AU FIL DES HOMELIES

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ANDRÉ, JEAN, PIERRE, PHILIPPE, NATANAËL, JÉSUS NOUS AIME SANS FIN

Ex 12, 1-14 ; 1 Co 11, 23-26 ; Jn 13, 1-15
Jeudi Saint - année A (6 avril 1981)
Homélie du Frère Michel MORIN

Vous les connaissez ceux qui étaient avec Jésus ce soir-là. Ils s'appellent Jean et André, Simon-Pierre, Philippe, Nathanaël et quelques autres encore. Au dernier soir de la vie du Christ, souvenez-vous du premier soir de leur rencontre. Ce jour-là, Jean et André, disciples du Baptiste, avaient cru discerner dans son regard comme une intensité inhabituelle et, en suivant ce regard, ils avaient rencontré le visage de celui dont Jean venait de dire : "Voici l'Agneau de Dieu". Ils l'avaient suivi. Jésus se retournant, leur posa cette question ! "Mais que cherchez-vous donc " ? Jean et André : "Où demeures-tu ? Où est ta maison ? -"Venez et voyez". C'était environ seize heures et ils restèrent avec Lui toute cette soirée-là et durent partager le premier souper.

Jean et André ne se doutaient pas encore que la véritable invitation, c'était pour un autre soir, un autre repas, Jean et André ne se doutaient pas que la véritable demeure où habitait Jésus n'était pas construite de main d'homme, Jean et André ne savaient pas encore que ces quelques heures passées avec Jésus ne cesseraient point, que le soir de ce jour, au déclin de la lumière, devait être les premiers moments d'un jour où la lumière ne connaîtrait pas de soir. Le lendemain matin André avait dit à son frère : "Simon, hier soir, tu sais, on a rencontré le Messie, Tu devrais venir". Et Jésus lui avait dit : "Simon, je te nomme Pierre ". Comme il doit être étonné de ce changement inattendu de nom. Car il ne savait pas encore tous les changements qu'il aurait à accomplir par la suite, Il ne savait pas encore que souvent il aurait à pleurer, car pour lui ces retournements sont si difficiles. Ce soir encore après ces années de vie commune, ce soir qui sera le dernier, il refuse catégoriquement : "Non, Seigneur, Tu es le Maître, Tu ne me laveras pas les pieds comme un serviteur", Jésus lui avait répondu : "Tu comprendras plus tard". Ce n'est pas une réponse pour un esprit fougueux et impétueux, pour un cœur travaillé par tant de questions, d'interrogations, de scandales et qui, d'ailleurs, basculera bientôt dans la peur et la honte, dans le reniement ; ce soir encore Pierre pleurera.

Jésus avait aussi rencontré Philippe, il lui avait dit tout de go :" Suis-moi". Quelque temps après, alors que la foule affamée était étendue au bord du lac de Tibériade, Jésus dit à ce même Philippe : "Où allons-nous trouver du pain pour leur donner à manger" ? Et Philippe lui avait répondu : "Mais enfin, Seigneur, sois un peu réaliste, deux cents deniers ne suffiraient pas pour que chacun ait une bouchée. Alors, renvoie-les, après tout, un soir sans repas, ça nous arrive souvent, à nous autres pêcheurs". André avait fait remarquer : "Il y a là un gamin qui a cinq pains et deux poissons, mais qu'est-ce que cela pour une si grande foule ?" Jésus avait insisté : "Faites-les asseoir". Et les disciples en furent quittes pour ramasser douze corbeilles de pain supplémentaires, étonnés, bouleversés par cette abondance et cette profusion soudaines. Eux, ils savaient bien calculer, ils savaient bien estimer les besoins des gens, mais ils ne savaient pas encore que Lui, Jésus, quand il donnait, ne comptait jamais. Peut-être cependant Nathanaël s'était dit en lui-même : "Ne serait-ce pas cela ce que Jésus m'a promis le jour où je l'ai rencontré pour la première fois, alors que j'étais assis sous le figuier, il m'a dit : "Parce que je t'ai dit, je t'ai vu sous le figuier, tu crois, tu verras bien mieux encore". Nathanaël se demandait : "Ce mieux encore, c'est peut-être cela ?"

Les disciples avaient un jour rencontré ce Jésus ; ils l'avaient suivi pour un regard, une parole, une affection spontanée, une intuition, toutes choses qui ressemblent tant à nos rencontres et à nos relations quotidiennes Ils l'avaient suivi sans toujours comprendre ce qu'Il faisait, ce qu'Il leur disait, où Il voulait aller et surtout où Il voulait les conduire. Ce soir-là, rassemblés autour de la table, dans la lumière magnifique du repas pascal, dans la lumière tragique aussi parce qu'ils sentent très bien, les disciples, que l'étau se resserre petit à petit et que la salle dans laquelle ils sont réunis est étroite et n'a plus les horizons illimités des marches en Galilée ou en Samarie, ils vont découvrir dans une lumière nouvelle le sens véritable, le sens profond de leur premier appel et des multiples appels du Seigneur, de ces nombreux gestes qu'Il a faits pour eux, de toutes les paroles qu'Il leur a confiés tout au long de ces trois années de vie ensemble. Ils vont découvrir ce que saint Jean nous rapporte au début de l'évangile de ce jour : "Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'au bout."

