AU FIL DES HOMELIES

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LAISSONS LE CHRIST POSER SON REGARD SUR NOUS

Is 50, 4-9 ; Ph 2, 6-11 ; Lc 22, 14 – 23, 56
Dimanche des Rameaux – année A (5 Avril 2020)
Homélie du frère Daniel BOURGEOIS

Rameaux Jrusalem B

Rameaux à Jérusalem

Cette homélie a été prononcée en studio pendant la période de confinement que nous connaissons, et communiquée à l’assemblée paroissiale par le site internet de la paroisse.

 

Bonjour à tous frères et sœurs, et bonne fête des Rameaux, même si nous ne pouvons pas la célébrer avec le même enthousiasme et la même spontanéité que celle que nous avons connue les précédentes années. Mais au fond, ça ne fait rien parce que les Rameaux sont les Rameaux. C’est ce moment de joie intense, d’exultation d’une population, les contemporains de Jésus, qui est heureuse de pouvoir reconnaître en Lui une possibilité de vivre en plus profond, en plus joyeux, en plus grand, ce qu’elle veut partager avec Lui.

Dans les Rameaux, il y a une sorte de bonheur et d’extraordinaire confiance de la part de cette humanité de Jérusalem. Tout le monde ne participe pas à la fête, il y a toujours des gens qui font un peu la tête. Mais la foule éprouve le bonheur de découvrir le Fils de Dieu. « Hosannah », c’est-à-dire le fils de David, le messie, le Meshiah, le Christ.

Je voudrais vous l’expliquer à partir d’une photo très réaliste. Ce n’est pas un chef d’œuvre pictural ni photographique, mais simplement une photo assez spontanée, prise du bord du mont des Oliviers. Au premier plan, on voit une sorte de grand fossé : c’est le début de la vallée du Cédron, qui descend de droite à gauche et qui s’en va vers le désert. Puis, il y a la muraille. Certes, ce n’est pas celle que Jésus a vue. Cette muraille-là a été construite au début du XVIe siècle par le sultan Soliman. Et juste derrière on voit la mosquée d’Omar, cette mosquée dont les architectes étaient chrétiens car les populations arabes du désert au VIIe siècle n’avaient pas tout à fait l’idée de ce que pouvait être la construction d’une coupole et la réalisation de mosaïques aussi belles que celles qui sont là. C’est la mosquée qui, dans l’imaginaire musulman, est censée remplacer le temple. Derrière, on voit la ville de Jérusalem : à la fois la vieille ville avec son tissu très serré de bâtiments anciens puis au-delà la ville plus moderne que les Israéliens ont construite petit à petit depuis la Première Guerre mondiale.

On ignore si un jour Jérusalem pourra avoir le statut qui avait été défini dès 1948 de ville internationale. Après la guerre, ce n’était pas simplement un vœu religieux, mais le désir que tous avaient de trouver un lieu qui serait une ville ouverte : Jérusalem ville ouverte. Il faut bien avouer que depuis quelques années, ça n’en prend pas tout à fait le chemin. C’est bien regrettable car ce serait le seul moyen de pouvoir vivre en paix ensemble.

C’est ce que nous voyons nous sur la photo. C’est la base de notre célébration des Rameaux puisque Jésus ce jour-là, très simplement, descendant de Béthanie après avoir rendu visite à ses amis, Lazare et ses sœurs, regagnait Jérusalem vers l’emplacement du Temple. Il allait descendre au fond de la vallée puis remonter le long de ces murs qui sont actuellement occupés surtout par des tombes. Puis, Il allait se rendre sur l’esplanade du Temple. Le Temple n’avait alors pas du tout la même allure que la mosquée d’Omar, mais c’était quand même cette grande perspective d’un lieu, Jérusalem, que les montagnes entourent. La plupart des pèlerins qui venaient à Jérusalem pour la Pâque passaient par là.

Voilà ce que nous voyons. Mais il y a quelque chose qui m’a toujours beaucoup interrogé : c’est un des derniers regards que Jésus a pu poser sur Jérusalem. Et c’est un peu ce dont il s’agit lors des Rameaux.

Que se passe-t-il pour les Rameaux ? Tout à coup, il y a une sorte de transe et d’intuition prophétique collective. Le peuple pressent la présence et la force spirituelle que peut lui apporter Jésus, le prophète de Nazareth. La foule est prise d’une forme de bonheur et de transe et Jésus, monté sur un ânon, voit à la fois la foule et la ville de Jérusalem. Il voit l’assemblée de tous ces hommes qui L’acclament et en même temps, Il voit cette assemblée qui s’invite elle-même à L’accompagner pour entrer dans la ville qui est la Jérusalem céleste.

Quand on y réfléchit, au moment des Rameaux, Jésus eut cette intuition extraordinaire de la raison pour laquelle Il était venu. Il est venu pour rassembler tout ce peuple dans la Jérusalem céleste, le lieu même de la manifestation du Royaume. On peut imaginer l’espèce de force, de beauté et de grandeur qui a dû traverser le cœur de Jésus. C’est pour ça qu’Il était venu. Il n’était pas seulement venu pour prêcher, pour expliquer, pour guérir tel ou tel. Tout à coup, Il voyait exactement la prophétie de sa mission.

Je pense que nous devrions, en particulier aujourd’hui en ce jour des Rameaux, essayer de graver cette vision dans notre cœur. La vision de Dieu qui voit cette humanité à travers la marche qu’elle entreprend pour L’accompagner, pour L’acclamer avec des palmes et toute la gestuelle qui est si typique du Proche-Orient. Cette foule qui est là pour se laisser saisir et se laisser introduire par le Christ Lui-même dans la Jérusalem qu’Il aime déjà.

Frères et Sœurs, je n’en dis pas plus mais c’est vraiment cela qui doit habiter notre regard aujourd’hui. Oui, le Christ a vu l’humanité, pas simplement dans cette espèce de regard touristique qui apprécie la beauté des bâtiments, de la coupole et de la lumière. Ce n’est pas l’esthétique qu’Il a vue. Avec une petite foule qui L’acclamait et qui marchait à ses côtés, (il ne faut pas imaginer des dizaines et des dizaines de milliers de personnes), Il a vu le mystère, Il a su pourquoi Il était là.

Frères et sœurs, c’est de cela que nous avons à être les témoins. Non pas en refaisant des processions pour tout le monde (de toute façon, cette année on ne peut pas les faire), mais dans la procession même, c’est ce regard-là que nous devrions avoir. Savoir à quel point nous sommes entraînés, portés par le Christ. Il marche à Jérusalem. Il ne va pas encore dans le Royaume, Il est en route mais Il va vers Jérusalem et Il est porté par ce jeune animal, et Il découvre comme Il ne l’a jamais vue la beauté et la grandeur de Jérusalem.

Oui, le Christ encore aujourd’hui admire nos processions des Rameaux, même si nous les faisons dans des salons, dans des petits jardins ou dans des lieux privés. En réalité, c’est un peu la même chose : ce qui compte, ce n’est pas tellement notre regard, c’est le regard de Dieu sur nous et c’est ça notre joie et notre salut aujourd’hui.

 
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