AU FIL DES HOMELIES

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LE REGARD DE L'AUTRE

Ep 2, 12-22 ; Jn 14, 22-26 + Jn 15, 17-27
SS. Simon et Jude - (28 octobre 2000)
Homélie du Frère Jean-François NOEL

 

M

éfions-nous de prendre ces apôtres pour des héros d'une odyssée. L'évangile n'est pas l'Iliade et l'Odyssée, l'évangile c'est de l'ordinaire qui devient de l'éternel, c'est du pain qui devient le Corps du Christ. La base de l'évangile, c'est le pain, la pâte humaine, c'est l'homme, et non pas l'héroïsme. En projetant un peu vers l'avant ces apô­tres, nous aurions pu avoir l'impression que le Christ en les rencontrant transforme, "évolutionne" leur vie, les modifie.

Jésus choisit l'homme, parce que chaque homme peut être le porte Parole, le porteur de l'évan­gile, la demeure, c'est ce que le Christ vient de dire à la question de Jude : "Comment se fait-il que Tu dois te manifester à nous et non au monde ?" Ce qui se traduirait ainsi : comment se fait-il que Tu nous aies choisi nous ? Il a choisi des hommes de l'ordinaire de l'humanité, pour porter l'extraordinaire du message de Dieu. Il y a cependant une réelle conversion, Simon et Jude rencontrant le Christ, sont retournés, mais c'est la même nature de Simon et de Jude qui se trouve au service de l'évangile, c'est celle qui est avant la ren­contre, ce n'est pas une autre nature. Il y a une pro­fonde continuité dans la façon dont Dieu vient épou­ser l'humanité et la mène à son terme, à son épanouis­sement sans la contredire. Et nous fêtons des apôtres qui ont les pieds bien ancrés dans cette église par ces douze piliers qui en sont le symbole, comme nous-mêmes sommes plantés dans cette humanité pour nous ouvrir et nous éveiller à la rosée de l'évangile, notre ramure s'en trouverait moins desséchée, il man­querait des choses, comme cette profonde musique, la solution de ce que nous sommes comme énigme, comme singularité.

Ce que nous sommes ne peut être totalement dit et dévoilé qu'au contact de Dieu. C'était le premier point.

Le second point : nous avons besoin entre nous humains, de nous connaître, de nous reconnaître, et nous avons besoin, même si nous le confessons parfois sous forme de faiblesse, que les autres nous reconnaissent pour ce que nous sommes, évaluer la valeur que nous essayons d'avoir, c'est comme un jeu d'images qu'il y a entre nous qui n'est pas d'ailleurs toujours peccamineux. Nous ne commençons à exister que par le regard de l'autre. Le Christ en recevant les apôtres, les reconnaît profondément, ils ne sont pas une sorte d'instrument, écrits sur un livre blanc dans le ciel, où l'on verrait écrit : un tel, telle mission. Le zèle de Simon devient son consentement au martyre. Les qualités de chacun de nous sont qualités pour l'évangile, si elles rencontrent un jour la pâte, le le­vain qui les réorientera, qui les fera lever dans le bon sens, ces qualités se développeront, ou à l'inverse s'étioleront, mais nos talents notre humanité sont la matière première. Vouloir les contrarier, ne pas vou­loir les offrir c'est s'opposer à ce dont l'évangile a besoin car le Christ nous choit pour continuer à ré­pandre cette Parole, qu'elle soit entendue proclamée et devienne vie.

Frères et sœurs, à la suite des apôtres, avec le zèle et l'enthousiasme qui ont dû caractériser leur vie, avec leurs questions aussi, au fond, qu'avec ce que nous sommes comme hommes, que Dieu fasse de nous des témoins privilégiés, à la manière de ce que Dieu veut pour le monde, à travers nous.

 

 

AMEN

 

 
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