AU FIL DES HOMELIES

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POUVONS-NOUS BOIRE LA COUPE?

Ex 12, 1-14 ; 1 Co 11, 23-26 ; Jn 13, 1-15
Jeudi Saint – année A (9 avril 2020)
Homélie du frère Daniel BOURGEOIS

Cène Alpe d'Huez (Aracabas)

La Cène (Aracabas, l'Alpe d'Huez)

 Cette homélie a été prononcée en studio pendant la période de confinement que nous connaissons, et communiquée à l’assemblée paroissiale par le site internet de la paroisse.

Bonjour, frères et sœurs et bonne fête du Jeudi Saint car ce Jeudi Saint est vraiment une fête. On a petit à petit considéré que c’était la fête du sacerdoce ; c’est partiellement vrai mais en réalité, c’est la fête de l’eucharistie et du service que l’on appelle le ministère à savoir le service de tous au service de tous.

C’est une fête où les laïcs ont tout à fait leur raison d’être car tous ont accès à l’eucharistie dans laquelle ils ont la responsabilité d’être les serviteurs tous ensemble les uns des autres. Etant donné le confinement cette année, nous ne pouvons pas célébrer l’eucharistie, aussi ai-je mis l’accent, dans la préparation que je vous ai envoyée, sur la scène du lavement des pieds. Par le geste de se laver les pieds les uns les autres et que vous pouvez gérer à votre manière, est exprimée la notion de service. Ce soir, il nous faut quand même parler de l’eucharistie et c’est bien connu, on parle mieux de ce dont on est privé.

Nous n’avons pas le texte sur l’eucharistie mais sur le lavement des pieds. Il est étonnant que l’Eglise dans sa liturgie ait insisté sur le geste même du lavement des pieds – mais c’est vrai que c’est le geste de la dernière Cène – et que les deux grands gestes fondateurs de l’existence de l’Eglise, le pain partagé et le service mutuel, aient été magnifiés par le Christ dans la dernière réunion qu’Il a eue avec ses disciples.

J’ai choisi, pour méditer brièvement sur l’eucharistie, un vitrail extrait d’un ensemble que le peintre Arcabas, très célèbre aujourd’hui, a réalisé vers la fin de sa vie, dans les années 1990 à 2000, puisqu’il est mort en 2018. Ce n’est pas aussi célèbre que l’église de Saint-Hugues-de-Chartreuse, une petite église déjà ancienne à laquelle Arcabas a redonné une vigueur et une vitalité par son génie de peintre. J’ai choisi cette œuvre parce que cette scène nous semble "confinée" : les personnages sont comme écrasés dans leur dimension, ils sont sur le bord de l’église. Cette scène n’est pas mise en avant. Devant, c’est l’orgue, c’est une présence musicale qui prend toute la place. La présence d’Arcabas s’étend sur une soixantaine de mètres pour faire le tour de l’église ; il y a mis un certain nombre de scènes tirées de l’évangile de saint Marc. Celle-ci n’est ni plus centrale, ni plus importante que les autres, il l’a mise là comme si l’eucharistie faisait partie de la vie ordinaire, de ce rythme de la vie qui, jour après jour, se déploie, trouve sa force, sa constance, son endurance. J’aurais envie d’intituler ce geste eucharistique de Jésus, "eucharistie de l’endurance". Ce dont nous avons le plus besoin actuellement, c’est de l’endurance !

Cette scène est très belle parce qu’habituellement c’est le pain, le corps du Christ, qui est mis en valeur, alors que là, c’est la coupe c’est-à-dire ce que les Grecs appelaient le « symposium » : c’est le fait de boire ensemble à la santé les uns des autres. D’ailleurs, la parole de Jésus le disait : « Je ne boirai plus du fruit de la vigne jusqu’à ce que je le boive dans le Royaume de Dieu ». Ici donc, c’est cette eucharistie, toute modeste, toute simple, presque confinée et Jésus est là avec ses disciples en disant : « Ça va être terrible, mais il faut que nous posions ce geste ». C’est pourquoi, il est spirituellement important que nous y passions un certain temps maintenant.

Ce vitrail d’Arcabas nous dit deux choses sur l’eucharistie : premièrement, la nappe. Si on la voyait chez soi, elle nous paraîtrait un peu ridicule parce que c’est la nappe à carreaux que l’on avait dans toutes les cuisines des années cinquante. Et c’est peut-être la première nappe qu’Arcabas a vue en allant prendre un repas en famille, une nappe toute simple, qui ne veut pas se montrer ; or en réalité, le motif à carreaux est plutôt voyant, mais ce n’est pas la belle nappe blanche des jours de fête.

L’autre caractéristique, c’est le rouge du tableau qui évoque le sang. On va fêter ensemble et cependant il y a du sang sur les murs. C’est le moment où, quand on va célébrer l’eucharistie, chacun tient sa coupe en sachant que cette coupe va être très dure à boire. C’est la parole que Jésus avait prononcée en parlant aux fils de Zébédée : « Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? » Et c’est un peu cela que nous dit le Christ à ce moment-là. Ce ne sont pas les paroles de la consécration, c’est déjà fait, la coupe a circulé, mais « pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? » C’est vraiment la question qui nous est posée ce soir. Pouvons-nous boire cette coupe ? Nous ne le pouvons pas. Cela nous dépasse. Et cependant, c’est la réalité. C’est pour cela qu’en voyant ce vitrail, en le méditant dans cette douceur violente des tons rouges qui sont là un peu sur tous les personnages (à part un ou deux en bleu ou gris), le rouge reste la couleur dominante.

Frères et sœurs, nous sommes là ce soir, en train de célébrer, non pas une eucharistie mais quand même le geste de l’action de grâce, de l’endurance et du désir que nous avons chacun de boire la coupe que le Seigneur a bue pour nous sauver par sa mort.

 
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