce qu'Il a accumulé en Lui toute la haine des hommes et son amour a été plus fort que la haine. Son amour est devenu source de ré­conciliation, il est devenu la paix, "la paix pour ceux qui étaient loin, la paix pour ceux qui étaient pro­ches", la paix pour Israël qui était le peuple choisi, proche de Dieu, la paix pour les païens qui étaient éloignés des promesses et qui, réconciliés, par-delà toute haine, dans le Christ Jésus, sont devenus pro­ches de loin qu'ils étaient.

C'est en étant victime de la haine des Juifs qui n'ont pas voulu reconnaître en Lui le Messie, c'est en étant victime de la haine des romains qui l'ont crucifié comme un vulgaire malfaiteur, c'est en étant victime de ces haines conjuguées que Jésus est devenu la Paix. Et cette paix qu'Il édifie dans sa croix, dans sa souffrance, dans sa mort, Il en fait aussi le témoi­gnage central des apôtres : "S'ils m'ont haï, ils vous haïront avec Moi !" comme Moi et ils vous persécute­ront parce qu'ils M'ont haï Moi et mon Père. Vous porterez la croix dans votre chair, et les apôtres Simon et Jude, comme les autres douze sont morts martyrs portant en eux la croix du Christ, la persécution du monde, la haine du monde, ils portent en eux cette haine pour la vaincre par un surcroît d'amour. C'est cela la leçon de l'évangile. Il n'y a pas d'autre manière de vaincre la haine que d'aimer. Et d'aimer assez pour transmuer en son propre cœur la haine reçue en amour donné, une possibilité de rayonner un amour plus fort que toute haine, plus fort que toute persécution et que toute agression.

Ceci n'est pas évident, ceci n'est pas facile, mais c'est pourtant ce que les apôtres ont vécu, ce pourquoi ils ont été envoyés. Mais ce qui fonde leur intimité avec Jésus, elle va jusque-là, et ce qui fonde leur témoignage, c'est de cet amour-là qu'ils sont té­moins.

Alors, toute l'Église, à la suite des apôtres, est témoin de cet amour plus fort que la mort, de cet amour plus fort que la haine, non pas simplement parce qu'il ferait que notre cœur serait exempt de la haine, mais parce que même s'il y a de la haine autour de nous, de la haine dans le monde, même s'il y a de la haine dont nous sommes l'objet, il faut que nous soyons tellement remplis de l'amour du Christ pour que cette haine vienne se briser sur ce surcroît d'amour. Il n'y a pas d'autre moyen de sauver le monde. Ne nous faisons pas d'illusion, nous n'avons pas de recette pour imposer la paix, pour imposer l'amour. L'amour ne s'impose pas, l'amour subit, l'amour souffre et l'amour est vainqueur en souffrant, en étant refusé, mais en étant plus fort que ce refus.

Voilà ce que nous apprennent les apôtres, voilà ce que nous apprennent saint Simon et saint Jude, voilà ce que nous apprennent tous les martyrs, toute l'histoire de l'Église. Et dans cet amour plus fort que la mort, se proclame, se donne, se communique la paix et s'édifie cette demeure de paix dont parle saint Paul, cette construction qui s'ajuste et s'agrandit en un temple saint dont Jésus est la pierre d'angle et dont les apôtres sont les fondations et dont nous sommes les pierres vivantes.

 

 

AMEN

 

 
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