AU FIL DES HOMELIES

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SERVITEUR SOUFFRANT ET GLORIFIÉ

Is 42, 1-7

(2 avril 2007)

Homélie du Frère Jean-Philippe REVEL

 

Saint Jean de Malte : Christ en croix aux rameaux 

F

rères et sœurs, en ce premier jour de la semaine sainte, les textes que nous venons d'entendre soulignent deux manières de désigner le Christ. Couramment dans l'évangile, dans la bouche même de Jésus, le Christ est appelé le Fils de l'Homme ou encore le Fils de Dieu, ou encore le Messie, le Christ. Mais les textes d'aujourd'hui attirent notre attention sur deux autres désignations du Christ. La première qui est dans le texte d'Isaïe que nous entendions tout à l'heure, est le "Christ Serviteur" : "Voici mon serviteur que je soutiens, parole du Seigneur, mon élu en qui mon âme se complaît, sur lui, j'ai  mis mon Esprit". Vous voyez tout de suite que ce texte annonce par avance la théophanie du Jourdain au moment où sur le Christ descend l'Esprit de Dieu et ou Dieu proclame : "Celui-ci est mon Bien-Aimé, celui en qui j'ai mis mes complaisances, tout mon amour".

       Jésus serviteur, c'est ce qu'il a dit lui-même à ses disciples : "Qui est le plus grand, celui qui est à table ou celui qui sert ? N'est-ce pas celui qui est à table ? Et bien moi, je suis parmi vous comme celui qui sert". C'est tout le mystère de l'abaissement du Christ par son Incarnation, "lui qui n'a pas voulu garder jalousement le rang qui l'égalait à Dieu, mais qui s'est anéanti lui-même prenant la condition d'esclave, devenant semblable aux hommes".

      Ce texte d'Isaïe sur le Serviteur de Dieu, que Dieu doit envoyer, est le premier d'une série de ce que l'on appelle les "chants du Serviteur" que nous lirons les jours prochains, qui s'achèvera le vendredi saint par le quatrième chant dans lequel s'accomplit cette révélation : c'est le Serviteur Souffrant, le serviteur qui est mis à mort à cause de nos péchés, qui prend sur lui tous nos péchés pour nous révéler la miséricorde de Dieu. Cette figure du Serviteur est donc celle du sacrifice du Christ. Le serviteur, c'est celui qui s'offre comme un holocauste pour les péchés du monde, pour les péchés de tous les hommes, et qui nous invite à nous offrir nous-mêmes aussi en sacrifice pour nos propres péchés et pour ceux de nos frères. Ce texte d'Isaïe va donc très loin dans la présentation du Christ, c'est le Christ humilié, bafoué, réduit à l'état de victime, c'est le Christ offert. 

       En même temps, l'évangile nous propose dans la bouche du Christ une autre titulature. Cette fois-ci absolument transcendante et glorieuse : Jésus dit aux juifs : "Quand vous saurez que Je suis". "Je suis", c'est le nom mystérieux que Dieu lui-même a révélé pour se désigner à Moïse lors du Buisson Ardent, quand il lui demandait son nom. C'est la présence fulgurante de Dieu au cœur de sa création, de ce monde, de chacun d'entre nous. Proclamer comme le Christ le fait dans l'évangile "Je suis", c'est s'attribuer le nom même de Dieu. Il y a semble-t-il un immense fossé entre ce titre de serviteur humilié, offert en sacrifice, mis à mort, et ce titre de "Je suis" qui fait du Christ non seulement le Fils de Dieu, mais Dieu lui-même. Jésus est Dieu et pourtant, il s'est humilié pour n'être rien et esclave. Dans le texte de l'évangile, les deux thèmes se rencontrent, car la dernière phrase de Jésus c'est : "Quand vous aurez élevé le Fils de l'Homme, alors vous saurez que "Je suis". La révélation de Jésus comme Dieu dans toute la splendeur et la gloire de Dieu c'est sur la croix qu'elle nous est donnée, car la gloire de Dieu, sa puissance, son infini, c'est précisément dans cette humiliation de la croix, dans ce sacrifice offert, dans cet abaissement qu'elle se révèle à nous. La gloire de Dieu n'est pas une gloire humaine, une puissance politique une force physique, ce n'est pas la puissance et la gloire d'une violence accomplie, la gloire de Dieu c'est le mystère de son amour par lequel Il s'est anéanti pour nous, Il s'est mis à note portée. C'est cela le mystère même de Dieu. 

       Que cette semaine sainte où nous allons voir le Christ défiguré, mis à mort, soit pour nous entrée dans le mystère de Dieu. 

 

       AMEN 

 

 

 
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