AU FIL DES HOMELIES

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LE SACRIFICE DE L'EUCHARISTIE 

Ex 12, 1-14 ; 1 Co 11, 23-26 ; Jn 13, 1-15
Jeudi Saint - année B (9 avril 2009???)
Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL


En vue de l'eucharistie

 

Frères et sœurs, c'est au cours de son dernier repas sur la terre que Jésus a choisi le signe du repas, un repas où l'on boit et l'on mange, un repas de pain et de vin, pour en faire le signe de la présence réelle, permanente de son corps et de son sang, sa présence vivante parmi nous jusqu'à la fin du monde. Jésus aurait pu choisir n'importe quel autre repas parmi les innombrables repas qu'Il a partagés avec ses disciples, au cours de sa vie publique, pour en faire le lieu de l'institution de l'eucharistie. Jésus aurait pu choisir, par exemple, le repas de la multiplication des pains où précisément, nous rapporte saint Jean, Il a annoncé pour la première fois que Lui, le pain vivant donnerait sa chair à manger et son sang à boire. Il aurait pu choisir le repas des noces de Cana ou tel autre encore. Mais Jésus a choisi son dernier repas, ce repas qui est en continuité étroite avec sa Passion. Sitôt terminée la dernière cène, Jésus chantant encore les hymnes d'action de grâce, s'en va, entouré de ses disciples, pour le jardin des oliviers où Il va entrer en agonie, où Il va pleurer et connaître la sueur de sang, où les soldats vont arriver avec des torches pour l'arrêter. Et à partir de là Il va être renvoyé du grand prêtre de l'année précédente au grand prêtre en exercice, du grand prêtre au gouverneur et du gouverneur au roi, et de Jérusalem au Golgotha, et du Golgotha au tombeau. Et tout va se dérouler sans interruption. Oui, ce dernier repas fait partie intégrante de la Passion du Christ. Il n'y a aucune solution de continuité entre ce moment d'intense joie et ce moment d'intimité de Jésus avec ses disciples quand Il se donne à eux pour être mangé et pour être bu, et cet autre moment où Il va être livré, torturé, déchiré et où Il va donner sa vie pour nous. Aucun intervalle, et cela a bien un sens profond.

Quand Jésus prend le pain et le rompt en disant : "Voici mon corps", quand Il prend la coupe et qu'Il la fait passer de main en main, en disant : "Ceci est mon sang", c'est déjà le sacrifice de sa croix qui est commencé. Et quand nous disons que la célébration de l'eucharistie est le sacrifice de la Messe, nous ne voulons pas dire autre chose que cela, que ce que nous célébrons chaque jour, mais aujourd'hui de façon tout à fait particulière et solennelle, c'est cela même que Jésus a fait au moment où Il allait s'avancer vers Judas qui le trahissait et les bourreaux qui allaient déchirer son corps. Et ce corps qu'Il a donné, ce sang qu'Il a distribué, c'est son corps livré, c'est son sang versé. Il n'y a aucune différence entre le corps eucharistique du Christ et son corps qui va pendre sur la croix, déchiré par les clous. Il n'y a aucune différence entre la coupe de son sang et ce qui va couler de ses plaies, de son côté ouvert. C'est exactement le même mystère. C'est pour cela que l'eucharistie est un sacrifice, non pas un autre sacrifice, car il n'y en a qu'un seul. Sur la croix, Jésus a récapitulé en Lui toutes les offrandes tous les sacrifices de toute l'histoire des hommes. Désormais il n'y a plus d'autre sacrifice possible. Nous ne pouvons plus rien offrir d'autre à Dieu que son propre Fils mourant sur la croix. C'est l'unique sacrifice en quoi tout s'achève, tout est accompli, tout est donné. Et tout ce que nous pourrons jamais donner, à travers toute l'histoire du monde, a déjà été donné sur cette croix quand le Christ a ouvert les bras pour embrasser l'univers tout entier et l'attirer avec Lui pour l'élever jusqu'à son Père. Oui, tout est donné, ce n'est pas un autre sacrifice c'est le même, l'unique sacrifice de la croix qui a commencé au cours de ce dernier repas. Jésus l'a dit explicitement : "Ce n'est pas seulement mon corps que je vous donne, c'est mon corps livré pour vous. Ce n'est pas seulement mon sang, c'est mon sang versé pour vous."