André et Jean découvrent que la demeure qu'ils cherchaient, c'est l'amour sans fin de Jésus pour eux. Pierre découvre que le roc sur lequel Jésus l'a édifié et rebâti, c'est l'amour sans fin de Jésus pour lui, Pierre. Philippe découvre que le chemin qu'il a suivi, c'est l'amour sans fin de Jésus pour lui, Philippe. Nathanaël découvre que la promesse entendue un soir : "Tu verras mieux encore", c'est cet amour sans fin de Jésus pour lui, Nathanaël.

Les disciples découvrent que cet amour n'est plus simplement donné, exprimé dans la figure de la demeure : vivre ensemble, dans la figure de la route : marcher ensemble, dans la figure de la pierre : croire les mêmes choses, dans la figure de la promesse, attendre la même espérance, mais que cet amour sans fin va prendre corps, va prendre chair, va prendre sang, que le Seigneur va le leur livrer, va le leur donner, va le remettre entre leurs mains, Ils découvrent qu'ils deviennent ainsi la demeure de l'amour du Seigneur, la route que le Seigneur va prendre pour cheminer dans le temps et dans l'histoire, la pierre sur laquelle le Seigneur va construire son Église, la promesse qui va faire vivre tous ceux qui auront cru en cet Amour sans fin, transmis de génération en génération par les premiers témoins : "Prenez ce pain, c'est mon corps livré pour vous. Buvez ce vin, c'est mon sang versé pour vous. Vous aurez ma vie. Je demeurerai en vous, si vous mangez ma chair, si vous buvez mon sang, même si vous êtes morts, vous vivrez, car je vous aime jusqu'à la fin".

Cet amour sans fin du Seigneur, ce n'est pas simplement le temps de sa vie terrestre, de l'heure de sa naissance à celle de sa mort, ce n'est pas simplement la rencontre d'un soir ou de quelques années. Cet amour sans fin n'est pas ponctuel, cet amour sans fin ne s'arrête pas à la mort, mais se répand, s'épanche au-delà, dans la résurrection, Cet amour sans fin ne s'arrête pas à la limite du corps du Seigneur, car le Seigneur les aimant sans fin, va se vider de Lui-même, en versant tout son sang, en partageant tout son corps. Il va se livrer jusqu'à la fin de son être pour qu'ils vivent et pour qu'ils comprennent que Dieu les aime aujourd'hui mais surtout pour toujours. Par cet amour sans fin, Jésus leur révèle qu'il ne les aime pas simplement du haut du ciel comme un Maître et un Seigneur, mais de plus bas, de l'humanité comme un serviteur, et du plus profond des enfers, jusque dans la mort, jusque sous la terre. Jésus ayant aimé les siens qui étaient dans le monde les aima jusqu'au bout.

Frères et sœurs, nous sommes, nous, ce soir, les siens qui sommes dans le monde. Nous nous appelons André, Philippe, Pierre, Nathanaël. Nous avons désiré vivre avec Jésus, nous l'avons un jour suivi, nous croyons que son Église est bâtie sur la pierre, nous croyons en sa promesse et, comme les disciples, nous sommes rassemblés en cette veille de la Pâque. Comme eux, nous allons revoir, sous nos yeux de chair, les deux gestes extraordinaires que Jésus a faits, se mettre à genoux Lui Dieu, devant les pécheurs, pour leur laver les pieds et les accueillir à la table nouvelle et éternelle à travers le signe du pain et du vin, livrer son amour, livrer sa personne, livrer sa vie jusqu'à la fin. Jésus ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu'à la fin. Ce soir, à chacun d'entre nous, Il ne dit plus simplement : "Venez et voyez où je demeure," mais Il dit : "Venez et goûtez comme est bon le Seigneur. Prenez et mangez ; venez et goûtez comme est bon le Seigneur, prenez et buvez. Vous aurez en vous cet amour sans fin qui vous permettra de vivre avec moi, de demeurer avec le Père, aujourd'hui et pour toujours ; mais il a ajouté, et c'est pour chacun de nous ce soir, comme pour les premiers apôtres : "Je vous ai donné l'exemple, ce que j'ai fait pour chacun d'entre vous, maintenant faites-le pour les autres".

 

AMEN

 
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