AU FIL DES HOMELIES

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LE CORPS DU CHRIST UNIQUE DON DE DIEU POUR LA VIE DU MONDE

Ex 12, 1-14 ; 1 Co 11, 23-26 ; Jn 13, 1-15
Jeudi Saint - année A (19 avril 1984)
Homélie du Frère Michel MORIN

"Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique". C'est la Pâque du Seigneur. En cette Pâque, le mystère de l'Incarnation va prendre toute la mesure et revêtir toute sa signification, tout son réalisme. Le motif de l'Incarnation va être dévoilé : "Dieu a tant aimé le monde qu'Il lui a donné son Fils unique". La Pâque du Seigneur, c'est de mesurer toute la douceur, toute la profondeur, toute la splendeur inscrites dans la chair du Fils au-delà des limites de son corps physique. La Pâque du Seigneur, c'est d'entrer avec notre chair humaine dans la chair du Fils.

"Ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, Il les aima jusqu'à la fin", jusqu'à l'humainement impossible, dans l'au-delà incommensurable qu'aucun esprit humain n'a pu imaginer : "Je suis avec vous jusqu'à la fin du monde". Célébrer la Pâque, c'est prendre la mesure inouïe des dimensions du corps du Christ, Verbe incarné. "Il nous aima jusqu'à la fin". Cette fin, nul d'entre nous ne peut la comprendre, ne peut la saisir, ne peut la mesurer. Ce mystère de la chair, jusqu'à la fin, il l'exprima par un geste d'une banalité incroyable: "Prenez, mangez", lié à une parole irrecevable : "C'est ma chair, pour le salut du monde". La chair du Christ est constituée comme salut pour le monde, la chair humaine du Christ incarné et livré aux hommes pour leur propre salut. Le corps du Christ en sa chair est constitué par Dieu comme le don unique, définitif et commun par lequel, à l'intérieur même d'un lien charnel, Dieu vient tisser, avec les hommes qui le reçoivent dans un partage étonnant et quotidien, une communion indicible qui porte en elle-même les arrhes et les promesses de la vie éternelle. "Celui qui mange ma chair aura la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour".

Dans la chair du Christ, Dieu établit avec l'homme une relation fondamentale dans laquelle il reconstitue en vérité et définitivement comme l'image, la ressemblance de Lui-même. Au commencement l'homme fut créé par amour dans la chair humaine et il devint un fils de Dieu. A la fin des temps, par amour, Dieu recréé l'homme dans sa chair mais par la chair humaine de son Fils unique :"Au commencement était le Verbe et le verbe était Dieu. Et par Lui tout a été fait". Il est la lumière de tous les hommes venant en ce monde. "Et le Verbe s'est fait chair et Il a demeuré parmi nous".

"Celui qui mange ma chair demeure en moi, et moi en lui, et je le ressusciterai au dernier jour". Mystère de l'Incarnation, mystère de l'eucharistie, mystère de la Résurrection, c'est l'ordre nouveau établit par des liens charnels pour recréer le monde ancien. Désormais la relation de Dieu à l'homme, la relation de Dieu à l'histoire du monde passera toujours par les liens charnels, ceux de son Fils incarné, livré, mort et ressuscité, un Fils qui a vécu trente trois années pour les hommes de Palestine, dans le mystère de l'Incarnation, un Fils qui, dans le mystère de l'eucharistie est présence aux hommes de toutes les races, peuples, langues et nations et dans tous les temps. Dans ce mystère de l'eucharistie repose le mystère de l'amour de Dieu pour nous aujourd'hui : mystère de la chair du Christ, mystère de la charité de Dieu. "Dieu a tant aimé le monde qu'Il lui a donné son Fils", dans la chair humaine de ce monde. Le lien entre Dieu et l'homme est désormais un lien dans sa chair pour le salut de tous les hommes.

