AU FIL DES HOMELIES

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JE ME RENDS TEMOIGNAGE A MOI-MEME

Is 42, 1-7 ; Jn 8, 12-29
Lundi saint - 21 mars 2016
Homélie du frère Daniel Bourgeois

 

Frères et Sœurs, il peut paraître étonnant que ces jours de la semaine sainte commencent en ce lundi par un texte aussi compliqué et finalement assez obscur. Pourtant je voudrais essayer de vous esquisser l’importance de ce texte. Tout ce que nous disons, tout ce que nous proclamons pendant la semaine sainte, c’est le témoignage du Christ qui nous permet de le faire. Tout ce que nous célébrons, tout ce que nous affirmons dans la foi ne vient pas de nous-mêmes. Notre foi, la connaissance que nous avons du mystère de Dieu ne résulte pas simplement d’une sorte d’adhésion, de conviction ou de volonté de déterminer ce que nous croyons, ce que nous acceptons, ce que nous n’acceptons pas ; cela nous est donné.

 

 

Lorsque Jésus dit à la foule qui l’entoure « Vous ne connaissez ni moi ni mon père », il veut précisément dire : « Au fond, sur quoi jugez-vous? Sur ce que vous croyez saisir de mon comportement, de mes paroles et de la façon dont je vis parmi vous. Vous voulez me juger uniquement à partir de ce que vous arrivez à voir et à connaître, à partir de ce dont vous pouvez avoir l’assurance ». Jésus reproche à ses interlocuteurs de vouloir se constituer eux-mêmes le témoignage de ce qu’ils pensent de Jésus. Ils croient que Jésus peut être uniquement ce que eux, les gens, les autorités du temple et ceux qui le suivent en observateurs un peu distants, croient pouvoir en fixer ou en déterminer. Jésus se bat contre cette manière d’aborder la question. Il dit : « En vous situant uniquement d’après ce que vous vous pouvez percevoir, d’après ce que vous pouvez reconnaître, accepter, délimiter, en fait vous sabotez mon témoignage. Et le premier point sur lequel vous le sabotez, c’est que vous croyez que le témoignage ne vient que de moi. » La loi juive est formelle : pour pouvoir condamner quelqu’un, il faut deux témoins. Donc si Jésus veut faire valoir la vérité de ce qu’il annonce, de ce qu’il prêche, de ce qu’il recommande de faire, il faut qu’il y ait non seulement sa propre parole, mais aussi qu’elle soit authentifiée par un autre témoin. D’où la critique « Tu es seul à témoigner de toi-même, donc ton témoignage ne vaut pas ».

 

 

À travers la polémique que Jésus entretient avec les pharisiens, Jean essaie de montrer aux interlocuteurs qu’ils se trompent sur la nature de son témoignage. Sils croient eux, que le témoignage de Jésus est son témoignage à lui seul, c’est qu’ils n’ont pas compris ce qu’il faisait. Et ici évidemment, Jésus les entraîne sur un terrain où ils ne peuvent pas aller. Car comment deviner dans la manière dont Jésus parle et agit que c’est quelqu’un d’autre qui parle et agit avec lui ? Comment peut-on accepter une chose pareille sans véritablement croire qui il est ? C’est là l’originalité étonnante de Jésus : il veut montrer que tout ce qu’il fait, et c’est un fil rouge qui court à travers tout l’évangile de saint Jean, il n’est pas le seul à l’accomplir. Jésus l’accomplit toujours en communion, en interaction avec son père. Par conséquent, il en est de même de sa parole et de ce qu’il annonce. Lorsqu’il dit « Je suis la lumière du monde », il dit non seulement que sa parole peut nous éclairer à travers les mots que nous pouvons percevoir, mais que la lumière est celle-là même du père qui brille à travers la prédication et l’action du fils. Et ça évidemment, je pense que c’est la spécificité de la foi chrétienne.

 

 

Nous, comme croyants, nous ne croyons pas simplement comme on le dit aujourd’hui « Je crois en Jésus » parce qu’il est cet homme plein de bonté et de sagesse qui accepte de donner sa vie pour la bonne cause. Ce n’est pas le témoignage de Jésus. C’est très insuffisant. Ça ne répond pas exactement à ce que Jésus veut dire dans saint Jean. La force du témoignage, c’est de comprendre qu’à travers la façon dont Jésus agit et parle au milieu de nous, cela vient de plus loin que nous.

 

 

Frères et sœurs, vous comprenez pourquoi saint Jean, lorsqu’il a écrit son évangile, a voulu le commencer par un prologue. Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu. Et le Verbe était pour Dieu, près de Dieu. D’emblée, Jean a voulu dire que tout ce qu’on allait lire dans son évangile était à lire sur deux niveaux. D’une part ce qu’on en perçoit, ce que nous yeux on vu, ce que nos mains ont touché, ce que nous avons contemplé du Verbe de vie, c’est le premier niveau. Mais si on s’arrête là, on n’a pas encore compris LE témoignage. Car tout ce que Jésus a fait et dit témoigne d’un autre. Témoigne du père.

 

 

Frères et sœurs, je pense que les premières communautés, surtout celles qui avaient Jean comme catéchiste et comme apôtre qui leur enseignait la foi, devaient à certains moments être démunies et un peu perdues parce que c’était déjà d’une certaine façon l’annonce du mystère de la Trinité. Tout ce que le fils fait, il le fait parce que le père lui donne de le faire. Mais cependant c’est nécessaire. Si Jésus avait simplement témoigné de lui-même comme on le lui reproche, il serait un grand personnage comme Socrate, Bouddha ou d’autres. Grand personnage à la fois sage, philosophe et religieux. Mais ce que Jésus a voulu dire, ce qu’il a voulu faire ne venait pas de lui seul. C’était le duo, si je puis dire, de son père et de lui. C’est pourquoi encore dans l’évangile de Jean, l’Esprit lorsqu’il est donné après la résurrection, permet de comprendre ce que Jésus a dit et réalisé.

 

 

Alors frères et sœurs, quand nous célébrons la Passion, il est évident que nous sommes d’abord orientés dans notre regard vers ce que Jésus a fait, a accompli et souffert, vers ce que nos yeux et nos mains peuvent percevoir du mystère du Jésus incarné. Mais précisément, il faut aussi que ce regard se porte vers le père, car c’est dans le père que le Christ Jésus a accepté de donner sa vie, de mourir pour nous et de ressusciter pour nous. Ainsi donc, que notre foi ne soit pas simplement l’enthousiasme pour un personnage humain si extraordinaire soit-il, mais que ce soit vraiment la découverte que tout ce que vit le Père, le Fils et l’Esprit dans l’unité de Dieu, c’est tout cela qui est manifesté par la mort et la résurrection du Christ. C’est cela la semaine sainte.

 

AMEN

 

 
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