AU FIL DES HOMELIES

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JESUS NOUS A AIMÉS JUSQU'AU BOUT 

Ex 12, 1-14 ; 1 Co 11, 23-26 ; Jn 13, 1-15
Jeudi Saint - année C (3 avril 1980)
Homélie du Frère Jose FABRE

 

"Sachant que l'Heure était venue, de passer de ce monde à son Père, Jésus aima les siens qui étaient dans le monde et Il les aima jusqu'au bout." Cette phrase frères et sœurs, porte toute une méditation et je ne ferai que l'amorcer, souhaitant que chacun de nous puisse la continuer et la vivre dans les heures et les jours qui vont suivre. Il y a des moments dans la vie où l'on sent qu'il faut agir, que l'on ne peut plus reculer ; il y a des moments où l'on sent que l'heure est venue de mettre en pratique nos propres paroles. Et Jésus sait que pour lui l'Heure est venue d'accomplir, de réaliser ce plan d'amour préparé de toute éternité, annoncé par les prophètes, amorcé le jour de l'Incarnation et vécu par lui déjà depuis plus de trente trois ans, quotidiennement. Jésus sent que l'Heure est venue pour lui de donner au monde son dernier message, le grand testament : "Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés". Et Jésus sait que c'est difficile et l'Heure est venue pour lui de le prouver. C'est pour cela qu'il va laver les pieds de ses disciples, parce qu'Il faut aller jusque-là, c'est pour cela que le lendemain Il va donner sa Vie, pour le salut et pour la libération des hommes, parce qu'il faut aller jusque-là. Jésus sait que l'Heure est venue et qu'Il ne peut plus reculer malgré l'angoisse, malgré l'agonie qui se prépare.

Et nous, frères chrétiens, rassemblés ce soir, comme tant d'autres chrétiens, dans les églises, sommes-nous un peuple qui regarde Dieu accomplir son œuvre ou sommes-nous un peuple en qui Dieu, une fois encore, vient accomplir l'œuvre du Salut ? Le monde est toujours à sauver. En chaque génération le Christ agonise souffre et meurt pas seulement une fois par an, le jeudi et le vendredi saints, mais tous les jours à tout instant. Le Christ souffre, agonise à travers tous ces hommes toutes ces femmes, à travers cette humanité qui ne trouve pas toujours sur sa route quelqu'un pour l'accueillir, pour l'écouter la comprendre, Il souffre en tous ces hommes qui n'ont pas toujours un bon samaritain sur le chemin à travers tous ces hommes et ces femmes emprisonnés torturés dans tous les pays, sur la surface de la terre pour leurs convictions, pour leur foi.

Et nous, allons-nous passer de ce monde de la peur de l'égoïsme au monde de l'amour, de l'espérance, au monde où l'on porte du fruit en abondance et en vérité ? Le Christ nous propose ce soir, de lui donner nos humanités, nos vies pour qu'Il nous apprenne à vivre à l'Heure de notre salut. Nous sommes comme le peuple des hébreux esclaves de nous-mêmes, de nos rues, de nos préjugés de nos habitudes, de notre péché. Et le Seigneur nous propose de passer, de vivre la Pâque, sa Pâque, notre Pâque avec lui.

"Sachant que son Heure était venue le Christ aima les siens jusqu'au bout". Lui le Seigneur est allé jusqu'au bout de son amour en préférant mourir plutôt que d'être infidèle à la mission reçue du Père, en préférant mourir plutôt que de se taire ou d'édulcorer le message. Et sur la croix, le Seigneur pourra dire : "Mission accomplie, Je suis allé jusqu'au bout". La veille de sa mort en ce jour que nous célébrons, Il avait déjà donné ce corps qui serait meurtri, ce sang qui serait versé, Il l'avait donné en nourriture pour tous ceux qui voudraient aller comme Lui jusqu'au bout d'eux-mêmes. Le Christ est allé jusqu'au bout de son amour en instituant l'eucharistie, malgré tout le gaspillage que les hommes pourraient en faire au cours des âges, et qu'Il connaissait, malgré l'indignité avec laquelle certains pourraient le recevoir, bien que sachant que ca sacrement de l'unité serait reçu dans des cœurs désunis, rongés par le sectarisme ou par la lutte. Qu'importe ? Le Seigneur veut se donner largement à la multitude pour la nourrir.

