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UN TRÉSOR À PARTAGER

Ep 2, 12-22 ; Jn 14, 22-26 + Jn 15, 17-27
SS. Simon et Jude - (28 octobre 2011)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Simon et Jude - Bannière de procession - Thenay

F

rères et sœurs, les deux apôtres que nous célébrons aujourd'hui ne sont pas des apôtres très marquants, comme Pierre, Jacques ou Jean. Ils font partie du groupe, ils font partie des douze, ils ont suivi le Seigneur, et ensuite ils ont assumé la mission que Dieu leur avait donnée. On sait peu de chose d'eux, on a gardé une petite épître attribuée à Jude, qui demande surtout de rester dans la doctrine vraie et de ne pas se laisser égarer par des faux docteurs, par des fausses théories et des bruits qui courent, donc de ne pas se laisser aller à écouter telle chose ou telle autre, mais de rester véritablement enraciné dans l'annonce de la foi au Christ mort et ressuscité.

Nous savons aussi, Jude, celui dont nous venons d'entendre un petit mot dans l'évangile de saint Jean, ce Jude dit au Seigneur : "Comment se fait-il que tu te manifestes à nous et non pas au monde ?" Notre souci n'est pas de bâtir une biographie, pour la plupart des apôtres, on n'y arriverait pas, mais ce qui est important dans une fête comme celle-ci, c'est de nous rappeler ce qu'ils ont été. Tout ce que nous croyons aujourd'hui est contenu dans le temps que Jésus a passé avec ses disciples. Tout ce que nous disons dans le Credo, tout ce que nous prêchons, ce que nous annonçons, tout ce que nous trouvons dans les évangiles, a sa véritable source dans ces échanges, cette fréquentation, cette connaissance intime et amicale que Jésus et les disciples ont entretenu entre eux.

Jude, Simon et tous les autres ont fait partie de ce petit groupe. C'est pour cela que nous les fêtons. Nous les fêtons un peu comme lorsqu'on fête ses parents et ses proches, on sait qu'on fête ceux grâce à qui nous existons. Pour les apôtres, c'est la même chose. Ils nous ont transmis la Parole de vie. C'est pour cela que la question de Jude est belle : "Comment se fait-il que tu te manifestes à nous, et non pas au monde ?" Cette question n'est pas une sorte de retrait ou de distance, comme si Jude disait : pourquoi tu nous annonces cela à nous et que tu ne l'annonces pas publiquement, pour quoi ne fais-tu pas plus de publicité ? Ce n'est pas cela que ça veut dire. Jude dit à Jésus au moment où Jésus leur donne son témoignage, son testament : "Ce que tu nous dis là est tellement précieux ; comment se fait-il que nous soyons les seuls à le recevoir ?" C'est l'apôtre, c'est celui qui a compris que ce qui lui était confié, ce qui lui était dit, ce qui lui était révélé est si grand, si profond, le touche si intimement qu'il est comme ébloui d'avoir reçu cela, et se demande pourquoi les autres ne sont-ils pas aussi au courant ?

D'une certaine manière, c'est l'Église. Pourquoi l'Église est-elle apostolique ? Ce n'est pas parce qu'elle répète ce qu'ont dit les apôtres, si c'était cela, l'Église serait comme une sorte de MP3 qui repasse toujours en boucle les mêmes rengaines. Non, l'Église est toujours émerveillée par la Parole qu'elle a reçue des apôtres, reçue des générations précédents, reçue de ceux qui d'une manière ou d'une autre par leur sainteté, leur vie, leur foi, ont approfondi cette Parole et qui se dit sans cesse : comment se fait-il que tout cela n'est pas encore mieux connu, n'est pas encore plus proclamé, n'est pas encore plus annoncé ? C'est là le cœur de notre vie d'apôtre.

Notre vie d'apôtre n'est pas une grande entreprise publicitaire pour être connue, pour avoir plus d'adeptes, pour s'imposer davantage et faire valoir ses intérêts, tout cela n'a jamais été dans l'histoire de l'Église. Mais notre but est à la fois de mesurer le trésor que nous avons reçu : "Dieu a tant aimé le monde qu'il nous a donné son Fils unique" et de mesurer par rapport à cela tous l'écho que cela devrait susciter, tout ce qui devrait encore être dit et proclamé pour atteindre tous ceux qui manquent cruellement de cette Parole. C'est pour cette raison que nous aussi, d'une manière ou d'une autre nous sommes des apôtres. Certes, nous n'allons pas parcourir les continents pour annoncer l'évangile, la plupart d'entre nous, ce n'est pas cela qui nous est demandé, mais nous sommes dépositaires de cette Parole si précieuse, si grave qui peut tellement engager de choses dans la vie d'un être humain que cette Parole-là nous ne pouvons pas la garder pour nous. Au fond, être apôtre c'est avoir perçu de l'intérieur le poids de la Parole, la beauté de la Parole, la splendeur de la Parole et de reconnaître que c'est presque trop grand pour nous et qu'il faut la partager.

Voyez-vous frères et sœurs, c'est cela la véritable vie chrétienne. Par des gestes tout simples dans la vie familiale, dans les échanges, dans les contacts que nous avons les uns avec les autres, il y a des moments où effectivement on se rend compte que dans notre cœur nous portons un trésor et que nous pouvons le partager. Que par l'intercession de Simon et de Jude, nous soyons nous-mêmes à notre tour des apôtres comme eux l'ont été. Que nous puissions dire véritablement au Seigneur : comment se fait-il que tu nous aies dit cela à nous et non pas au monde ? Je crois qu'à ce moment-là le Christ nous répondra : si je vous l'ai dit à vous, c'est pour que vous le disiez à tout le monde.

 

AMEN