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ALLEZ DE L'AVANT

Rm 8, 31-39 ; Jn 17, 4-11 + 24-26
Mercredi Saint - Célébration pénitencielle de réconciliation - année A (20 avril 2011)
Homélie du Frère Christophe LEBLANC


Passez le seuil …
Frères et sœurs, nous voici au seuil d’une nouvelle semaine sainte, le mot même signifie quand on est sur un seuil, on peut regarder l’intérieur de la maison et se retourner et regarder le jardin, ou à défaut la rue. Ce soir nous sommes donc au seuil de la semaine sainte, quelle est notre tentation ? Est-ce que c’est de nous retourner et de regarder un nouveau carême qui vient de passer ? Un carême qui s’est passé différemment selon vous ? bien, pas bien, difficile, vous n’êtes pas arrivés à ce que vous vouliez faire, vous êtes en dessous du niveau, vous allez redoubler votre classe, vous êtes désespérés ? Ou alors, allez-vous regarder de l’avant ?

J’en profite peut-être pour faire un sermon plus court, pour rajouter une autre lecture. Elle est tirée de l’épître aux Philippiens : « Le connaître (c’est-à-dire le Christ), lui avec la puissance de sa résurrection et la communion à ses souffrances, devenir conforme dans sa mort afin de parvenir si possible à ressusciter d’entre les morts. Non que je sois déjà au but, ni déjà devenu parfait, mais je poursuis ma course pour tâcher de saisir ayant été saisi moi-même par le Christ Jésus. Non, frères, je ne me flatte point d’avoir déjà saisi, je dis seulement ceci : oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l’avant tendu de tout mon être et je cours vers le but en vue du prix que Dieu nous appelle à recevoir, là-haut, dans le Christ ».

Frères et sœurs, il est donc question aujourd’hui non pas de se retourner et de faire un bilan, (c’est vrai que c’est très à la mode dans les entreprises de faire un bilan), mais je crois que nous serions trop désespérés de notre faiblesse, de notre lâcheté, de notre péché, etc … etc … et j’en oublie, sans parler des mensonges, des trahisons et des colères. Mais je crois comme le dit si bien saint Paul, que la seule chose qui importe, c’est de regarder de l’avant. La seule chose qui importe c’est de ne pas nous laisser paralyser par les choses que nous n’avons pas su réaliser, ou que nous aurions voulu faire, mais c’est d’aller de l’avant.

Or ce soir, ce qui nous est donné de contempler, c’est non plus un nouveau carême avec ses imperfections, mais la semaine sainte : le Jeudi Saint, le Vendredi Saint, et ce Samedi où rien ne semble se passer, ce grand silence en attendant que la Résurrection fasse son œuvre dans la nuit. Or, et c’est normal, nous sommes aspirés avant tout par les récits du Christ. Nous sommes aspirés par sa Passion, par ce qu’il a subi, mais en même temps par ce qu’il a su prendre à bras le corps, le poids de cette croix qu’on lui a imposé, et en même temps le salut et cette prière donnée à tous les hommes et même à ses bourreaux.

Ce soir, j’ai voulu vous proposer l’envers de ce que nous allons vivre au Vendredi Saint. Il n’y aurait pas eu une telle Passion, dans tous les sens du terme, si elle n’avait pas été précédée par cette prière du Fils à son Père. Je ne sais pas si vous vous en souvenez (si ce n’est pas le cas, ce ne sera pas très grave), au début de ce carême, je vous avais invité à réfléchir sur la place de la prière dans votre vie. Et j’avais pris un texte dans lequel les apôtres voyaient comme de loin, le Christ prier mais sans jamais pouvoir accéder à sa prière intime. Ce soir, et c’est la raison pour laquelle j’ai pris ce texte que nous allons d’ailleurs entendre demain soir au reposoir, nous entendons la partie intime, et je le répète, la partie sans laquelle il n’y aurait pas ce qui va se passer après. Le Christ nous montre cette continuité entre cette communion entre lui et son Père, cette communion dans laquelle il veut faire rentrer ses disciples témoins de cette prière, et puis le don de sa vie. Car on peut encore le redire, s’arrêter à la Passion du Christ, ce serait encore pour beaucoup d’entre nous, se demander ce que nous sommes capables de faire, le Christ serait comme un héros capable de faire des choses incroyables, que nous ne pouvons pas faire par nos propres forces, et nous aurions bien raison. C’est la raison pour laquelle cette Passion que nous allons vivre, elle ne s’explique véritablement que par cette prière dont nous avons entendu un extrait.

Frères et sœurs, je ne sais pas où en est votre prière, elle n’est peut-être pas très élevée, comme la mienne, mais cela n’a aucune espèce d’importance. En fait, il n’est pas question de quantité, il n’est pas question de se dire : j’aurais dû venir prier plus souvent à l’office, j’ai acheté le Magnificat exprès, et puis il y a peut-être encore la couverture plastique dessus. Il n’est pas question de tout cela, il est question de faire l’unité de notre vie entre le peu de prière que nous avons pu vivre et en même temps le témoignage que nous pouvons en rendre dans notre vie. Si nous avons une vie de prière absolument extraordinaire mais que nous ne sommes pas capables de la transmettre à nos frères et sœurs, c’est du gâchis. Mieux vaut encore en avoir peu et être comme le Christ ce véritable transmetteur entre ce qu’il vit avec son Père, ses apôtres et tous ceux qui vont être les témoins de sa Passion.

Frères et sœurs nous sommes sur ce seuil, je vous invite à le franchir et à vous tourner résolument vers le Christ, en laissant de côté tout ce que vous n’avez pas su faire, tous vos péchés, et tourner résolument votre visage non pas vers un héros absolument inhumain, mais au contraire, vers Dieu fait homme, qui à travers son humanité a voulu jusqu’au bout, vivre cette communion si importante entre Dieu et l’humanité. C’est à cette même communion que nous sommes invités en ce jour, communier avec le Christ souffrant et communier avec chacun des membres de son Corps, nos frères, et nos sœurs, c’est la seule chose qui importe.

 

AMEN