AU FIL DES HOMELIES

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JÉSUS NOUS ENTRAÎNE AVEC LUI VERS LE PÈRE

Ex 12, 1-14 ; 1 Co 11, 23-26 ; Jn 13, 1-15
Jeudi Saint - année C (28 mars 2013)
Homélie du Frère Daniel BOURGEOIS


Un geste tout simple …
Laver les pieds, geste apparemment évident, pratiqué régulièrement dans le monde antique, et plus spécialement attesté dans la Bible. Laver les pieds, c'est accueillir l'hôte de passage quand il a cheminé longuement sur des chemins poussiéreux et qu'au moment où il entre dans la maison, on veut lui manifester cette joie à la fois de l'accueillir, de l'héberger, et de pratiquer envers lui les règles de l'hospitalité.

Ainsi donc, lorsque nous lisons l'évangile, nous nous disons : voilà, les disciples se sont fatigués toute la journée, ils ont fait des aller et retour entre Béthanie et le Cénacle, et Jésus se dit qu'au début de ce repas, il va leur laver les pieds. Oui, mais précisément, ce n'est pas au début du repas, mais c'est "au cours du repas". Jean prend bien soin de mentionner que le moment même du lavement des pieds n'est pas exactement un rite d'hospitalité au sens où nous l'entendons habituellement. Ce n'est pas que les disciples soient fatigués, ce n'est pas qu'ils aient trimé toute la journée pour préparer la Pâque, c'est que Jésus, intentionnellement, interrompt le repas, se lève, prend le tablier qui est la tenue du serviteur, et il va laver les pieds de ses disciples.

Pourquoi ce geste qui, en réalité, comme vous le sentez, est un peu incongru ? on imagine mal interrompre un repas chez nous aujourd'hui, faire sortir les gens pour faire les salutations ! Cela n'a pas de sens. Jésus prend le contre-pied d'un geste pour essayer de montrer quelque chose d'autre qui n'est pas tout à fait réductible au rite de l'hospitalité dans lequel il semble bien se couler.

En fait, l'introduction du geste : "Jésus se mit à laver les pieds de ses disciples", c'est : "Sachant que le Père avait tout remis entre ses mains, et qu'il quittait ce monde et retournait au Père". Le geste même du lavement des pieds dans son contexte est la totalité de l'histoire du salut. Dans ce geste est à la fois inclus qu'éternellement Jésus a reçu dans ses mains la destinée des hommes, et qu'il était venu dans le monde pour cela et que maintenant, il retourne au Père. C'est comme si Jean voulait nous rappeler exactement la totalité résumée en deux phrases de la mission et du rôle du Verbe éternel dans l'histoire de l'humanité, pour situer ce tout petit geste apparemment de rien du tout qui lui a pris quinze minutes de sa vie pour laver les pieds de ses disciples.

De quoi s'agit-il ? C'est vrai que c'est un geste d'hospitalité, mais pas au sens où le Christ dirait : nous sommes dans la chambre haute, vous êtes ici chez moi, je vous montrer que vous êtes obligés de vous plier au protocole que je vais vous imposer pour dire que vous êtes chez moi ! Il les accueille précisément dans ce mouvement qu'il était venu de Dieu et qu'il retournait à Dieu. Le lavement des pieds, ce n'est pas n'importe quoi. Ce n'est pas simplement une démonstration d'accueil sympathique. C'est vraiment Jésus qui veut expliquer à ses disciples le sens de sa mission : venir de Dieu et retourner à Dieu. Par conséquent Jésus pratique ce rite d'hospitalité pour les faire entrer dans ce mouvement-là. C'est inouï, que Jésus au moment même où il veut expliquer sa mission, venir de Dieu, sauver l'humanité, et retourner à Dieu, c'est la totalité de l'histoire, que Jésus dise à ces hommes qui sont rassemblés autour de lui et qui jusqu'alors n'avaient pas compris grand chose : il faut que vous entriez dans ce mouvement, dans l'intimité de ce mystère qui fait ma vie, ma mission et ma raison d'être parmi vous ce soir. Il faut à la fois que vous vous entriez dans cette dynamique qui vient du Père et retourne au Père, et il faut aussi que je vous fasse entrer dans le cœur de ce mouvement-là.

