AU FIL DES HOMELIES

Photos

IL LES AIMA JUSQU'À LA FIN

Ex 12, 1-14 ; 1 Co 11, 23-26 ; Jn 13, 1-15
Jeudi Saint - année B (12 avril 1979)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS

Quel sentiment d'amour extraordinaire, quel poids d'amour extraordinaire devait être dans le cœur de Jésus, en ce soir où ses disciples étaient rassemblés autour de Lui, dans la chambre haute, comme pris à l'ombre de ses ailes, blottis, cachés. Jésus savait qu'Il était environné d'un mur de haine féroce, fait de tous ceux qui voulaient lui arracher la vie. Jésus savait, à ce moment-là, que Judas Le livrerait et il était parmi eux, et c'est pourquoi il lui demande alors, de faire vite ce qu'il a à faire. Jésus sait, à ce moment-là, que tout le mal et le péché du monde, traverse même la communauté des siens, de ceux qu'Il avait choisis pour recevoir sa Parole, pour toucher le Verbe de Vie, pour le voir de leurs yeux et L'entendre de leurs oreilles.

Quel sentiment d'amour, quelle force d'amour Il devait éprouver ce soir-là, au moment même où Il leur dit : "Voici mon Corps livré pour vous ! Voici mon Sang versé pour vous !" C'est comme s'il voulait leur faire comprendre que, même s'il devait partir maintenant, Il ne les quitterait jamais complètement. C'est comme si Jésus n'en finissait pas de quitter la terre, comme si Jésus tellement passionné d'amour pour les hommes leur disait tout simplement "Vous savez, je m'en vais auprès du Père, mais je vous promets que Je serai toujours là !"

Oui, l'Église encore aujourd'hui vit de cette promesse que Jésus a faite, à ce moment-là, solennellement à ses apôtres : "Ceci est mon Corps ! Ceci est mon Sang !" Et nous aussi, ce soir, qui sommes rassemblés, nous vivons de cette parole de Dieu : "Ceci est mon Corps " Je vous aime, parmi vous présent, à travers ce signe du pain et du vin, car Moi, Moi réellement, je suis au milieu de vous".

Et pourtant, ce qui devait bouleverser, à ce moment-là le cœur de Jésus, c'était non seulement le sentiment d'une trappe qu'on avait dressé, ces pièges autour de Lui et qui l'enserraient de plus en plus près, au point qu'Il allait bientôt tomber dans le filet qu'on lui avait tendu. Mais ce qui lui faisait le plus mal, en ce soir-là, c'était de sentir ses disciples autour de Lui si craintifs et, au fond, si distants ... Il n'avait pas suffi de ces années d'enseignement, il n'avait pas suffi de ce contact au jour le jour lorsqu'Il leur expliquait les Écritures, qu'Il leur parlait du Fils de l'Homme, qu'Il leur parlait de ses souffrances, de sa Passion, de sa mort, de sa croix. Tout cela n'avait pas suffi. Et Jésus sentait comme un voile d'incompréhension qui se tissait autour de Lui. Ils n'étaient pas de mauvaise volonté. Ce soir-là, eux aussi, devaient vivre intensément ce moment avec leur Maître, pressentant aussi qu'il allait se passer des choses bien mystérieuses. Mais, en même temps ils le vivaient dans une telle distance, dans une telle absence. Il leur avait promis son Corps, Il leur avait promis son Sang, et aucun d'entre eux n'avait envie de manger la Pâque avec Lui. Aucun d'entre eux ne lui disait : "Seigneur reste parmi nous ! Nous T'aimons, Toi".

C'est alors que Jésus, devant cet abîme de silence et d'absence de ses disciples, trouve ce geste merveilleux de leur laver les pieds. Laver les pieds, dans le monde sémitique, c'est accueillir quelqu'un dans sa maison. C'est pour cela que Jésus a choisi ce geste, ce geste d'accueil dans sa maison. Jésus a lavé les pieds de ses disciples en leur disant : "Vous savez que je veux rester avec vous, mais vous savez aussi que je dois aller auprès du Père et là où je vais, vous ne pouvez venir, car je vais dans une demeure, la demeure de mon amour, la demeure de mon Père. Mais ce soir même, entrant dans la Pâque entrant dans ma mort, je suis comme le serviteur, au seuil de la maison de mon Père et si j'entre le premier, j'y entre pour vous y accueillir et pour vous laver les pieds."

Voilà le geste que Jésus a voulu faire ce soir. "Je veux vous laver les pieds à vous mes disciples parce que je ne veux pas vous quitter, ou plus exactement parce que je ne veux pas que vous me quittiez. Je veux que vous veniez avec Moi. Je veux que vous entriez avec Moi dans la maison de mon Père. Je veux que vous me suiviez dans la Pâque que j'accomplis en passant de ce monde à mon Père". Oui, frères et sœurs, depuis que le Christ est mort en croix, Il ne cesse de laver les pieds à chacun de ses disciples, à chacun de ceux qui accueillent la Parole de Dieu. Chaque fois que l'évangile est proclamé c'est le Seigneur Jésus qui se met aux pieds de chacun d'entre nous et qui nous lave les pieds en disant : "Entre maintenant dans la joie de ton Père ! Entre avec Moi par ma mort et ma résurrection ! Viens là où je suis, car c'est là qu'il faut que tu demeures avec Moi !"

Et Jésus choisit le geste d'accueil le plus humble, car ce geste d'accueil était généralement fait par des esclaves.. C'est pour cela que Jésus dit : "Je me suis fait le dernier, je me suis fait l'esclave !" Car pour Jésus, au moment où il sent ses disciples sur le point de le quitter, de le lâcher, pour Jésus cette invitation n'a pas d'autre but. Et au fond, s'il se met aux pieds de ses disciples, c'est comme s'il leur disait : "Je veux bien être le dernier dans la maison de mon Père, mais je t'en supplie, accepte d'y rentrer !". C'est cela que Jésus accomplit, dès ce soir et dans les jours qui vont venir. Le dernier, Il le sera, défiguré, torturé, maltraité, tué, mis à mort, crucifié. Tout cela. Il a voulu être le dernier, tout simplement pour que nous acceptions nous-mêmes d'entrer dans la maison du Père.

C'est cela le geste de l'amour fraternel. Si nous sommes dans la communion de l'Église, c'est parce que le Seigneur s'est fait le dernier, le plus humble, le dernier de tous pour que nous entrions dans la maison de Dieu. Au moment où, ce soir, le célébrant accomplira, au nom de Jésus-Christ, cette parole de Jésus : "Je vous ai lavé les pieds afin que vous fassiez de même, que vous vous laviez les pieds les uns aux autres," sachez, frères et sœurs, que nous ne pouvons faire cela aujourd'hui que parce que Jésus a accepté d'être le plus humble, le dernier. Mais Il l'a accepté pour que nous acceptions à notre tour d'entrer dans la Pâque, d'entrer dans la maison de Dieu, d'être accueilli par Jésus qui nous lave les pieds lorsque nous entrons par ce mystère quotidien de notre mort dans la Pâque, lorsque nous le verrons face à face et que nous serons comblés de son amour. Car, c'est vrai, frères et sœurs, Il nous a aimés jusqu'à la fin de sa vie et Il nous aimera jusqu'à la fin de notre vie, Il nous aimera jusqu'à la fin des temps et jusqu'à la fin des siècles.

 

AMEN

 
Copyright © 2019 Paroisse Saint Jean de Malte - Tous droits réservés
Joomla! est un Logiciel Libre diffusé sous licence GNU General Public