Et ce même jour le Seigneur a lavé les pieds à ses apôtres en signe de service malgré les protestations de Pierre, et le Christ est allé jusqu'au bout de son amour par ce geste de service, accomplissant selon la tradition orientale cet accueil du lavement des pieds. C'est le Christ qui invite, c'est le Christ qui reçoit ses apôtres, Il est à leurs genoux. Lorsque le Christ revêt sa tenue de service, Il nous rappelle que si nous n'avons pas tous les jours l'occasion de témoigner notre amour en de spectaculaires évènements, en de grandes circonstances, par contre nous avons tous les jours, à tout moment, l'occasion de témoigner de notre amour par d'humbles gestes de service. Le Christ veut nous faire comprendre que si nous accomplissons ces gestes d'un cœur désintéressé, alors la Vie même du Christ circule en nous. C'est la scène du lavement des pieds qui se continue si ce service est désintéressé, comme il le fut ce soir du jeudi lorsque le Christ lave les pieds à Pierre qui n'y comprend rien, à Judas qui n'est pas encore sorti et qui va le trahir. Le Seigneur veut nous faire comprendre qu'il suffit d'aller jusqu'au bout de soi-même. Et comme aux apôtres, Il nous dit ce soir : "Avez-vous bien compris ce que j'ai voulu faire" ? Jésus veut nous faire comprendre que, pour aller jusqu'au bout de soi-même, il faut être patient c'est l'affaire de toute une vie, d'un long cheminement. Le tout est de vouloir arriver jusqu'au bout, le tout est de ne pas mettre de limites, de ne pas dire qu'on a assez fait. Parfois nous osons dire : "oui je veux bien croire, oui je veux bien me donner mais, jusque-là". Non, frères et sœurs, un vrai disciple de Jésus-Christ ne met pas de limites. Le Christ veut nous faire comprendre que ce signe d'amour, s'il est l'affaire de toute une vie, doit correspondre à une générosité de notre part. Il y a des urgences dans le monde et dans l'Église, il y a des responsabilités à prendre. Aucun d'entre nous n'oserait dire ce soir qu'il n'y a plus rien à faire, que tout va bien dans le monde et dans l'Église, que l'on n'a besoin de rien ni de personne. Ne fermons pas les yeux en attendant que les autres le fassent à notre place, ne nous donnons pas de fausses excuses. Dans l'évangile de saint Matthieu, le Seigneur a condamné ceux qui se créent de fausses excuses pour ne pas agir. Ne nous taisons pas pour ne pas avoir d'histoires, pour ne pas nous engager. Si le Christ s'était tu Il n'aurait pas eu d'histoires, mais nous ne serions certainement pas là ce soir.

Oui, le Seigneur veut nous faire comprendre qu'il faut répondre généreusement et Il veut dire peut-être à certains d'entre nous jeunes ou adultes, qu'aller jusqu'au bout de soi-même, c'est répondre à un appel qu'Il leur fait : "Faites ceci en mémoire de moi". Et certainement que tel ou tel parmi nous sent que cette phrase s'adresse à lui pour continuer les gestes du Christ. Il y aura certainement beaucoup de chrétiens dans toutes les églises du monde entier, en ces jours du Triduum pascal, sur toute la surface de la terre les foules vont se presser. Si tous ces chrétiens ne viennent pas uniquement pour se souvenir, comme on se rassemble devant la plaque d'un monument aux morts, certes sincèrement avec respect, mais passivement, Et ces chrétiens ne viennent pas uniquement accomplir leur devoir pascal, mais s'ils viennent vivre avec Jésus-Christ, en 1980, une Pâque toujours nouvelle pour aller cette année encore, un peu plus jusqu'au bout d'eux-mêmes, alors il est impossible que quelque chose ne change pas dans notre monde." Jésus aima les siens jusqu'au bout, sachant que son Heure était venue."

 

AMEN

 

 
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