Et voyez vous, frères et sœurs, il y a une connexion si étroite entre le mystère du jeudi saint et celui du vendredi, entre ce dernier repas et la croix, entre l'eucharistie et le calvaire, une connexion si étroite que c'est, en fait, l'eucharistie elle-même qui révèle le caractère sacrificiel de la mort du Christ. Quand le Christ meurt sur la croix, ce n'est pas un vulgaire assassinat, ce n'est pas simplement un homme livré passivement à des bourreaux qui s'acharnent sur Lui, ce n'est pas seulement l'Agneau muet qui est conduit à l'abattoir, c'est l'Agneau qui prend sur Lui le péché du monde, C'est le Christ qui offre sa mort, sa propre mort, librement, volontairement. Le Christ n'est pas seulement la victime du crime des pharisiens, des grands prêtres, de Pilate, des bourreaux, des soldats, Il est le prêtre qui s'offre en sacrifice. Et la preuve de ce caractère d'offrande sacrificielle de sa mort, c'est qu'au cours de ce dernier repas, Il dit : "prenez mangez, ceci est mon corps livré pour vous" alors que personne encore n'a mis la main sur Lui, Il dit : "prenez et buvez, ceci est mon sang versé pour vous", alors qu'aucune goutte de son sang n'a coulé. C'est librement, volontairement que le Christ anticipe le sacrifice de sa croix dans l'eucharistie. C'est librement que le Christ se donne : "Ma vie, personne ne me l'enlève, c'est Moi qui la donne. J'ai le pouvoir de la donner. Et c'est pourquoi j'ai le pouvoir de la reprendre".

Le Christ n'est pas seulement livré aux mains des pécheurs, c'est Lui qui se livre par amour entre nos mains, c'est Lui qui accepte d'être livré sous l'apparence de ce pain entre nos mains qui se tendent vers Lui. La croix du Christ est une offrande. Le Christ l'a manifesté, Il ne cesse chaque jour de le manifester à nos yeux, en se livrant volontairement en nos mains sous l'apparence de ce pain et de ce vin qui sont son corps et son sang immolés pour nous. Quand nous recevons le Christ dans l'eucharistie, nous le recevons dans l'acte de son plus grand amour, au sommet du don divin de son amour. "Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime". C'est la croix du Christ qui entre en nous quand nous recevons ce pain, quand nous bu­vons ce vin, son corps livré, son sang versé.

Le lien est tellement étroit entre l'eucharistie et la croix du Christ que c'est la mort même de Jésus qui est la raison profonde de l'institution de l'eucharistie. C'est parce que Jésus va quitter ses disciples, qu'Il va être séparé d'eux par sa mort, et que, ressuscité, Il va aller leur préparer une place dans le monde nouveau qui est infiniment au-delà de ce monde dans lequel nous vivions encore, c'est parce que nous ne pourrons plus le voir de nos yeux et le toucher de nos mains que Jésus a voulu rester quand même avec nous de cette manière admirable et merveilleuse : un peu de pain, un peu de vin. C'est Lui pour le temps de l'absence, c'est Lui pour le temps de sa mort d'abord et puis de notre mort, de ces longues années pour chacun d'entre nous et pour le monde entier afin de marcher peu à peu vers notre mort, notre Pâque, la rencontre nouvelle face à face. Saint Paul ne dit-il pas : "Toutes les fois que vous mangez ce Pain, vous proclamez la mort du Christ jusqu'à ce qu'Il vienne". Oui, ce pain, c'est Jésus avec nous jusqu'à ce qu'Il vienne, jusqu'à ce que nous le voyons de nos yeux, le touchions de nos mains, jusqu'à ce que nous soyons emportés par Lui dans sa gloire éternelle. Mais maintenant tandis que nos yeux sont encore à peine entrouverts et que nos mains sont encore à chercher à tâtons où est la vraie vie, dès maintenant où nous sommes encore en pèlerinage, accablés par la chaleur du soleil et les soucis de l'existence, où nous sommes encore souffrants, rongés par le péché, où nous allons et venons dans la peine ou la joie, dans les difficultés et les souffrances, où nous sommes encore usés par l'usure du monde, et de la mort, dès maintenant le Christ que nous ne voyons pas encore, le Christ que nous désirons et que nous attendons, le Christ est déjà là, à la fois visible et invisible. Visible car ce pain, nous le touchons, nous le rompons, nous le mangeons, car ce vin, nous le voyons, nous le buvons. Invisible car ce pain, c'est réellement son corps sous les appa­rences de ce vin, c'est invisiblement, mais réellement son sang. Le Christ est à la fois visible et invisible pour ce temps d'une marche, longue et douloureuse, mais pleine d'espérance parce que déjà Il est avec nous. Il est à la fois le but vers lequel nous marchons et Celui qui marche avec nous sur le chemin. C'est Lui que nous attendons et c'est Lui qui attend dans notre cœur sa propre venue.

 

AMEN

 

 
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