AU FIL DES HOMELIES

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ÉGLISE MUSÉE OU ÉGLISE VIVANTE ?

Ep 2, 12-22 ; Jn 14, 22-26 + Jn 15, 17-27
SS. Simon et Jude - (28 octobre 2003)
Homélie du Frère Bernard MAITTE

 

C

omment se fait-il que tu te manifestes à nous et non pas au monde " demande l'apôtre saint Jude que nous célébrons aujourd'hui ? Aussi bien saint Jude que saint Simon ont des caractères bien trempés. Cela se voit dans l'épître écrite par saint Jude qui essaie d'arracher à l'ignominie des faux docteurs et des blasphémateurs, tous ceux qui suivent une fausse doctrine. Il aura cet avertissement qu'il y aura un choix à poser et qu'il faut garder, pour le chrétien, le commandement de l'amour, ce que nous avons entendu proclamer dans l'évangile. Simon, dit le Zélote, comme je vous l'ai dit à l'introduction, et qui était l'introduction du missel romain, passe certainement pour une de ces terroristes, celui qui allait contre l'empire romain qui avait envahi son pays et qui essayait de se libérer de cet envahisseur.

Des caractères bien trempés. Pourtant, pourquoi d'abord les célébrer ensemble ? La question reste entière, le fêtes liturgiques ont parfois leur voile. Mais toujours est-il que ce que l'on célèbre, ce n'est pas d'abord leur caractère, c'est le fait qu'ils soient apôtres. Quand on célèbre un apôtre, on célèbre la nature de l'Église. Ce qui est intéressant dans le passage d'évangile que nous avons écouté, c'est justement l'interrogation de Jude, il se demande pourquoi Jésus-Christ n'est pas venu pour le monde ? Pourquoi s'adresse-t-il aux apôtres ? Et ensuite, le Christ invite, en disant que ce message, même si le monde le hait, ce message doit être entendu, il doit être proclamé, il doit être diffusé. Ce qui est intéressant, c'est qu'il n'est pas diffusé comme on pourrait avoir l'habitude, d'un message divin, c'est-à-dire que ce n'est pas un message qui tombe tout cuit de manière transcendantale de la bouche de Dieu et dont les hommes n'auraient plus qu'à recevoir comme une sorte de poids mort sur la tête, une sorte de Somme Théologique qu'il faut avoir pour croire, pour suivre Dieu et pour l'aimer. Autrement dit, le message évangélique, ce n'est pas le coran !

Mais toujours est-il que ce message, il est à diffuser, mais il passe par des hommes. C'est ce qui d'ailleurs, à propos de la question de Jude va permettre à Jésus de dire des choses, du coup très importantes : "Qui vous écoute, m'écoute. Qui vous aime m'aime. Qui vous hait me hait". Jésus n'a rien écrit, aucun livre. Pas de missel romain, pas d'évangile, pas de pontifical, rien. Pourtant, deux mille ans après dans l'Église on a l'habitude d'écrire beaucoup de livres sur la foi, on a l'habitude de sortir encore des rituels, etc … Mais ce n'est pas la nature de l'Église. La nature de l'Église est évangélique, c'est-à-dire qu'elle doit transmettre le message. C'est si vrai que le message est vivant de par le fait que des hommes aiment Dieu et reçoivent de cet amour de Dieu ce caractère de l'apostolicité : "Si vous gardez ma Parole et que vous m'aimez" (si vous m'aimez, vous garderez ma Parole, c'est la même chose), alors le monde sera évangélisé, alors le monde comprendra". Alors le monde suivra Dieu.

C'est vrai en particulier pour quelques-uns, c'est pourquoi d'ailleurs pour l'ordination d'un évêque, lorsque après lui avoir imposé les mains et qu'on dit la prière de consécration d'un évêque, on tient au-dessus de lui l'évangile qui est tenu par des diacres, ouvert au-dessus de sa tête. C'est bien la Parole qui lui est donnée. C'est pourquoi la révérence que l'on fait à l'évêque, c'est celle que l'on fait pour le Christ : "Qui me voit, voit le Père, et qui vous accueille, m'accueille. Qui entend votre parole, c'est ma Parole qu'il entend". Je trouve que c'est beau. Pourquoi ? Parce que Jésus fait de nous son évangile. Nous ne sommes pas extérieurs à la Parole, au Verbe fait chair. Nous ne sommes pas loin de la proclamation de l'évangile, parce que par notre vie nous sommes l'évangile qui s'écrit aujourd'hui pour les hommes. C'est cela le caractère apostolique, si bien défini par saint Paul dans l'épître que nous avons lue : "L'Église édifiée sur les différents chrétiens, les différents ministères qui ont pour fondation les apôtres et le Christ comme pierre angulaire". Christ est pierre, les apôtres sont pierre, et nous sommes pierres vivantes. Nous sommes de la même teneur, la même qualité, de la même divinité. Si notre Église aujourd'hui est une Église vivante, c'est parce que son rôle principal, sa nature particulière, c'est d'être missionnaire. Ce n'est pas d'être conservatrice.

L'Église, il faut peut-être le redire n'est pas là d'abord pour conserver des rites et des formules toutes faites, et pour être sûrs qu'on ne perd rien et qu'on va ainsi transmettre le message. Ce serait alors une Église musée. Aujourd'hui notre monde adore les musées, mais les tableaux sont faits pour être mis dans des maisons, dans des châteaux, dans des églises, ils ne sont pas faits pour être mis dans des musées. Surtout, n'ayons pas la conception moderne de notre monde, ne transformons pas notre Église en musée, ce serait la dénaturer. L'Église, c'est le message vivant porté par chacun des baptisés, fondé sur les apôtres dont le Christ est pierre angulaire, parce que "qui vous écoute, m'écoute, qui vous aime, m'aime".

 

 

AMEN

 

 
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