Ce corps précieux, cette nourriture précieuse, ce corps du Christ, Dieu l'a confié à l'Église : "Jésus prit le pain et le donna à ses disciples en leur disant : c'est mon corps livré pour vous et pour la rémission de tous les péchés". L'Église aujourd'hui, tient dans la fragilité de ses mains le corps même du Christ, l'Église aujourd'hui, prolonge par l'eucharistie le mystère de l'Incarnation du Verbe dans la chair hu­maine. L'Église devient corps du Christ, car "le pain que nous rompons est communion au corps du Christ. Si nous avons part au même pain, nous ne formons qu'un seul corps, nous sommes le corps du Christ, membre de ce corps, chacun pour sa part", nous dit de façon extraordinaire l'apôtre saint Paul. Et il continue : "Dieu a constitué le Christ comme tête et chef de l'Église, laquelle est son corps, l'ensemble du corps reçoit de la tête nourriture et croissance, concorde et cohérence. Et nous sommes aujourd'hui le corps du Christ livré pour la vie du monde, car il n'y a qu'un seul don de Dieu, seul corps du Christ dans son Incarnation, dans son eucharistie, puis dans l'Église. Et nous sommes, parce que baptisés, ce corps du Christ aujourd'hui. Donc, nous faisons partie du don unique du corps du Christ que Dieu veut faire au monde d'aujourd'hui pour sa vie et son salut. Nous ne sommes pas un autre corps pour un autre monde, car le don de Dieu est unique, définitif. Par l'Église que nous formons, constituée en corps du Christ, Dieu aime le monde d'aujourd'hui. Par l'Église constituée comme corps du Christ, Dieu donne son Fils au monde d'aujourd'hui, comme Il l'a fait hier, comme Il le fera demain. Avec l'Église que nous formons et par elle, constituée comme corps du Christ, Dieu établit avec le monde de ce temps une relation rédemptrice. Par le baptême, nous sommes le corps du Christ et comme Lui, nous sommes livrés pour le salut du monde. C'est là le sens ultime de l'Incarnation, le sommet du sens de l'eucharistie, le sens unique de l'Église. Former le corps du Christ comme don unique de Dieu pour le salut du monde".

Pour cela à l'exemple de son chef et maître, de sa tête, l'Église doit accomplir dans son ministère pour le monde ce que le Christ accompli pour ses disciples : "Ce que j'ai fait pour vous, mes disciples, pour vous mon Église, faites-le maintenant pour les autres, faites-le maintenant pour le monde afin qu'il sache que je l'ai aimé jusqu'à la fin, que je suis avec lui pour toujours". L'Église, à l'image et à l'exemple de son Seigneur, se met aux pieds du monde et non seulement les pieds mais le corps tout entier, pour que dans les eaux baptismales, il soit purifié et qu'il prenne part au corps du Christ auquel il est appelé. "Ce que j'ai fait pour vous, faites-le maintenant pour les autres". Voici que l'Incarnation qui se prolonge dans l'eucharistie atteint sa plénitude dans l'Église, le corps du Christ livré aujourd'hui pour les hommes. Nous sommes disciples, nous n'avons d'autres avenir que celui que le maître nous donne, nous sommes corps, nous n'avons pas d'autre avenir que la tête.

"Le disciple n'est pas plus grand que le Maître". Là où est le Maître, là est le disciple. Là où est la tête, là est le corps. Où est le Maître ? Où est la tête ? livré aux mains des hommes, pour le salut du monde. Livré aux mains des hommes dans la mort, dans la mise au tombeau, pour la Résurrection. Voilà notre avenir en tant que chrétiens aujourd'hui, nous avons à passer, que ce soit le chemin, là où est passé le Christ dans la souffrance et la Passion ? Et nous avons à parvenir là où est parvenu le Christ, dans la Résurrection. Il y a pas d'autre chemin parce qu'il n'y a qu'un seul maître et Seigneur qui est le chemin, la vérité et la vie. Venez, avançons dans sa Pâque : "Si nous souffrons avec Lui, avec Lui nous régnerons. Si nous mourrons avec Lui, avec Lui nous vivrons".

 

AMEN

 
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