Quand Jésus va laver les pieds de ses disciples, et qu'il a bien noté avec Pierre qui proteste, il lui dit : tu n'as pas de part avec moi, si tu n'acceptes pas de rentrer dans ce mouvement qui me fait conduire à nouveau vers le Père, tu restes sur le bord de la route, tu peux retourner à la pêche en Galilée. Il faut donc que Jésus explique à Pierre comment il doit avoir part avec lui, et quand Pierre, toujours plus excessif que les autres réagit en disant : alors lave-moi aussi la tête … Jésus rétorque : ce n'est pas de cela qu'il s'agit, il faut que tu entres dans le mouvement même de ma Pâque. Ensuite, et c'est cela qui est extraordinaire, Jésus dit : ce mouvement d'hospitalité, je vous demande d'y entrer pour entrer dans le Royaume de Dieu. Oui, seulement, "je vous ai donné l'exemple pour que vous fassiez comme moi".

Là, c'est encore plus extraordinaire, car ce qu'il veut expliquer à ses disciples c'est que lui est capable de nous faire entrer dans ce mouvement qui va le conduire de ce monde au Père. Mais il dit aussi : moi maintenant, ce mouvement, je vais le faire entrer dans le cœur de chacun d'entre vous pour que vous vous laviez les pieds les uns des autres, c'est-à-dire pour que ce mouvement qui est le mouvement même du salut, de l'entrée dans la Royaume, entre dans l'intimité de votre cœur à chacun et que de chacun d'entre vous, il passe à l'autre par le geste même de l'hospitalité et de l'accueil. Cela, c'est l'inouï de Dieu, de l'Incarnation, vouloir que la totalité de la mission de Jésus, faire entrer l'humanité dans le cœur du Père, vouloir que ce geste, cette intention, cette mission, cette action, rentre désormais dans les gestes les plus humbles, se laver les pieds les uns des autres pour dire : toi aussi, vis-à-vis de toi, je suis ton serviteur, comme le Christ a été serviteur vis-à-vis de moi, et nous nous faisons passer les uns aux autres dans une chaîne ininterrompue qui s'appelle l'Église, nous faisons passer le mouvement du Christ qui retourne à son Père.

Faut-il être Dieu pour imaginer une intimité pareille ? Il faut être Dieu pour imaginer cela. Il faut être Dieu pour penser que cet homme qu'on a créé malgré son péché, malgré ses limites (c'est pour cela qu'il va mourir), cet homme est capable dans le tissu même des liens qui unissent les hommes entre eux, ce lien de solidarité humaine qui fait la société humaine, Dieu, le Verbe de Dieu, puisse y faire passer de personne à personne, l'absolu de son amour et faire qu'aujourd'hui nous soyons en communion les uns avec le autres, parce que Dieu fait passer de l'un à l'autre cette puissance inouïe de conduire et d'élever l'humanité vers Dieu, vers le Père.

Frères et sœurs, le geste que je vais faire dans un instant, de laver les pieds des disciples, ce n'est pas un geste anodin. C'est un geste d'une extrême beauté, d'une extrême profondeur. C'est le geste même qui dit que l'absolu de l'œuvre divine, l'absolu de l'action de Dieu et capable de passer dans le geste le plus humble, ici le lavement des pieds, mais il faut transposer en tout ce que nous construisons les uns avec les autres dans la charité, dans le souci, dans le respect et dans l'amour des autres, cela c'est le lieu même de la circulation de ce mouvement que Jésus a inauguré : venir du Père pour retourner à son Père et nous introduire dans ce mouvement pour que les uns et les autres, nous nous le partagions, nous le communiquions et que cette dynamique du salut ne passe pas simplement au-dessus de nos têtes, ou n'est pas uniquement distribué individuellement à chacun d'entre nous, mais pour que chacun d'entre nous soit l'un pour l'autre celui qui lave les pieds de son frère, c'est-à-dire celui qui lui manifeste la puissance du salut de Dieu parce que c'est cela que Jésus-Christ a voulu. "Je vous ai donné l'exemple pour que vous fassiez comme moi". Nous n'imitons pas simplement le Christ, nous ne le copions pas, ce serait ridicule, mais nous faisons passer à travers ce geste tout le tissu de salut, d'amour, de réconciliation et de résurrection que le Christ est venu apporter dans le monde. Nous en sommes les témoins, nous en sommes les porteurs, nous en sommes les messagers.

 

AMEN

 

 

 

 

 

 
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