AU FIL DES HOMELIES

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L'AUDACIEUX ABANDON

Jb 19,13-27

(19 avril 2000)

Homélie du Frère Yves HABERT

C

es textes qui fleurent bon le Carême, j'ai même désiré réentendre la lecture des Laudes ce matin, pour entrer dans une sorte de Lectio Divina, rumination de la Parole, cet exercice que nous avons fait pendant tout ce Carême. C'est comme les "tubes" qu'on a entendu pendant tout l'été, on a beau être rentrés, on a beau être en automne, on a envie de réentendre ce "tube" qui est passé sur toutes les radios pendant tout l'été et qui nous replonge dans le sable. Mais ici, de réentendre ces textes, nous sommes replongés en plein Carême, dans la cendre.

       Et pourtant, avec les beaux jours qui viennent, on se dit que le Carême est déjà fini ... Et l'on recherche les résolutions : oui, j'ai bien dû prendre des résolutions en début de Carême, je les ai inscrites quelque part, dans un endroit bien assuré, mais la feuille s'est envolée par la fenêtre et tout est parti de ce que j'avais noté si précieusement sur mon petit papier ! Et le paradoxe, c'est que je me rappelle simplement les résolutions que je n'ai pas pu tenir et c'est peut-être mieux ainsi, parce que je crois que le Sauveur nous tient mieux par l'humilité que par cette espèce d'assurance des bonnes œuvres. Pourtant, j'étais décidé à mener le bon combat, un combat spirituel dont on sait qu'il est aussi brutal que les batailles des hommes entre eux, un combat pour se lancer contre un ennemi. Qui est cet ennemi ? Un combat contre son prochain ? Non, ce n'est pas la "Jihad", même si je n'ignore pas que ce mot a changé de sens au cours des siècles. Est-ce un combat contre soi-même ? Non, parce que ce serait contre l'image de Dieu, il ne s'agit pas de briser le miroir et de briser ce que Dieu a semé de vie en nous. Un combat contre qui alors ? Sans doute contre ce qui défigure l'image de Dieu en nous, mais aussi un certain combat contre Dieu lui-même.

       Il manquait quelque chose à la Bible : le livre de Job vient combler ce manque, et dans ce livre de Job il y a un sommet, un paroxysme dans la douleur... ce passage que nous venons de relire dans lequel Job ne trouve rien de plus aimable à dire à ceux qui sont autour de lui comme des mouches, des guêpes, à ceux-là qui disent : "C'est le Bon Dieu qui t'a puni", il ne trouve rien de plus aimable à dire que : "Pourquoi vous acharner sur moi comme Dieu lui-même ?" Il y a quelque part dans la Bible, et c'est au livre de Job chapitre dix-neuvième, le cri d'un homme qui dit que Dieu est son ennemi, Job, l'homme de Hus, le Hussite, le hussard sur son tas d'ordures, il ose appeler Dieu son ennemi.

       Et moi, j'ai à peine commencé mon combat, j'ai à peine parcouru le tiers du quart de ce qu'a vécu Job. Vais-je désespérer de ne pas avoir mené le bon combat ? Je crois que même si je désespérais, et c'est la confidence que m'ont fait aussi certains d'entre vous, même si je perdais l'espérance, il y aurait ce texte de saint Jean Chrysostome devant le grand feu nouveau de Pâques, ce texte qui a le génie de nous faire marcher vers le soleil de Pâques, et si je désespérais encore il y aurait ces deux mots de Thérèse de Lisieux : "L'audacieux abandon". Je resterai là à fixer le soleil de Pâques avec un audacieux abandon. C'est peut-être cela que j'ai à chercher pour trouver cet acte de courage, cet acte pour sauver ma peau, cet acte qui va me permettre de rentrer dans la joie de Pâques, dans cette joie des catéchumènes, dans cette joie de l'Église.

       Mais quel est cet acte que je dois faire coûte que coûte d'ici samedi soir ? Sans doute de me rendre, comme on se rend quand l'ennemi a été le plus fort, d'agiter mon petit drapeau blanc, de me dire que jamais on ne tire sur un drapeau blanc parce que c'est sacré, c'est comme Dieu, de lever mes mains, bien haut, de déposer tout ce que j'ai pu dresser contre Dieu, contre mon prochain, de consentir, parce qu'alors, je n'ai plus qu'à suivre comme à un enterrement, mais c'est un enterrement d'un vivant, je n'ai plus qu'à suivre, parce que c'est Lui qui fait les frais. Alors, je consens, j'accepte, je me rends, je demande pardon, je lève bien haut les bras et je m'avance.

       Et là, il se passe quelque chose d'extraordinaire, d'inédit, de très particulier, d'imprévu, à ce moment-là, Dieu arrive devant moi et il se rend, lui aussi. Lui aussi a levé les bras, lui aussi a tout déposé, parce que c'est l'Heure où on le traîne, c'est l'Heure où on le hisse, c'est l'Heure où on Lui perce le flanc, c'est l'Heure où Il livre son cœur qui brille, Il a tout pardonné, Il a tout donné. Il lève les bras pour s'avancer vers moi, comme le prêtre qui fait un grand signe de croix au-dessus du pénitent. Il lève les bras, Il consent, Il a pardonné, Il nous a relevés avec ses bras grands ouverts, on les a même fixés sur la croix pour qu'au moins Il ne bouge plus. Alors Il peut dire à son Père: "Vois, je n'ai plus d'ennemis, l'homme n'est plus mon ennemi, j'ai pardonné aux hommes, et même regarde l'homme qui s'avance, lui aussi les bras bien hauts, l'homme m'a pardonné, l'homme de Hus, le Hussite m'a pardonné, il a accepté, il a consenti, il est rentré dans mon plan. Et maintenant puisque nos bras sont grands ouverts nous pourrons rentrer en communion".

       Si vous hésitez encore, demandez à Marie, parce qu'elle a le génie de "parler Dieu" à Dieu, elle a le génie de consentir, comme elle a consenti un 25 mars, elle a le génie de consentir, comme elle va consentir après-demain, elle a le génie de consentir, parce qu'elle fait cela dans son ciel dans son dimanche de Gloire.

 

       AMEN

 

 
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